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PARIS : Le succès économique coréen dans un contexte de vio…

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PARIS : Le succès économique coréen dans un contexte de violente crise politique

Asterès analyse le succès économique coréen dans un contexte de violente crise politique.

La Corée du Sud est une incontestable réussite économique, mais la crise politique actuelle pèse sur  la valeur de la devise. Peu de pays ont, depuis une cinquantaine d’années, connu un développement aussi fulgurant que celui de la Corée du Sud. Au cours des dernières années le pays a continué à enregistrer une croissance robuste. Cet enrichissement n’a pas empêché une polarisation politique croissante qui a débouché sur une crise politique dont les répercussions commencent à peser sur l’économie. Au cours des années à venir, le pays devra faire face à de nouveaux défis, à la fois économiques, géopolitiques et démographiques.

Corée du Sud : Un prodigieux développement économique 

La réussite de l’économie coréenne depuis plusieurs décennies ne se dément pas. Au lendemain de la guerre de Corée (1950-1953), la Corée du Sud est un pays pauvre, dont le niveau de PIB par habitant est alors comparable à celui de l’Afrique subsaharienne1. Le pays a ensuite connu une croissance très rapide avec une trajectoire comparable à celle du Japon, de Taïwan ou de la Chine (dont le développement a été un peu plus tardif). Cependant, à la différence du Japon, la croissance coréenne n’a pas « calé » et le pays a continué à enregistrer des indicateurs macro-économiques flatteurs ces dernières années grâce aux forces structurelles du pays : l’innovation et l’éducation.
– La croissance coréenne est nettement plus vigoureuse que celle de la France ou du Japon. Entre 2010 et 2024 (prévision FMI pour 2024), le PIB réel coréen a progressé de 45 %, alors sa hausse a été de 16 % en France et de 10 % au Japon. Le pays présente des excédents externes importants, une faible dette publique et un faible taux de chômage. Contrairement au Japon, la Corée du Sud n’est pas menacée par un risque déflationniste et, si le pays a connu comme l’Europe un choc inflationniste ces dernières années, la hausse des prix y est désormais maîtrisée2.

 


– La montée en gamme a été la clé du succès de la Corée. Le pays a massivement misé sur l’innovation et l’éducation pour développer une industrie capable de vendre dans le monde entier des produits de plus en plus complexes (électronique, automobile, électroménager, construction navale notamment). En effet, les dépenses de recherche – développement y représentent plus de 5 % du PIB (deuxième pays au monde juste derrière Israël), soit plus de deux fois plus que la France3. L’éducation y est également de qualité, comme l’indiquent les scores Pisa qui classent systématiquement la Corée du Sud dans le peloton de tête avec d’autres pays asiatiques (Japon, Taïwan, Singapour), loin devant la France qui ferme plutôt la marche en la matière…

Crise politique : des répercussions sur le taux de change

Les bonnes performances économiques de la Corée du Sud n’ont pas empêché une crise politique.
Généralement, une bonne situation économique aide à la stabilité politique (l’inverse est également vrai), car une population qui s’enrichi est moins encline à contester le pouvoir en place, les institutions ou d’autres groupes sociaux. Les pays les plus stables politiquement, sont, en moyenne, également les plus riches5. Cela n’a pas empêché la Corée du Sud de connaître une violente crise politique depuis la tentative du président Yoon Suk Yeol d’imposer la loi martiale début décembre.
Le contexte politique pèse sur le taux de change. Le won coréen, comme la plupart des monnaies, s’est déprécié face au dollar depuis plusieurs mois. Cela tient notamment à l’élection de Donald Trump dont le programme devrait conduire, s’il est effectivement mis en place, à une forte appréciation du dollar (les droits de douane et l’expulsion des clandestins conduiraient à une hausse des prix, conduisant la fed à accroître les taux d’intérêt, ce qui rend les placements en dollars plus attractifs et donc accroît la demande de dollars). Cependant, la dépréciation du won coréen a été particulièrement marquée, ce qui est surprenant puisque le pays dégage structurellement des excédents de son compte courant, ce qui devrait soutenir la valeur du won (les étrangers demandent plus de won pour acheter des produits coréens que les Coréens ne demandent de devises étrangères pour payer les importations). L’instabilité politique semble expliquer cette glissade du won, puisqu’elle a entraîné la défiance des investisseurs étrangers6. Si cette dépréciation n’est pas, à ce stade, dramatique (elle augmente le prix des produits importés mais accroît la compétitivité de l’industrie coréenne à l’exportation), elle indique que la situation politique est suffisamment critique pour peser sur les variables économiques.

Perspectives futures : plusieurs menaces planent sur l’économie coréenne

Les années à venir pourraient être plus difficiles pour l’économie coréenne. Le pays devra en effet faire face à des défis démographiques, économiques et géopolitiques.
– Une baisse attendue de la population. La Corée du Sud est le deuxième pays au monde où la natalité est la plus faible, juste derrière Hong Kong, avec 0,78 enfants par femme. En conséquence, la population en âge de travailler devrait être divisée par deux d’ici 20707. Les questions des pénuries de main d’œuvre et du financement des retraites vont se poser avec encore plus d’importance qu’en Occident, notamment du fait d’une quasi – absence d’immigration.
– Les exportations pourraient caler. L’industrie coréenne est fortement tournée vers l’exportation.
Cependant, le ralentissement chinois d’un côté et les droits de douane américains de l’autre pourraient freiner ce moteur traditionnel de l’économie coréenne.
– Le contexte géopolitique pourrait impacter l’économie. La Corée du Sud est sous la menace permanente d’un conflit avec son voisin du nord et pourrait se trouver entraîner dans les tensions
croissantes entre la Chine, le Japon, Taïwan et les Etats-Unis. Un conflit, ou la menace d’un conflit, serait d’autant plus préjudiciable à une économie fortement tournée vers les marchés étrangers, que ce soit pour importer des composants ou des matières premières que pour exporter ses produits finis.

Sylvain BERSINGER, chef économiste chez Asterès.

1 Données Banque Mondiale disponibles uniquement à partir de 1960 en dollars courants.

2 Données WEO pour l’ensemble du paragraphe

3 OCDE

4 https://worldpopulationreview.com/country-rankings/pisa-scores-by-country

5 https://www.theglobaleconomy.com/rankings/wb_political_stability/

6 https://www.koreatimes.co.kr/www/biz/2025/01/602_389274.html

7 https://www.statista.com/statistics/1464482/south-korea-working-age-population/