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PARIS : L’œil de l’historien Émile KERN

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PARIS : L’œil de l’historien Émile KERN

L’Histoire vivante en France à l’heure des commémorations de 2024.

Professeur agrégé et docteur en histoire contemporaine, Émile Kern est rédacteur en chef de la revue La France au combat. Historien spécialiste du Premier et du Second Empire, il publie en juin un nouvel ouvrage sur Gravelotte et la guerre de 1870.

La France est riche de son histoire et aime à commémorer régulièrement les événements qui l’ont marquée. De nos jours, cette histoire est mise en scène par les pratiquants de l’Histoire vivante. En 2024, quelques moments forts retiennent l’attention de ces « fous d’Histoire » comme les surnomme l’historien Jean Tulard. Ces hommes et ces femmes qui font de l’Histoire vivante, qui se costument pour certains, se travestissent pour d’autres, souhaitent avant tout revivre des épisodes du passé en tenue d’époque, le temps d’un week-end ou d’un spectacle. Ils incarnent des personnages, connus ou inconnus, ou insufflent la vie à un monument ancien. L’Histoire vivante fait des émules et attire des personnes de tous âges. Des hommes d’abord, et de plus en plus de femmes viennent s’enrôler pour reconstituer des scènes de bataille, la vie dans les bivouacs ou des danses à la cour des rois et des empereurs.

Le public, lui, est friand de combats de gladiateurs plus spectaculaires qu’au cinéma, de joutes entre chevaliers, des charges des hussards de Napoléon sur les plaines de Waterloo ou encore du débarquement des GI’S sur les plages de Normandie 80 ans après… Il existe ainsi plusieurs « niveaux » de pratique de l’Histoire vivante, du spectacle à l’archéologie expérimentale. Toute démarche de cette nouvelle discipline consiste, au départ, à endosser des costumes ou uniformes anciens pour « entrer » dans une période historique et/ou dans un personnage.

Pourtant, on note une grande différence dans la reconstitution historique entre l’archéologie expérimentale où des reconstituteurs travaillent avec des historiens et des archéologues, au monde de la reconstitution historique qui se pratique avec rigueur mais en dehors de l’université. Enfin, l’évocation historique réunit, quant à elle, des amoureux de l’histoire, amateurs ou professionnels dont l’objectif principal est d’animer des spectacles historiques avec plus ou moins de rigueur historique.

Quels événements font l’objet de reconstitutions historiques ?

Alésia, Nemausus (Nîmes), Bouvines, Azincourt, Valmy, Fontainebleau, Verdun ou Omaha Beach, autant de noms qui sonnent comme des lieux de mémoire de l’Histoire de France. Ces villes, musées et champs de bataille sont devenus des lieux de rassemblement pour organiser des reconstitutions historiques.

Avec l’organisation de spectacles, l’histoire devient un terrain de jeu et de loisirs. Et de nos jours les spectacles historiques ne se limitent plus aux reconstitutions d’affrontements militaires. Tous les thèmes de l’histoire sont abordés, depuis la manière de vivre jusqu’à la manière de combattre.

Les origines de l’Histoire vivante remontent à l’époque antique, avec les reconstitutions de batailles orchestrées dans les arènes romaines, mais les spectacles historiques apparaissent à la fin du XIXe siècle avec un certain William Frederick Cody (1846-1917), plus connu sous le nom de Buffalo Bill. Il organisait et dirigeait un spectacle où il représentait des scènes de reconstitution de l’Ouest américain entre 1882 et 1912. Avec la création de la Cinéscénie au Puy du Fou (Vendée) en 1977, les spectacles historiques prennent un nouvel élan. Depuis, chaque petit « pays » de France prétend mettre en scène quelques tableaux vivants de son passé. Durant ces fêtes historiques, l’histoire locale se greffe à la grande Histoire de France. Ainsi, durant l’été, la France se peuple de campements gallo-romains ou médiévaux. Les lieux les plus divers prennent les couleurs des spectacles son et lumière qui sont les ressorts d’une vision spectaculaire et parfois rêvée du passé. Revues, forums, sites web unissent ces nouveaux acteurs du passé. Le goût pour l’histoire de monsieur et madame tout le monde est l’un des dénominateurs communs de ces spectacles. Les premières associations d’animation historique ont émergé à l’occasion de ces festivités. Les fêtes historiques animées, non par des historiens spécialistes mais par des acteurs-médiateurs costumés ou des reconstituteurs bénévoles, donnent une vision plus accessible de l’Histoire au public. Les groupes qui sont inscrits à la Fédération Française des Fêtes et Spectacles Historiques (FFFSH) et qui respectent la charte de déontologie obtiennent même le label de la fédération qui est une marque de qualité.

Appuyons-nous sur quatre périodes et moments forts de notre histoire, reconstitués par des pratiquants de l’Histoire vivante.

Aliénor d’Aquitaine et le spectacle historique de Castillon-la-Bataille (17 juillet 1453)

En 1953, Castillon, pour le 500e anniversaire de la bataille de 1453, prend le nom de Castillon-la-Bataille. Si le premier spectacle est créé en 1977, il faut attendre 2016 pour assister à la reconstitution historique de l’histoire de l’Aquitaine et de la bataille de Castillon. C’est l’association Castillon 1453 qui retrace cette fresque historique de plus d’une heure quarante-cinq tous les étés. 400 bénévoles et une quarantaine de chevaliers retracent l’histoire de l’Aquitaine jusqu’à la bataille de 1453. On attend avec impatience le moment où John Talbot, le général en chef de l’armée anglaise, lance ses chevaliers à l’assaut des soldats français. Le public assiste à un spectacle grandeur nature de qualité par l’authenticité des faits historiques, de la mise en scène, de la musique, des lumières et des artifices. Aujourd’hui, le spectacle de la Bataille de Castillon est le plus grand spectacle d’Aquitaine avec près de 300 000 visiteurs par an.

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SOURCE : La lettre n°95 du Souvenir Français.