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PARIS : Mode – Le Palais Galliera explore l’hér…

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PARIS : Mode – Le Palais Galliera explore l’héritage fantasmé du 18ème siècle

Le Palais Galliera explore la mode féminine du 18ème siècle et ses réinterprétations, de Chanel à Vivienne Westwood, jusqu’au 12 juillet 2026.

Loin d’être un siècle figé dans le passé, le 18ème siècle continue d’irriguer la création contemporaine de son esthétique unique. Le Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris, dévoile sa nouvelle exposition « La Mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé », ouverte au public jusqu’au 12 juillet 2026. À travers plus de soixante-dix silhouettes, des accessoires, des textiles et des photographies, le parcours met en lumière la révolution vestimentaire du siècle des Lumières et la manière dont son héritage, sans cesse réinventé, a façonné notre imaginaire collectif. L’exposition confronte des pièces d’époque à des créations iconiques de maisons comme Chanel, Christian Dior, Louis Vuitton, Christian Lacroix ou encore Vivienne Westwood.

Le 18ème siècle : une révolution vestimentaire

Marqué par une effervescence créative sans précédent, le 18ème siècle a vu la mode féminine se transformer radicalement. En quelques décennies, la silhouette est passée d’une forme contrainte, évoquant deux triangles superposés, à une allure plus longiligne et naturelle. Cette évolution s’est accompagnée d’un allègement des textiles : aux étoffes opulentes et colorées ont succédé des tissus plus légers, souvent unis.

Cette période a également vu l’émergence et la consécration des « marchandes de modes », officiellement constituées en corporation en 1776. Leur art consistait à orner les vêtements de passementeries, dentelles et rubans, déplaçant le prestige de la complexité du tissu vers le luxe des décorations. Ce sens de la parure s’est étendu aux coiffures, dont la virtuosité technique et l’inventivité ont contribué à forger une véritable culture féminine de la mode.

Le corset de Marie-Antoinette, une pièce maîtresse

L’une des pièces phares de l’exposition est sans conteste le corset attribué à la reine Marie-Antoinette, acquis par le Palais Galliera en 1997. D’une grande fragilité, il est exceptionnellement présenté au public. Cet objet illustre la fascination que la reine a exercée dès le 19ème siècle, notamment sous le Second Empire, où l’impératrice Eugénie vouait une véritable passion à sa figure. Auréolée de son destin tragique, Marie-Antoinette est devenue le symbole d’un monde d’élégance et d’un paradis perdu, son élégance et son rejet des conventions intéressant bien plus que son rôle politique.

Un héritage nostalgique et réinventé

Dès les années 1840, le siècle des Lumières devient une source d’inspiration inépuisable, nourrissant une production abondante de pastiches. Cette réappropriation nostalgique a conduit à réinventer une mode du 18ème siècle fantasmée. Le retour de la jupe ample évoque les paniers, les étoffes fleuries citent ses décors, et les surjupes drapées rappellent les robes des années 1770.

Ce phénomène a donné naissance à la « Watteaumania », la réhabilitation du peintre Watteau incarnant la nostalgie d’une époque gaie et raffinée. Dans les premières décennies du 20ème siècle, la « robe de style » s’est imposée, mêlant une ligne tubulaire moderne à des jupes aux volumes exagérés, souvenir évident de la mode des Lumières.

Une utopie des apparences, de la haute couture à la pop culture

Après la Seconde Guerre mondiale, la haute couture française s’est tournée vers les valeurs de luxe et de savoir-faire du 18ème siècle pour reconquérir son prestige international. Les couturiers des années 1950 ont réinterprété ces codes, qui ont ensuite été largement diffusés par la presse, le cinéma et la publicité. La mode du 18ème siècle est alors devenue une esthétique à part entière, un langage visuel reconnaissable par tous, fait de volumes, de tons pastel, de rubans et de coiffures extravagantes. Comme le constatait déjà le critique Charles Blanc en 1854 : « [Q]uand la réalité est si près d’être imaginaire, […] la vérité elle-même n’est-elle pas confondue alors avec l’invention ». Aujourd’hui, cet héritage continue de nourrir la création, flirtant avec les univers kitsch, camp et queer, et offrant un champ infini à la liberté d’expression.