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PARIS : L’élection présidentielle russe, pas de surpr…

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PARIS : L’élection présidentielle russe, pas de surprise à l’horizon

Une note du cabinet d’études économiques Asterès sur l’élection présidentielle russe.

Synthèse :

L’élection présidentielle russe se tiendra du 15 au 17 mars 2024, et sans surprise Vladimir Poutine sera réélu. La résistance de l’économie russe aux sanctions, meilleure qu’attendue malgré des vulnérabilités économiques persistantes, peut être un argument électoral pour le président sortant. Si tant est qu’il en ait besoin, car la démocratie n’est pas un fait en Russie, Poutine a modifié la constitution afin de pouvoir réaliser plus de deux mandats consécutifs comme c’était le cas auparavant. Il valide lui-même les candidatures des prétendants à l’élection selon des critères précis comme le choix de poursuivre les combats en Ukraine.

Par Sylvain Bersinger, chef économiste chez Asterès.

L’élection présidentielle russe se tiendra du 15 au 17 mars 2024, et sans surprise Vladimir Poutine sera réélu. La résistance de l’économie russe aux sanctions, meilleure qu’attendue malgré des vulnérabilités économiques persistantes, peut être un argument électoral pour le président sortant. Si tant est qu’il en ait besoin, car la démocratie n’est pas un fait en Russie, Poutine a modifié la constitution afin de pouvoir réaliser plus de deux mandats consécutifs comme c’était le cas auparavant. Il valide lui-même les candidatures des prétendants à l’élection selon des critères précis comme le choix de poursuivre les combats en
Ukraine.

Economie : Une résistante plus forte que prévu pour la Russie

L’économie russe s’est transformée en économie de guerre. L’économie russe a souffert de la guerre, mais la crise économique attendue ne s’est pas produite. La Russie a terminé l’année 2023 avec une croissance de 3%, mieux que la croissance de l’UE à 0,5% cette même  année (bien que la croissance russe soit largement due à un effet rebond après la récession de 2022). Le taux de chômage est passé sous les 3 % et les salaires ont augmenté. Cela est en grande majorité dû à la guerre en Ukraine, l’industrie militaire ayant connu une forte hausse des commandes. Si les chiffres précis sont difficiles à connaître, il apparaît évident que l’économie russe a connu une forte modification, avec une explosion de la production industrielle militaire et une diminution parallèle de la production et des dépenses publiques dans les autres secteurs (automobile civile, recherche scientifique, éducation par exemple)1.
La Russie a en partie contourné les sanctions commerciales. D’un côté, les exportations russes en valeur ont augmenté en 2022 du fait de l’envolée du prix du gaz qui a compensé la baisse des volumes (une tendance qui s’est estompée en 2023 avec la baisse du prix du gaz).
D’un autre côté, la Russie a continué à importer depuis les pays Occidentaux en passant par des pays tiers. Le commerce entre la France et la Russie illustre ces évolutions : la France exporte moins vers la Russie, mais les ventes vers des pays frontaliers comme le Kazakhstan ont augmenté, signalant un probable contournement des sanctions. De plus, la Russie s’est commercialement rapprochée de la Chine.

Géopolitique : La Russie avec un soutien de taille, La Chine

Sur la scène internationale la Russie se trouve de plus en plus isolée. Les dirigeants américains et européens se sont positionnés contre la Russie dès le premier jour d’attaque en Ukraine. Depuis deux ans, les sanctions contre la Russie s’accumulent, contrairement aux aides à l’Ukraine. Les organisations internationales telles que l’ONU ou encore l’OMS, dénoncent des crimes de guerre.
Les prochaines élections américaines pourraient jouer un rôle crucial dans la poursuite de la guerre en Ukraine. Joe Biden rencontre des difficultés à faire adopter de nouvelles aides à l’Ukraine par le Congrès, qui est paralysé par les partisans de Donald Trump. L’actuel président soutient l’Ukraine et se positionne contre Poutine. De son côté Trump, en mai dernier, a déclaré dans une interview que s’il est élu président il mettra « fin à cette guerre en une journée. Ça prendrait 24 heures. Je connais bien Zelensky, je connais bien Poutine »3. Au-delà du rôle de médiateur qu’il prétend être, le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui a rencontré Trump début mars affirme que ce dernier lui a annoncé qu’il ne donnerait pas un centime à l’Ukraine, cependant l’équipe de Donald Trump n’a pas confirmé ces propos4.
La Russie a un soutien de taille avec la Chine. Plus la guerre avance et plus les révélations des crimes commis en Ukraine sont nombreuses. Une partie des pays soutenant l’offensive russe, sont des pays eux-mêmes isolés internationalement comme la Syrie, la Biélorussie, le Venezuela. Leur soutien est de ce fait peu étonnant et il ne sera pas étonnant non plus de voir la Russie remercier comme il se doit ces pays en retour. Le plus surprenant est les déclarations faites par le nouveau ministre de la Défense chinoise en poste depuis décembre 2023. Ce dernier, lors d’une visioconférence avec le ministre de la Défense russe.

Elections : Un simulacre d’élection pour réélire Poutine

Deux opposants interdits et trois candidats favorables à la guerre en Ukraine autorisés. Les deux opposants déclarés qui souhaitaient prendre part à l’élection, Ekaterina Dountsova et Boris Nadejdine, ont été barrés du scrutin. Les trois autres candidats autorisés face à Vladimir Poutine sont le nationaliste Léonid Sloutski, le communiste Nikolaï Kharitonov et l’homme d’affaires Vladislav Davankov. Tous soutiennent la guerre en Ukraine. Les élections sont pour Poutine une excuse pour affirmer qu’il est officiellement élu par le peuple russe et que la Russie reste une démocratie. Sur la scène internationale, le reste du monde n’est pas dupe, les élections aussi officielles qu’elles soient non rien à voir avec de véritables élections loyales.
Le décès du principal opposant, Alexeï Navalny, n’est qu’un grain de sable dans la chaussure de Poutine. Alexeï Navalny, emprisonné depuis début 2021, continuait, notamment par le biais de ses avocats, à le combattre. Les opposants de Poutine accusent ce dernier d’avoir fait tuer Navalny, dans les faits rien ne peut prouver ces accusations.

L’élection présidentielle russe : Pas de surprise à l’horizon

Les recettes d’hydrocarbures ne sont pas illimitées. Les recettes que tire la Russie de ses exportations d’hydrocarbures ont fortement baissé en 2023 par rapport à 2022 (une année particulière du fait de l’envolée du prix du gaz). D’une part, les sanctions internationales conduisent la Russie à vendre son pétrole (Oural) moins cher que les cours mondiaux (Brent), même si l’écart s’est resserré récemment, indiquant une difficulté à faire appliquer les sanctions. D’autre part, le prix du gaz a retrouvé ses niveaux moyens d’avant la guerre en Ukraine. La Russie est désormais soumise à deux vulnérabilités : sa dépendance aux
exportations d’hydrocarbures vers la Chine qui est devenu de loin son premier client et une vulnérabilité à la variation du prix des hydrocarbures, qui pourrait baisser soit du fait d’un resserrement des sanctions (ce qui ne concernerait que la Russie) soit du fait d’une baisse des cours mondiaux (ralentissement économique, hausse de la production américaine, à terme hausse des énergies renouvelables qui limiterait la demande d’hydrocarbures).

Les perspectives futures pour l’économie russe sont moroses. Le pays est certes parvenu à contourner les sanctions commerciales et à soutenir sa croissance par des dépenses militaires, mais son potentiel de croissance futur semble amputé. Des centaines de milliers de Russes (le chiffre exact est difficile à connaître), notamment des jeunes diplômés, ont quitté le pays. Les entreprises occidentales ne sont pas prêtes de retourner dans le pays, même si la guerre venait à se terminer. La Russie, qui n’avait pas réussi à diversifier son économie au-delà des hydrocarbures, ne parviendra pas à le faire sans avoir recours à des technologies et à des savoir-faire étrangers. Enfin, le soutien de la croissance par la dépense militaire, c’est-à-dire par la dépense publique, ne peut être une stratégie illimitée dans le temps, d’autant plus que le pays est coupé des marchés internationaux de capitaux pour financer son déficit budgétaire. Il est probable que, lorsque les dépenses militaires baisseront, la croissance russe en sera fortement impactée. Cette évolution est fréquente en temps de guerre et s’est vérifiée par exemple dans le cas des Etats-Unis lors de la Seconde Guerre mondiale : les dépenses militaires soutiennent l’activité économique à court terme, mais la croissance plonge ensuite en même temps que les montants dépensés pour l’armée.

 

1 Bank of Finland, Heli Simola, “The role of war-related industries in Russia’s recent economic recovery”, Policy brief n°16, 2023

2 https://energyandcleanair.org/january-2024-monthly-analysis-of-russian-fossil-fuel-exports-and-sanctions/

3 Interview Fox News – Maria Bartiromo – 16 juillet 2023

4https://www.latribune.fr/economie/international/ukraine-donald-trump-ne-donnera-pas-d-argent-a-kiev-s-ilest-elu-affirme-viktor-orban-992668.html

5. Les relations entre la Russie et la Chine sont majoritairement commerciales. La Chine a su profiter des sanctions mises en place par les Etats-Unis et l’UE en devant notamment un intermédiaire dans les relations commerciales entre la Russie et le reste du monde.