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PARIS : Lyon-Turin – Un collectif d’élus saisit…

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PARIS : Lyon-Turin – Un collectif d’élus saisit le COI et dénonce un projet aux prévisions erronées

Le CEPURE, un collectif de 150 élus, saisit le Conseil d’Orientation des Infrastructures pour une réévaluation du projet Lyon-Turin.

Le projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin, estimé à près de 40 milliards d’euros, fait face à une nouvelle offensive. Le Collectif des Élus pour l’Utilisation du Réseau Existant (CEPURE), qui rassemble 150 élus locaux, a officiellement saisi le Conseil d’Orientation des Infrastructures (COI) le 13 février dernier. L’objectif : obtenir une évaluation « indépendante et contradictoire » d’un projet jugé surdimensionné et fondé sur des données contestées.

Cette initiative s’appuie sur une révélation de la Direction Générale des Infrastructures, des Transports et des Mobilités (DGITM) et de la Direction générale du Trésor. Dans un courrier daté du 31 juillet 2025, les deux administrations confirment qu’aucune évaluation socio-économique spécifique aux accès français du futur tunnel n’a été réalisée à ce jour, une lacune que le collectif juge rédhibitoire.

Un réseau existant sous-exploité et des prévisions de trafic contredites

Le CEPURE fonde son argumentaire sur une série de constats factuels, au premier rang desquels figure la sous-exploitation flagrante de la ligne ferroviaire existante. Selon les chiffres du ministre des Transports, le réseau actuel pourrait acheminer 16,8 millions de tonnes de fret, alors que seulement 2,5 millions de tonnes y transitent aujourd’hui. L’Autorité de Régulation des Transports souligne d’ailleurs que la France exploite son réseau neuf fois moins efficacement que la Suisse voisine.

Parallèlement, le collectif dénonce des prévisions de trafic surévaluées qui ont servi à justifier le projet. Contrairement aux projections de la SNCF qui tablaient sur une « explosion du trafic routier », le transit des poids lourds par les tunnels du Fréjus et du Mont-Blanc stagne depuis 1993. Pour le CEPURE, toutes les prévisions produites depuis l’origine se sont révélées erronées, remettant en cause la pertinence même de l’ouvrage.

Un coût exorbitant pour un bénéfice environnemental lointain

L’enjeu financier est au cœur des préoccupations. Initialement estimé à 3 milliards d’euros en 1991, le coût du projet a été multiplié par plus de dix pour atteindre aujourd’hui près de 40 milliards d’euros. Cette explosion des coûts contraste avec des bénéfices environnementaux jugés très surestimés.

S’appuyant sur un rapport de la Cour des Comptes Européenne, le collectif rappelle que les émissions de CO2 liées au chantier ne seraient compensées, au mieux, qu’en 2085. Un constat qui avait déjà été formulé dès 2003 dans un rapport commun du Conseil Général des Ponts et Chaussées et de l’Inspection générale des finances.

Des failles réglementaires et des impacts négatifs ignorés

Le CEPURE met également en lumière des manquements réglementaires. Malgré plusieurs décisions de justice, les bilans des investissements publics, obligatoires en vertu de la loi d’orientation des transports intérieurs (LOTI) de 1982, n’ont toujours pas été publiés pour des projets connexes comme la modernisation du Sillon Alpin Sud (540 millions d’euros).

Enfin, le collectif reproche aux promoteurs du projet d’ignorer ses impacts négatifs : la menace sur 1 500 hectares de terres agricoles, les risques pour les ressources en eaux souterraines, les conséquences sur l’économie locale et la mise en péril de l’équilibre financier des tunnels routiers existants. « Une évaluation indépendante et contradictoire est donc indispensable avant de lancer la France dans une aventure risquée », conclut le collectif.

Les élus du CEPURE se tiennent désormais à la disposition du COI pour des auditions et appellent à une transparence totale afin d’éclairer la décision publique. Le collectif détaille son argumentaire sur son site internet (www.cepure.fr) et met à disposition un contact presse (contact@cepure.fr).