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PARIS : Max BAUER : « La canicule est un paramètre durable…

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PARIS : Max BAUER : « La canicule est un paramètre durable, pas une parenthèse dramatique »

Face à l’émoi médiatique entourant les vagues de chaleur, l’expert Max Bauer appelle à cesser la dramatisation pour se concentrer sur l’action.

Canicules – Au-delà du thermomètre, un défi de mémoire et d’action.

« Face à l’« amnésie collective » sur les canicules passées, le débat doit passer de la polémique stérile à l’adaptation pragmatique des territoires. Alors que chaque pic de température à 35 °C dans une grande ville française déclenche des alertes et des discours sur un phénomène « jamais vu », un regard sur l’histoire climatique du pays révèle une réalité plus nuancée. Loin d’être inédites, les vagues de chaleur extrêmes ont jalonné le 20ème siècle, frappant parfois avec une violence aujourd’hui oubliée. L’été caniculaire de 1911, par exemple, a provoqué la mort de 40 000 personnes, dont une majorité de très jeunes enfants. En 1947, Paris franchissait déjà le seuil des 40 °C », explique Max Bauer, ancien président de la Coordination Rurale du Var.

« La différence majeure ne réside pas dans l’intensité de la chaleur, mais dans sa perception et sa médiatisation. La prolifération des thermomètres, des graphiques en temps réel, des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu transforme chaque épisode météorologique en un événement politique, occultant la mémoire des crises passées et le pragmatisme des générations antérieures qui s’adaptaient en dormant dans les caves ou sur les toits », reprend-il.

Un phénomène récurrent, des impacts économiques anciens

Max Bauer ajoute : « Rappeler ces précédents historiques ne vise pas à nier la réalité du réchauffement climatique et l’augmentation de la fréquence de ces phénomènes, mais à les replacer dans leur contexte. Les conséquences économiques et sociales des sécheresses et des canicules ne sont pas une découverte récente. En 1976, la sévérité de la sécheresse a contraint l’État à créer un « impôt sécheresse » pour venir en aide à un monde agricole exsangue.

De même, durant l’été 1983, une vague de chaleur de trois semaines a entraîné une surmortalité notable, bien avant l’instauration des « plans canicule ». À l’époque, les municipalités géraient la crise avec les moyens du bord, sans que le débat public n’atteigne l’intensité et la polarisation actuelles. L’épisode de 2003, resté dans les mémoires pour son bilan humain dramatique et les incendies dévastateurs dans le massif des Maures, confirme que le pays a déjà été confronté à des épreuves climatiques d’une ampleur exceptionnelle ».

De la controverse à l’investissement pragmatique

« Ce qui semble nouveau aujourd’hui, c’est la transformation de chaque vague de chaleur en une arène politique où s’affrontent « alarmistes » et « climatosceptiques ». Cette polarisation stérile détourne l’attention de l’enjeu fondamental : l’adaptation. Plutôt que de commenter sans fin le caractère exceptionnel ou non d’un épisode, l’urgence est de déplacer le débat vers des chantiers concrets et financés.

La véritable réponse se trouve dans des actions structurelles : la végétalisation massive des espaces urbains pour créer des îlots de fraîcheur, l’isolation thermique performante des bâtiments, notamment des logements, des écoles et des Ehpad, ou encore l’adaptation des horaires de travail dans les secteurs les plus exposés. Il s’agit également de sécuriser durablement l’accès à l’eau et de soutenir les agriculteurs dans la transformation de leurs pratiques pour mieux résister aux chocs climatiques », insiste Max Bauer.

Faire du climat un outil de pilotage

« En conclusion, la question n’est plus de savoir si la chaleur est exceptionnelle, mais de définir collectivement le niveau d’investissement que la société est prête à consentir pour rendre ses infrastructures et son économie plus résilientes. En sortant de la dramaturgie médiatique pour entrer dans une logique d’action planifiée et de long terme, la politique retrouve sa mission première : organiser la vie collective face à une contrainte réelle et durable. C’est à ce prix que le thermomètre cessera d’être un prétexte de controverse pour devenir un véritable outil de pilotage au service d’une adaptation lucide et responsable », conclut Max Bauer.

Par Max Bauer, ancien syndicaliste agricole engagé dans la politique du territoire.