PARIS : Lutte anti-tabac – Des experts dénoncent une…
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PARIS : Lutte anti-tabac – Des experts dénoncent une politique ignorant les alternatives qui sauvent des vies
À l’occasion de la semaine contre le cancer, des experts en santé publique interpellent le gouvernement sur sa politique anti-tabac.
Dans le cadre de la semaine nationale de lutte contre le cancer, un collectif d’experts de la santé publique, de médecins et de chercheurs en addictologie publie une tribune pour alerter sur les failles de la stratégie anti-tabac française. Alors que le tabagisme reste une des premières causes de mortalité évitable avec 75 000 décès par an, dont 45 000 par cancer, ces professionnels dénoncent le rejet par la France d’outils de réduction des risques, comme le vapotage ou les sachets de nicotine, qui ont pourtant fait leurs preuves à l’étranger.
Ce message est le fruit de travaux menés au sein du Forum Francophone sur la nicotine, qui s’est réuni à Paris en juin et à Genève en novembre 2025. Pour prolonger cette réflexion, les docteurs Imane Kendili et Marileine Kemme Kemme, deux des signataires, animent ce mercredi 11 mars un séminaire en ligne destiné aux professionnels de santé, afin de détailler le rôle crucial que peuvent jouer les alternatives nicotiniques dans la prévention des cancers liés au tabac.
Distinguer nicotine et combustion : la clé de la réduction des risques
Le postulat scientifique des signataires est clair : « ce n’est pas la nicotine qui tue les fumeurs, mais bien la combustion du tabac et les milliers de substances toxiques qu’elle libère ». Si la nicotine est la source de l’addiction, elle n’est pas cancérigène. C’est sur cette distinction fondamentale que repose l’approche de la réduction des risques. Les alternatives comme la cigarette électronique ou les sachets de nicotine, en délivrant de la nicotine sans combustion, permettent de réduire drastiquement l’exposition aux agents cancérogènes pour les fumeurs qui ne peuvent ou ne veulent pas arrêter brutalement.
Cette vision est corroborée par les autorités sanitaires elles-mêmes. Une expertise récente de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur le vapotage confirme qu’un passage de la cigarette traditionnelle à la vape entraîne une diminution de 80 à 100 % de l’exposition à certaines substances toxiques. L’agence note également que la grande majorité des vapoteurs sont des fumeurs ou d’anciens fumeurs, ce qui positionne bien cet outil comme une aide au sevrage et non comme une porte d’entrée vers le tabagisme.
Une approche française jugée punitive et contradictoire
Malgré ces données, la France s’apprête à interdire totalement les sachets de nicotine, une mesure dont l’entrée en vigueur est prévue pour avril 2026. Le collectif d’experts y voit une « approche punitive » qui ignore la complexité des parcours de sevrage tabagique. Cette décision envoie, selon eux, un message paradoxal et dangereux aux fumeurs : « nous vous laissons fumer, mais nous vous privons de moyens de sortie ».
Cette politique place la France à contre-courant de pays comme le Royaume-Uni ou la Suède, qui ont intégré ces alternatives dans leurs stratégies de santé publique avec des résultats probants. Pour les signataires, le pragmatisme scientifique doit l’emporter sur l’idéologie.
Un appel pour une stratégie fondée sur la science
Face à ce constat, le collectif appelle solennellement les pouvoirs publics à réhabiliter la science dans le débat. Il formule deux recommandations claires pour construire une politique anti-tabac plus efficace :
– Encadrer strictement la distribution et l’usage des produits alternatifs pour en interdire l’accès aux mineurs, tout en garantissant leur disponibilité pour les fumeurs adultes désireux d’arrêter.
– Intégrer pleinement ces alternatives dans une stratégie globale et cohérente de réduction des risques, en complément des outils de sevrage existants.
L’objectif, insistent les experts, n’est pas de faire la promotion de nouveaux produits, mais de donner à chaque fumeur toutes les chances de sortir d’une dépendance qui tue. « Parce qu’en matière de tabac, ne rien changer, c’est accepter que la mortalité continue », concluent-ils.
La tribune est notamment signée par le Dr Marileine Kemme Kemme (experte en addiction et présidente de MEDCAMER), Jasjit Ahluwalia (chercheur en santé publique à l’Université Brown), Charles Gardner (neurobiologiste) et le Dr Imane Kendili (psychiatre, addictologue et présidente de l’association African Global Health).