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PARIS : Léa PAOLACCI : « Le diplôme reste une sécurité, mais il ne protège plus forcément »
Une étude Swapn révèle la perplexité des parents face à l’orientation, tiraillés entre le dogme du diplôme et un avenir professionnel incertain.
À quelques jours de la date butoir de Parcoursup, fixée au 1er avril 2026, l’angoisse monte dans de nombreuses familles. Dans un monde du travail en pleine mutation, notamment sous l’impulsion de l’intelligence artificielle, les choix d’orientation n’ont jamais semblé si complexes. Une enquête exclusive menée par l’institut FLASHS pour la start-up Swapn auprès de 1 000 parents de lycéens met en lumière un paradoxe majeur : si les études supérieures restent un quasi-impératif pour leur propre enfant, les parents reconnaissent que ce n’est plus l’unique voie vers la réussite.
Le diplôme, un dogme tenace mais fissuré
Les chiffres de l’étude sont éloquents et traduisent une profonde ambivalence. Alors que près de deux parents sur trois (64 %) estiment aujourd’hui possible de construire une carrière solide sans diplôme supérieur, ils sont 95 % à souhaiter que leur propre enfant poursuive ses études après le baccalauréat. Cette dissonance révèle que le diplôme conserve son statut de filet de sécurité, même si sa valeur absolue est remise en question.
Cette période cruciale est une source de tension considérable : plus de huit parents sur dix (81 %) la décrivent comme stressante. Leurs principales craintes ne portent pas tant sur les capacités de leur enfant que sur le système lui-même. La peur de voir les vœux refusés sur la plateforme Parcoursup arrive en tête des angoisses (55 %), suivie par le manque de visibilité sur les débouchés professionnels (31 %).
La passion comme boussole, l’IA comme épouvantail
Interrogés sur leurs priorités pour l’avenir de leur progéniture, les parents plébiscitent l’épanouissement personnel. Pour 64 % d’entre eux, l’essentiel est que leur enfant exerce un métier qui lui plaît. La stabilité de l’emploi (20 %) et le niveau de rémunération (13 %) arrivent loin derrière.
Pourtant, ce vœu idéaliste se heurte au principe de réalité. La montée en puissance de l’intelligence artificielle et l’automatisation de certaines tâches pèsent lourdement dans la balance. Ainsi, près de sept parents sur dix (69 %) admettent que ce risque influence leurs conseils en matière d’orientation. Ils se retrouvent donc à naviguer entre le désir de voir leur enfant suivre ses passions et la nécessité de l’orienter vers des filières jugées plus porteuses ou moins menacées.
Pour Léa Paolacci, chargée d’études chez FLASHS qui a piloté l’enquête, cette ambivalence traduit une profonde mutation des repères. « Il y a quelque chose d’assez frappant dans ces résultats : les parents n’ont jamais autant remis en question le rôle des études, tout en continuant à les juger indispensables pour leur propre enfant. Le diplôme reste une forme de sécurité, mais il ne protège plus forcément. L’irruption de l’intelligence artificielle vient bousculer des repères installés depuis des décennies, en fragilisant des métiers jusqu’ici perçus comme stables. Ce qui change, ce n’est pas tant l’inquiétude autour de l’orientation que sa nature : il ne s’agit plus seulement de choisir une voie, mais d’anticiper sa capacité à évoluer dans le temps. Et dans le même temps, l’accès facilité à certains savoir-faire, notamment grâce à l’intelligence artificielle, rend plus visibles des trajectoires autodidactes, capables de concurrencer des profils plus académiques. Une évolution qui contribue, elle aussi, à brouiller les repères traditionnels », analyse-t-elle.
L’entrepreneuriat, une voie crédible mais balisée
Signe de l’évolution des mentalités, les parcours traditionnels ne font plus l’unanimité. Si la grande entreprise reste la structure privilégiée (29 %), elle ne domine plus outrageusement. La fonction publique (13 %) est désormais au coude-à-coude avec l’entrepreneuriat (11 %), montrant une ouverture vers des trajectoires moins linéaires.
Cette aspiration à l’indépendance est d’ailleurs partagée par la jeune génération : 59 % des parents rapportent que leur enfant a déjà évoqué un projet entrepreneurial. Une ambition que les familles prennent au sérieux, mais avec prudence. Plus de trois parents sur quatre (76 %) préfèrent que leur enfant sécurise son parcours en terminant ses études ou en acquérant une première expérience professionnelle avant de se lancer. Ce soutien se manifeste aussi financièrement : 93 % se disent prêts à aider leur enfant à démarrer son projet, un engagement financier qui rivalise désormais avec celui consacré aux études traditionnelles.
Cette étude a été commanditée par Swapn, une start-up française qui accompagne les créateurs d’entreprise dans leurs démarches administratives et comptables. L’enquête complète et la méthodologie sont disponibles sur leur site : https://www.swapn.fr/enquete-swapn-orientation-le-flou-des-parents-sur-lavenir-des-enfants


