PARIS : Les souvenirs d’un légionnaire de la France L…
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PARIS : Les souvenirs d’un légionnaire de la France Libre, un témoignage exceptionnel
Des glaces de la Norvège à l’enfer de Bir-Hakeim. Gustavo Camerini aura été de toutes les batailles contre les fascistes et les nazis.
S’il a parfois dérouté ses supérieurs, son courage, son intrépidité et son grain de folie firent l’admiration de ses hommes.
Ce soir, nous monterons tous au paradis
Souvenirs d’un légionnaire de la France Libre de Gustavo Camerini
En 1938, Gustavo Camerini, jeune avocat italien, issu d’une famille aisée, volontiers séducteur, renonce à la dolce vita, avant que le « déshonneur » ne s’empare de lui. Il fait le choix radical de quitter son pays « pour aller se battre contre le fascisme et le nazisme » partout où cela sera possible.
Engagé comme sous-lieutenant dans la Légion étrangère, c’est au service de la France Libre que de 1939 à 1944, des fjords de Norvège à la plaine d’Italie en passant par Dakar, le Moyen Orient, les combats dans le Western desert et en particulier à Bir Hakeim, « Gusty » mènera héroïquement sa compagnie, sera blessé trois fois et recevra quatre citations.
Au soir de sa vie, il dictera dix-sept heures de souvenirs, en français, sur un magnétophone avec l’ambition de rendre hommage à ses camarades. Le livre que vous avez entre les mains en est la transcription fidèle, avec ses marques d’oralité, ses répétitions, ses hésitations. Si soixante ans après les faits, la mémoire de Gustavo Camerini est parfois un peu défaillante, le récit à la fois pittoresque et bouleversé qu’il fait d’une guerre accomplie « en amateur » dans une unité de combat d’élite bouleverse par sa justesse et sa sensibilité.
Table des matières
Prologue
Chapitre I : De l’opposition au fascisme et au nazisme aux premiers combats dans la Légion
« Me battre, me battre, me battre »
« Est-ce que ça vous intéresserait de partir faire la guerre en Finlande ? »
« Là, je commençai à voir la guerre, la vraie guerre »
« Pourquoi ne pas poursuivre ? »
Chapitre II : Débâcle en France, engagement à Londres, départ vers l’Afrique
« Avec nos petits fusils mitrailleurs, nous étions simplement ridicules »
« Je crois que le général de Gaulle avait vu juste. »
Une bien courte épée
Chapitre III : Devant Dakar, au Gabon, vers l’Érythrée
L’espoir déçu du ralliement de Dakar
Des soirées de Yaoundé à la libération du Gabon
Vers le théâtre d’opérations suivant
Chapitre IV : La campagne d’Érythrée
Se mettre en ordre de marche à Port-Soudan
Conquérir l’Enghiahat
Foncer vers Massaoua
Prendre possession de la ville libérée
Chapitre V : La campagne de Syrie
Une mission de liaison auprès des Tcherkesses
Des souvenirs de guerre épars
Dans Damas libéré
En tournée vers Alep et Deir ez-Zor, en stationnement à Homs
Chapitre VI : La défense de l’Égypte
De l’occupation d’Halfaya à la défense de Bir Hakeim
Portraits de combattants
La sortie de « vive force » du camp retranché
Les combats de l’Himeimat
Chapitre VII : De l’Afrique du Nord vers l’Europe
L’entrée en Tunisie et l’engagement au djebel Garci
À Tunis pour défiler, au camp de Mena pour diriger
En mission au Liban
En service commandé à Bari
Chapitre VIII : La campagne d’Italie
À Naples, dans une ville détruite
Les combats dans la vallée du Liri et sur le Leucio
Dans Rome ville ouverte et le long de la via Cassia
Devant Radicofani, pour le dernier combat en Italie
Épilogue
Gustavo Camerini (1907 – 2001), est un avocat italien, Compagnon de la Libération. Fuyant le régime fasciste instauré dans son pays, il s’installe en France puis, lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, décide de combattre dans les rangs de la Légion étrangère. Il participe aux combats en Scandinavie, en Afrique et au Moyen-Orient avant de participer à la libération de son pays d’origine. Après la guerre, il reprendra sa profession d’avocat en Italie.
Extrait
« Amilakvari vient d’être tué ! »
Le soir tombe, la nuit tombe. Cette fois, toute notre demi-brigade est partie. On n’en sait plus rien. Je m’endors un peu parce que je commence à en avoir assez : j’ai une mission auprès de Koenig mais on ne me dit rien. Nous, ceux de l’arrière, nous restons un peu seuls, et nous attendons ce qui va se passer. Mon pauvre ami, en pleine nuit, ce qui se passe, c’est qu’on entend des tirs d’artillerie ennemie, et puis de temps en temps on voit quelqu’un qui arrive épouvanté. « Mais qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui se passe ? » Nos unités sont rejetées en l’air, une après l’autre, je ne sais pas comment ni pourquoi, dans la nuit, on ne voit goutte ; on ne sait rien, on sait simplement que les choses vont mal. Je me suis à moitié endormi quand j’entends Thoreau : « Mon Dieu, il a été tué, il a été tué ! » Je me lève : « Quoi, qu’est-ce que c’est ? – Amilakvari vient d’être tué ! – Zut ! » Alors là je me lève, je me dis : « Qu’est-ce que c’est cette histoire ? » On me dit : « Ça a très mal marché, nos trois bataillons sont foutus en l’air, le bataillon de Bollardière aussi. » Tout ceci se passe pas loin de nous, mais on n’en voit guère d’autres traces que de temps en temps un pick-up qui arrive en courant, vide à l’exception du chauffeur, qui est perdu. On sait simplement que les choses n’ont pas marché, c’est tout. Alors je me lève, me demandant : « Qu’est-ce que je dois faire ici ? » et voilà qu’on m’appelle et qu’on me dit : « Le général Koenig vous attend », ou une chose dans ce genre-là ou bien : « Passez là-bas », je ne sais pas. Me voilà fort ennuyé, n’est-ce pas, me disant : « Voilà une défaite. » Je sentais qu’il y avait une défaite, et Amilakvari qui était mort, mort comme ça, brusquement.
Alors je m’en vais, je marche. Je sais vaguement où me diriger, on m’a indiqué : « Le PC de la division est là-bas. » C’était là que je devais me rendre, je ne sais pas pourquoi puisque j’avais cet ordre d’Amilakvari, mais Koenig le savait puisque c’était lui-même qui m’avait fait dire d’aller le rejoindre. Je cherche le PC. Le PC, ça n’existait pas, c’était simplement un abri, quelque chose dans le désert, mais ce qui était tragique, ou impressionnant, il y avait un homme seul, assis ; l’homme avait la tête entre les genoux, je n’exagère pas, immobile. Silence, on n’entendait rien, même les tirs d’artillerie ennemis avaient presque cessé. La nuit venait, et l’homme était là. Cet homme, c’était le général Koenig, silencieux. Je m’approche. Nous étions seuls, il n’y avait personne, personne que cet homme assis, assis par terre et la tête entre les genoux. Jamais vu une chose pareille. Alors moi, qu’est-ce que je pouvais faire ? « Mon général », je dis. L’homme ne bouge pas, ou à peine. Puis il me regarde : « Vous savez que le colonel Amilakvari est mort ? » Oui, je le savais. Pas un mot, il reprend sa position. Qu’est-ce que je pouvais faire, moi ? Je m’assieds à côté de lui, et puis, silence. Silence.
À paraître le 16 février 2024
ISBN : 978-2-86645-979-6
22 € – 320 pages

