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PARIS : Maxime THOMAS : « La contre-visite administrative résonne comme un avertissement fort »
Face à la hausse record de l’absentéisme, de plus en plus d’employeurs recourent à la contre-visite administrative par commissaire de justice.
L’absentéisme au travail en France atteint des niveaux sans précédent, avec une progression de 5 % en un an et une augmentation de 50 % par rapport à la période d’avant-crise de 2019. Ce phénomène, qui coûte en moyenne 800 euros par an et par salarié, pousse les entreprises à explorer des solutions plus coercitives pour endiguer les arrêts maladie de complaisance. Alors que le gouvernement envisage un « bouton d’alerte » pour les employeurs, un outil juridique existant gagne en popularité : la contre-visite administrative menée par un commissaire de justice au domicile du salarié.
Un cadre légal pour une mesure coercitive
Autorisée par la jurisprudence, cette démarche permet à un employeur de mandater un officier assermenté pour vérifier la présence d’un salarié en arrêt maladie à son domicile durant les heures de sortie non autorisées. « En général, le salarié en arrêt doit se trouver chez lui entre 9 heures et 11 heures, et de 14 heures à 16 heures », précise Maxime Thomas, Responsable du pôle Accidents du travail et maladies professionnelles au sein du cabinet de conseil Spartes (https://www.spartes.fr/). « Et même si son médecin l’autorise à sortir, le salarié doit indiquer un lieu et des horaires où les visites de contrôle pourront s’effectuer. Le commissaire de justice doit simplement constater que le salarié se trouve, ou non, présent au lieu et heures convenus. Durant sa visite, il remet au collaborateur un courrier l’informant de sa démarche. En cas d’absence, il dépose ce courrier dans la boîte aux lettres, puis envoie à l’employeur un compte-rendu de visite ». Cette procédure est notamment facilitée par des plateformes spécialisées comme contrevisiteenligne.com (https://contrevisiteenligne.com/), co-créée par Spartes.
Une efficacité dissuasive et des conséquences directes
Selon les données de la profession, l’absence du salarié est constatée dans deux cas sur trois lors de ces contrôles. Lorsque l’absence est avérée et non justifiée, l’employeur est en droit de suspendre le versement du complément de salaire qu’il verse en plus des indemnités journalières de la Sécurité Sociale. Il peut également effectuer un signalement à l’organisme de santé, bien que ce dernier n’ait aucune obligation de donner suite. « C’est surtout cette deuxième mesure, à forte portée symbolique, qui peut motiver les employeurs face à des salariés abusant manifestement des arrêts de travail », complète Maxime Thomas. « En revanche, le signalement à la Sécurité Sociale n’oblige nullement cette dernière à effectuer un contrôle médical auprès du salarié, ni à répondre à l’employeur ». L’impact est donc avant tout dissuasif et financier pour le salarié concerné.
Un dernier recours dans une démarche globale
Le recours à un commissaire de justice reste une mesure forte, que les entreprises utilisent avec parcimonie. En général, elle intervient après l’échec d’autres tentatives, comme le dialogue direct avec le salarié ou la demande d’une contre-visite médicale auprès de la Sécurité Sociale. « C’est lorsque cette demande n’aboutit pas qu’ils décident de recourir à la contre-visite administrative, qui résonne comme un avertissement fort », analyse Maxime Thomas. L’expert insiste sur la nécessité d’intégrer cette action dans une stratégie plus large. « Les employeurs savent alors que ce message doit être accompagné d’une communication plus globale, rappelant les droits et les devoirs de chacun quant aux arrêts maladie. Faire appel à un commissaire de justice doit rester un acte exceptionnel, et ne peut devenir une méthode de management ».
Un contexte économique qui incite au contrôle
La recrudescence de ces contrôles s’explique aussi par un facteur économique récent. Depuis le 1er avril 2025, la Sécurité Sociale a diminué le montant des indemnités journalières versées. Cette décision a mécaniquement augmenté la part du complément de salaire à la charge des entreprises, pesant davantage sur leur trésorerie et les incitant à surveiller plus étroitement l’absentéisme. Créé en 2012, le cabinet Spartes, qui accompagne plus de 2 500 entreprises dans la maîtrise de leurs coûts sociaux et fiscaux, confirme observer une forte progression des demandes de contre-visites sur sa plateforme dédiée ces derniers mois.


