Passer au contenu principal

PARIS : L’extrême droite allemande dans l’impas…

Partager :

PARIS : L’extrême droite allemande dans l’impasse

Les élections européennes de juin 2024, en Allemagne, ont souligné la montée de Alternative für Deutschland (AfD).

Avec 15,9% des voix, ce parti d’extrême droite fondé en 2013, est arrivé en deuxième position et a remporté 15 sièges au Parlement européen, son meilleur score à ce jour. L’AfD poursuit sa progression, comme l’ont montré les élections régionales de septembre 2024 en Saxe, en Thuringe et dans le Brandebourg, où il a obtenu aux alentours de 30% des voix.

La crise migratoire de 2015 a marqué un tournant fondamental, en mettant en avant dans le débat public les thématiques privilégiées de l’AfD : immigration, rejet de l’islam, sécurité, famille, nation, dénonciation de l’échec des « vieux partis », etc. Le parti a su tirer profit de ce contexte, plus favorable encore depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la crise des approvisionnements énergétiques. L’AfD est désormais un acteur majeur de la vie politique allemande. En dix ans, il a opéré une véritable mue, passant de l’identité d’un parti de protestation à celle d’un parti d’adhésion capable de façonner un corpus idéologique singulier.

Alors que se profile l’élection du Bundestag (en 2025), la coalition Ampel, dirigée par Olaf Scholz, qui rassemble le Parti social-démocrate (SPD), le Parti libéral-démocrate (FDP) et les Verts, est frappée par une série d’échecs électoraux majeurs. À l’instar de l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), l’AfD a su se nourrir de la crise du système politique allemand et de la défiance à l’égard des partis traditionnels.

Malgré l’offensive menée par les autres partis, les Églises, le patronat, la société civile et les services secrets allemands, l’AfD résiste, poursuivant son ascension, au point de faire craindre une disparition du Brandmauer (« mur coupe-feu ») des partis démocratiques.

Cette dynamique ne doit pas abuser le jugement, car il ne faut pas sous-estimer la réalité des difficultés auxquelles le parti est confronté. Au Parlement européen, sa radicalité l’isole, au point d’avoir été exclu du groupe Identité et Démocratie (ID) conduit par le RN. À l’intérieur, malgré un enracinement régional réel à l’Est, l’AfD est toujours sans partenaire de coalition pour gouverner, rendant son arrivée au pouvoir plus qu’incertaine.

Patrick Moreau,

Docteur en Histoire, docteur d’État (FNSP) en sciences politiques, CNRS, spécialiste des partis extrémistes en Europe.

SOURCE : Fondation pour l’innovation politique – La Newsletter du 31 janvier 2025.