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PARIS : Michel MASSET : « Les investissements publics dans…

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PARIS : Michel MASSET : « Les investissements publics dans la souveraineté constituent de la bonne dette »

Le sénateur du Lot-et-Garonne Michel Masset réagit à la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie et appelle à une souveraineté ambitieuse.

La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3), publiée le 13 février dernier, dessine les contours de l’avenir énergétique de la France. Si ce texte stratégique suscite de nombreuses réactions, celle du groupe RDSE (Rassemblement Démocratique et Social Européen) au Sénat se veut constructive mais exigeante. Michel Masset, sénateur du Lot-et-Garonne, a pris la parole ce lundi pour détailler la position de son groupe, regrettant au passage la méthode employée par l’exécutif.

Un déficit de débat démocratique

Le premier constat posé par le parlementaire concerne la forme plus que le fond. Pour le sénateur, un texte engageant la Nation sur plusieurs décennies aurait dû faire l’objet de discussions parlementaires approfondies bien plus tôt. Le groupe RDSE déplore ainsi que la représentation nationale soit, selon les termes du communiqué, « invitée à commenter a posteriori » les orientations fixées. Malgré ce regret formel, l’élu reconnaît que cette programmation a « le mérite d’exister » et permet enfin d’envoyer un signal clair en faveur de la décarbonation de l’économie.

Viser l’indépendance réelle

Sur le fond, la PPE 3 repose sur le triptyque souveraineté, transition écologique et compétitivité. Michel Masset rappelle l’urgence de la situation : la France importe encore 60 % de son énergie finale, principalement sous forme d’énergies fossiles. Le choc géopolitique de l’invasion de l’Ukraine en 2022 a agi comme un révélateur, confirmant la nécessité absolue de s’affranchir des dépendances étrangères.

L’objectif affiché est de réduire cette dépendance à 30 % d’ici 2035 grâce à une électrification massive des usages dans l’industrie, les transports et le bâtiment. Toutefois, le sénateur met en garde contre le risque de nouvelles dépendances. « Cette souveraineté implique également de développer des filières minières européennes », précise-t-il, citant l’uranium, le lithium et les terres rares. L’enjeu est d’éviter de simplement remplacer une tutelle énergétique par une autre.

Nucléaire et renouvelables : la question du réseau

Concernant le mix énergétique, le groupe RDSE salue la relance de la filière nucléaire avec l’abandon des fermetures de réacteurs et la programmation de six nouveaux EPR 2, dont la première livraison est espérée pour 2038. Cependant, Michel Masset insiste sur le rôle crucial des énergies renouvelables, notamment la filière photovoltaïque qui représente aujourd’hui 30 000 emplois directs non délocalisables.

L’ambition est forte : atteindre 48 GW de production solaire en 2030, contre 30 GW prévus en 2025. C’est ici que le bât blesse pour l’élu local. Ces objectifs se heurtent à la réalité du terrain, à savoir la saturation des réseaux de raccordement. Le sénateur prend l’exemple de son département, le Lot-et-Garonne, où les infrastructures peinent à absorber les nouveaux projets.

Une proposition de loi pour désaturer les files d’attente

Face à l’engorgement des demandes de raccordement, le groupe RDSE souhaite changer de paradigme. Il a déposé une proposition de loi visant à réformer la règle actuelle du « premier arrivé, premier servi ». L’idée est de lui substituer le principe du « premier prêt, premier servi ». Cette modification permettrait de prioriser les projets en fonction de critères objectifs : leur maturité technique, leur acceptabilité locale et leur pertinence pour le territoire, évitant ainsi que des projets spéculatifs ne bloquent l’accès au réseau pour des dossiers plus aboutis.

L’économie au service du social

La transition ne doit pas se faire au détriment des plus fragiles. Avec 7 millions de personnes en situation de précarité énergétique en France, la question du coût est centrale. Pour Michel Masset, il est impératif que les investissements colossaux nécessaires ne pèsent pas directement sur les consommateurs.

Le sénateur défend une intervention forte de l’État, considérant que « les investissements publics dans la souveraineté énergétique constituent de la bonne dette », car ils sont générateurs de croissance et d’emplois. Il regrette par ailleurs le manque d’ambition du texte actuel sur les volets de la sobriété et de l’efficacité énergétique, soulignant que de nombreuses collectivités locales sont déjà en avance sur ces sujets par rapport à l’État.

Des clarifications nécessaires avant le vote

Si le groupe RDSE annonce son intention de voter en faveur de cette orientation stratégique, il conditionne son soutien à la vigilance sur la mise en œuvre. Michel Masset interpelle le Gouvernement sur plusieurs points restés en suspens. Il demande des précisions sur le soutien financier à l’électrification, spécifiquement pour aider les 350 000 foyers devant sortir du chauffage au gaz.

D’autres interrogations portent sur les modalités de renforcement de l’autoconsommation pour les entreprises et sur l’arbitrage financier entre l’entretien des réseaux existants (enfouissement des lignes) et la construction de nouvelles infrastructures. Enfin, le sénateur attend des réponses concrètes sur les moyens alloués à la filière hydrogène et sur la prise en compte des besoins spécifiques des territoires d’Outre-Mer.

« Si elle n’est pas parfaite, cette programmation a le mérite d’exister », conclut Michel Masset, marquant ainsi un soutien lucide à une transformation indispensable du modèle énergétique français.