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PARIS : L’emballage, enjeu stratégique

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PARIS : L’emballage, enjeu stratégique

Les défis environnementaux de l’emballage sont cruciaux, et le conditionnement est au cœur du savoir-faire du groupe Bel comme de la mission de Citeo.

L’un et l’autre investissent dans des solutions nouvelles. Entretien avec Antoine Fiévet, président du groupe Bel et de Citeo.

Vous cumulez les fonctions de président d’un groupe alimentaire, le groupe Bel, et de l’éco-organisme Citeo. Comment ces deux fonctions interagissent-elles ?

Antoine Fiévet : Le groupe Bel est dans ma famille depuis cinq générations. Avec ses marques iconiques comme La Vache qui rit, Mini Babybel, Kiri, Boursin, Pom’Potes, c’est l’un des plus beaux portefeuilles de marques de l’industrie agroalimentaire. C’est une maison que je connais intimement et dont j’ai inspiré la transition responsable dans les vingt dernières années. En tant que président de cette entreprise qui fait du snacking sain en portions, le sujet de l’emballage me touche directement. Nous mettons en marché des dizaines de milliards de portions chaque année. J’ai besoin de comprendre l’état de l’art pour me projeter sur des innovations permettant de réduire, réemployer, recycler, pour préserver les ressources de la planète. Citeo me permet d’être au cœur de ces réflexions.

La mission de Citeo est parfois perçue comme complexe par les dirigeants, qu’en pensez-vous ?

A. F. : Citeo a une fonction de chef d’orchestre et de pourvoyeur de solutions pour la filière de collecte et recyclage des emballages et des papiers en France. C’est un éco-organisme placé sous l’autorité de l’État, et ce point est souvent oublié. C’est un ensemble qui réunit tous les metteurs en marché, les collectivités locales et les opérateurs autour de l’intérêt général. Cette multiplicité d’acteurs et d’intérêts crée la complexité de cet écosystème.

Pour ma part, je regrette de ne m’y être pas intéressé plus tôt. Comme beaucoup de mes pairs, j’ai longtemps délégué cela a des gens plus experts que moi dans l’entreprise. C’est une erreur. Les questions liées à l’emballage des produits de grande consommation sont éminemment stratégiques et concernent aussi les directions opérationnelles. Elles sont tout aussi cruciales pour l’avenir de nos activités que les questions de pérennité des filières d’approvisionnement en matières premières. Je pense que la REP (responsabilité élargie des producteurs) devrait être repensée, pour donner plus de liberté d’action et de responsabilité aux metteurs en marché, dans une approche « obligation de résultats ». Aujourd’hui, nous fonctionnons dans une logique d’enveloppe garantie aux collectivités locales, financée par les metteurs en marché, et cela quelle que soit leur performance effective en termes de recyclage. C’est absurde.

Raisonner en termes de gisement
Sommes-nous, en France, à la hauteur des enjeux en termes de collecte et de recyclage des emballages ?

A. F. : Vraiment pas. La triste réalité est que, par exemple, seuls 23 % des plastiques sont recyclés en France, au lieu d’environ 30 % en moyenne en Europe. C’est très loin de l’objectif de 50 % en 2025, et de 55 % en 2030, fixé par l’Europe. Les matières premières ont tendance à se raréfier avec la surexploitation, ce qui a aussi un effet sur les coûts. Si nous ne voulons pas qu’ils deviennent exponentiels, il faut d’urgence explorer les pistes alternatives, comme la consigne ou le réemploi qui ont déjà fait leurs preuves chez nos voisins européens. C’est aussi une question d’autonomie nationale en termes de gisement de matière première pour les industriels : gardons et recyclons les emballages sur le sol européen ! En Allemagne, le taux de retour des bouteilles réutilisables et à usage unique s’élève aujourd’hui à environ 90 %, grâce à quelques centimes reversés à l’utilisateur qui ramène ses bouteilles vides. Il faut repenser l’organisation de la filière française de collecte et recyclage, pour en accroître la performance avec l’ensemble des emballages, et harmoniser notre dispositif avec les modèles européens les plus efficaces.

Pourtant en France, la question du réemploi des emballages commence à s’imposer, avec l’objectif de 10 % en 2027 fixé par la loi Agec ?

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SOURCE : ILEC – La Voix des marques.