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PARIS : L’Européen et les autres peuples

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Floriane Dumont
24 Avr 2024

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PARIS : L’Européen et les autres peuples

Co-fondateur de l’Institut Iliade, Bernard Lugan est historien africaniste.

Il a enseigné de 1972 à 1983 à l’Université nationale du Rwanda, puis de 1984 à 2009 à l’université de Lyon III. Professeur à l’École de Guerre et à l’ESM de Saint-Cyr Coëtquidan, Il a dispensé des conférences à l’Institut des hautes études de défense nationale. Expert auprès du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda -(ONU), il a publié une quarantaine d’ouvrages historiques qui font aujourd’hui référence.

Mes chers amis, mes chers camarades, nous voici à la fin d’un cycle. À la fin d’un cycle qui a débuté avec les grandes découvertes, XVᵉ, XVIᵉ siècles et jusqu’à aujourd’hui. Avec ce cycle, l’Europe s’est prise pour le centre du monde. Elle s’est prise pour le centre du monde et elle l’est restée. Mais désormais, c’est le ressac.
Nous, les 450 millions d’Européens face à sept à huit milliards d’autres. Ces autres, nous, Européens, qui sommes, comme l’a dit mon camarade qui nous a précédé, occupants d’un tout petit cap de l’extrême ouest du continent européen, et un cap d’autant plus réduit que, ayant abandonné la conception gaullienne de l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural, nous nous sommes coupés volontairement de notre profondeur à l’est avec les événements actuels et la croisade démocratique qui est encouragée par ceux qui ont décidé la fin de l’Europe et la fin de nos sociétés. Alors, durant des siècles, les Européens et surtout les Français, nous les Français, nous avons cru que notre mission était d’apporter la lumière aux peuples qui vivaient encore dans l’obscurité. Un messianisme universaliste qui était porté à la fois par l’idée de progrès, mais également, disons-le, par l’idée de l’évangélisation, et qui sous-tendait en réalité l’idée que les Africains étaient des Européens pauvres à la peau noire et les Asiatiques des Européens pauvres à la peau jaune. Et, dans ces conditions, dans ces concepts universalistes, il suffisait de faire admettre aux autres nos propres conceptions pour en faire des Européens.

Alors, cette illusion a nourri bien des catastrophes, et cette illusion portée par la gauche française a été parfaitement bien résumée par Léon Blum le 9 juillet 1925, quand, s’adressant aux députés, il affirmait – je cite un député français :

« Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas encore parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie. »

Nous sommes en pleine arrogance. L’arrogance de la gauche universaliste à laquelle s’opposaient l’ethnodifférentialisme et, parmi les grands ethnodifférentialistes, un homme que je vénère, le maréchal Lyautey. Lyautey, qui servait la France mais pas la République, disait de celle-ci :

« La République, c’est comme la syphilis : quand on l’a attrapée, soit on se fait sauter le caisson, soit on tente de vivre avec. »

Lyautey a tenté de vivre avec. Lyautey qui servait la France et pas la République était à l’opposé de cette conception universaliste. Il disait :

« Les Africains ne sont pas inférieurs, ils sont autres. »

Chez Lyautey, il n’y avait pas cette différence, il n’y avait pas cette hiérarchie, comme chez Hugo, comme chez Jaurès, comme chez Blum, mais la reconnaissance de la différence, de l’évidence. Cette différence a été pour moi merveilleusement illustrée par un Africain, le président de Djibouti Hassan Gouled qui, au mois de septembre 1977, devant l’Assemblée générale des Nations unies, a donné pour moi la plus belle, la plus poétique définition de ce qu’est l’ethnodifférentialisme. Je cite le président Gouled :

« Notre vérité, à nous, peuples du lait et du mouton, vous l’avez trop longtemps ignorée, peuples du blé et de la vigne, vos concepts ne sont pas les nôtres. Le champ carré de vos idées forme pour nous un paysage qui s’accorde mal à l’errance de nos troupeaux… »

C’est magnifique. C’est une superbe définition de ce qu’est l’ethnodifférentialisme. Hélas, ce sont les universalistes qui l’ont emporté. Résultat : nous voici donc, comme je le disais en préambule, nous, 450 millions, poussés dans notre petit cap européen, j’allais même dire acculés par huit milliards d’autres, des autres qui rejettent nos valeurs, des autres qui rejettent nos modèles politiques, des autres qui rejettent nos modèles sociétaux et surtout nos nouveaux impératifs moraux qu’ils considèrent à très juste titre comme étant totalement décadents ou antinaturels. Alors des autres, parmi lesquels, surtout en Afrique et dans le monde arabo-musulman, certains sont engagés dans une véritable entreprise de revanche historique. Et la situation est d’autant plus grave que ces autres constituent maintenant chez nous des noyaux de peuplement de plus en plus forts, et que notre système démocratique leur ouvre des possibilités de gouvernance à moyen ou à long terme. D’autant plus qu’ils ont trouvé des alliés à l’extrême gauche, des alliés dont l’avenir politique dépend précisément du suffrage de ces autres. Donc nous sommes dans un cercle vicieux avec, comme d’habitude, le procès de la démocratie. Et ce n’est pas le vieux maurrassien qui vous parle qui va pleurer sur cette réalité démocratique.

Alors, face à ce changement anthropologique, conséquence de plusieurs décennies de politique migratoire encouragée ou tolérée, la seule réponse du pays légal est l’obligation qui nous est faite, à nous indigènes, d’avoir à absorber ces flots, sans discussion possible, et, qui plus est, d’accepter de les voir dispersés sur nos terroirs et dans nos campagnes au nom de l’assimilation. L’assimilation, ce vieil avatar de l’utopie universaliste, l’assimilation qui bien évidemment ne permettra jamais de transformer ceux qui niquent la France en Français de cœur. Comment voulez-vous assimiler des francophobes assumés, comme cette présidente du syndicat de l’UNEF, Mme Hafsa Askar, qui le 15 avril 2019, le jour de l’incendie de Notre-Dame de Paris, a osé dire : « Je m’en fiche de Notre-Dame de Paris car je m’en fiche de l’histoire de France. […] Wallah on s’en balek, on s’en balek. Objectivement, c’est votre délire de petits Blancs. » Comment les héritiers des Lumières qui gouvernent la France peuvent-ils oser croire à l’assimilation quand ceux précisément qu’ils veulent que nous assimilions rejettent leurs dogmes fondateurs ? Qu’il s’agisse des valeurs de la République, qu’il s’agisse des droits de l’homme, qu’il s’agisse du vivre-ensemble, de la laïcité et, cerise sur le gâteau, des étrangetés LGBT. Le général de Gaulle, dont tout le monde parle, avait des mots définitifs à ce sujet. Il qualifiait l’assimilation de « danger pour les Blancs, une arnaque pour les autres ». De Gaulle, l’assimilation, un danger pour les Blancs, une arnaque pour les autres. Alors ? Alors, aujourd’hui, la situation s’impose aux Européens. Elle leur impose de faire un retour sur eux-mêmes.

Ce retour sur nous-mêmes passe par non pas par la défense des dogmes universalistes, hérités de la Révolution de 89, hérités des Lumières, hérités du libéralisme, non pas par la défense de ces dogmes auxquels s’attachent, s’accrochent d’une manière pathétique nos dirigeants qui voient que le navire coule et qui s’arrache d’eux, mais par leur abandon. En effet – et là, Maurras nous l’a bien enseigné – tout cela, ce sont des nuées au sens maurrassien du terme. Ce sont ces nuées héritées de 1789 qui ont provoqué notre décadence. Donc, quand aujourd’hui on nous dit que le moyen de nous sauver, c’est la laïcité, ce sont les valeurs de la République, ce sont des foutaises, ce sont des foutaises du domaine des nuées.

Alors, pratiquement, à nous de faire un retour sur l’Europe civilisation en rejetant l’européisme. À nous de chasser Bruxelles pour créer l’Europe des peuples. À nous de reconstruire l’Europe de l’intérieur en refusant l’État européen.

Nous qui sommes les porteurs des forces créatrices, nous devons rejeter les dogmes et nous devons imposer un changement de paradigme en nous gardant de deux forces. Laissons la vieille droite s’étouffer dans ses digestions bourgeoises, laissons la gauche éructer dans sa cirrhose idéologique, et définissons notre retour à nous-mêmes, le retour de l’Europe. Autrement, mes chers amis, autrement, mes chers camarades, les civilisations étant mortelles, les populations indigènes, celles qui ont créé notre civilisation, la civilisation européenne, devront accepter de ne plus être chez elles, sur la terre de leurs ancêtres, comme les Serbes au Kosovo et comme les Arméniens au Karabagh. Je vous remercie.

SOURCE : Institut ILIADE pour la longue mémoire européenne