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PARIS : Marché parallèle du tabac – L’alliance Contre Feu dénonce une stratégie d’influence des cigarettiers
L’alliance Contre Feu accuse l’industrie du tabac de manipuler les chiffres du marché parallèle pour contrer les politiques de santé publique.
Alors que les géants du tabac, Philip Morris International (PMI) en tête, publient ce mercredi un nouveau rapport alarmiste évoquant une consommation de cigarettes issue de circuits parallèles atteignant près de 54 %, l’alliance Contre Feu riposte. Dans un communiqué, l’organisation dénonce une vaste opération de communication visant à freiner les politiques de santé publique, notamment la hausse des taxes, levier pourtant jugé le plus efficace par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Des chiffres officiels en contradiction flagrante
Le tableau dressé par l’industrie du tabac s’oppose frontalement aux données des organismes publics indépendants. Selon une étude de 2025 de la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) et de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), le marché parallèle est estimé entre 11 et 20 % de la consommation nationale, avec une moyenne de 17,7 %. Un chiffre près de trois fois inférieur à celui avancé par les industriels.
Cette estimation est corroborée par des données de Santé publique France et de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Leur analyse sur la période 2014-2022 révèle une grande stabilité des habitudes d’achat : environ 80 % des fumeurs déclarent acquérir leur dernier paquet chez un buraliste, 15 % dans un pays limitrophe, et moins de 1 % dans la rue, rendant la part du commerce purement illégal très marginale.
Une méthodologie contestée au service d’un lobbying
Pour Contre Feu, l’écart colossal entre les chiffres s’explique par les méthodologies biaisées des rapports financés par l’industrie, comme ceux commandés aux cabinets KPMG ou WSPM Group. Ces études reposent principalement sur la collecte de paquets vides dans l’espace public, une méthode largement critiquée par la communauté scientifique pour son manque de transparence et l’absence de validation indépendante.
De plus, les cigarettiers entretiennent sciemment une confusion en amalgamant dans le « marché parallèle » les achats illégaux (contrebande, contrefaçon) et les achats légaux effectués hors du réseau des buralistes (achats transfrontaliers, duty free). Cette ambiguïté permet d’alimenter un discours anxiogène pour décrédibiliser toute nouvelle hausse de la fiscalité.
« Le rapport PMI commandé à KPMG est contesté depuis plusieurs années par la littérature scientifique en raison de son manque de transparence, de ses biais méthodologiques et de l’absence de validation externe », souligne Ellen de Guiran, tabacologue et responsable scientifique de Contre Feu.
Elle rappelle que dans le préambule de chaque rapport, KPMG précise ne pas avoir « cherché à établir la fiabilité des sources d’information », confirmant son rôle d’instrument au service des industriels. Cette stratégie n’est pas isolée et concerne d’autres acteurs comme Japan Tobacco International (JTI) ou Imperial Brands. Selon l’indice mondial d’ingérence de l’industrie du tabac du Global Center for Good Governance in Tobacco Control (GGTC), il s’agit d’une tactique d’influence déployée à l’échelle mondiale.
L’industrie, actrice du marché qu’elle prétend combattre
L’accusation la plus grave portée par Contre Feu est que l’industrie du tabac serait elle-même un acteur majeur du marché illicite qu’elle dénonce. L’alliance s’appuie sur une analyse de l’ONG STOP, selon laquelle jusqu’à deux tiers des cigarettes illicites dans le monde proviendraient des usines des principaux fabricants, via des circuits informels alimentés par la surproduction et des fuites organisées.
Un rapport récent du Comité National Contre le Tabagisme (CNCT) illustre ce mécanisme avec le cas du Luxembourg. Le Grand-Duché se verrait livrer des volumes de tabac vingt fois supérieurs à sa consommation nationale, une stratégie de surapprovisionnement qui alimente directement le marché parallèle dans les pays frontaliers, dont la France.
À propos de Contre-Feu
Contre-Feu, l’alliance contre l’industrie du tabac (anciennement ACT-Alliance contre le tabac), est un contre-lobby d’intérêt général qui œuvre depuis plus de 30 ans pour un monde libéré des produits du tabac et de la nicotine.
Fédérant plus de 20 associations, Contre Feu déploie des campagnes de sensibilisation et de plaidoyer pour dénoncer les stratégies de l’industrie du tabac. L’alliance mobilise les décideurs, la société civile et l’opinion publique avec un objectif clair : voir émerger en France la première génération sans tabac à l’horizon 2032.
via Presse Agence.