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PARIS : Le rapport annuel 2024 de la Fondation AlphaOmega e…

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PARIS : Le rapport annuel 2024 de la Fondation AlphaOmega est paru

Le rapport annuel 2024 de la Fondation AlphaOmega fait peau neuve.

À la fois journal d’une année d’activité de la Fondation et guide pour comprendre son action de Venture Philanthropy, ce rapport annuel a pour objectif de vous offrir une vision à 360° de son action.

Cette année aura été une année de réflexion sur les moyens consacrés à la réussite éducative. Mieux cibler les besoins des enfants et des adolescents. Mener à bien l’ensemble des due diligences auprès des associations avec lesquelles la Fondation travaille depuis plus de 10 ans. Se concentrer sur la qualité des programmes proposés aux jeunes. Et surtout se tourner vers l’avenir en saisissant l’apport des nouvelles technologies et de l’IA pour ces entrepreneurs sociaux qui accompagnent en prévention 205 000 enfants et adolescents ; aident à l’insertion sociale et professionnelle 1,1 million de jeunes ; et soutiennent 200 000 enseignants dans leurs pratiques pédagogiques.

Enfin, c’est une année riche en projets pour étendre son champ d’action au service des jeunes et mieux identifier précocement les obstacles à une scolarité épanouissante dès le plus jeune âge. C’est aussi une année, qui dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint pour les associations, a amené la Fondation à les accompagner sur les prochaines étapes de leur développement financier ou dans leurs transformations ou fusions. 2024 aura été riche, 2025 le sera tout autant alors que la Fondation AlphaOmega fête ses 15 ans. Ce sera l’occasion pour elle de revenir sur l’apport de la Venture Philanthropy à l’éducation prochainement.

Le mot de Maurice Tchenio, Président-fondateur d’AlphaOmega

La Fondation AlphaOmega, que j’ai créée en 2010, va sur ses 15 ans. Comme toute date anniversaire, c’est l’occasion d’examiner le chemin parcouru par le modèle de Venture Philanthropy français que j’ai initié. Or, un modèle ne vaut que par l’expérience de sa mise en application et sa pertinence dans la durée. Il y a 15 ans, la Venture Philanthropy relevait d’un principe : transposer le modèle de développement et de passage à l’échelle des entreprises qu’est le Private Equity à des entrepreneurs sociaux. L’idée paraissait aller de soi : sélectionner des acteurs champions dans leur secteur d’activité – en l’occurrence l’éducation – et concentrer des moyens humains et financiers, en évitant tout saupoudrage, pour les faire grandir afin de toucher leur marché social : pour nous, les jeunes de milieux modestes en risque d’échec scolaire.

Aujourd’hui, nous avons acquis une importante expérience en accompagnant chaque année entre 250 000 et 500 000 enfants et jeunes, 200 000 enseignants, et 1,1 million de NEETS (jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation). Nous réexaminons la pertinence des solutions proposées par les acteurs associatifs et leur adéquation aux besoins des jeunes. Nous dialoguons avec les dirigeants d’association et challengeons leur vision pour faire bouger les lignes. Nous apportons aux associations des moyens pour se transformer et se professionnaliser – condition sine qua non de développement, mais plus encore de survie dans un espace concurrentiel où le statu quo est impossible.

2024, une année pour rebattre les cartes et confirmer les orientations

Sur la base de ces enseignements, 2024 aura été une année de mise à plat des solutions et d’analyse des besoins des jeunes en matière d’éducation. Elle aura été surtout une année de nouvelles due diligences approfondies pour les associations. Ainsi, la Fondation a pris la décision de renouveler son soutien à TAFEV, Energie Jeunes et Entreprendre Pour Apprendre au premier semestre, puis à Ecolhuma et Coup de Pouce au second semestre. Ces due diligences approfondies ont permis de mettre en exergue les réalisations obtenues par rapport aux objectifs visés pour chaque association, et de bien les resituer par rapport aux moments charnières du parcours des jeunes qu’elles adressent. Ces moments charnières étant définis comme ceux où le risque de décrochage scolaire est le plus fort.

Les objectifs définis conjointement avec chacune de ces cinq associations pour le renouvellement des conventions de partenariat sur trois ans se résument de la manière suivante :

– Prioriser le qualitatif par rapport au quantitatif;
– Renforcer qualitativement et quantitativement les équipes régionales;
– Poursuivre l’effort de digitalisation, notamment avec l’utilisation de l’IA.

Le renouvellement des conventions a été effectué sous réserve de certaines conditions ou avec prise en compte satisfaisante de certaines évolutions en cours.

Ecolhuma : il est apparu que ChatGPT et ses homologues pouvaient devenir, à terme, des concurrents redoutables pour l’offre Ecolhuma, et que la priorité numéro un était la mise en place d’une plateforme IA centrée sur la problématique éducative.

Coup de Pouce : le soutien de la Fondation est conditionné au renouvellement du modèle économique et opérationnel de l’association, seul moyen, à ses yeux, de parvenir à un changement significatif d’échelle.

Entreprendre Pour Apprendre : la Fondation a décidé d’accroître les ressources allouées, principalement en termes de mécénat de compétences de son équipe, pour permettre de réussir la fusion avec l’association 100 000 Entrepreneurs.

Les Missions Locales : la Fondation poursuit son action auprès de France Travail pour que le bêta-test en cours sur MILOrizons soit un succès. Elle accompagne la Mission Locale de Paris, la plus importante de France, dans son processus de redynamisation de ses équipes.

Enfin, le partenariat avec Article 1 reste en suspens et la Fondation étudie les diverses options alternatives pour agir sur l’orientation post-bac, qui est une immense source d’échec scolaire.

Montants engagés par la Fondation en 2024

– Dons financiers : 461 k€
– Dont 96 k€ de Groupama Asset Management
– Cofinancements tiers : 220 k€
– Mécénat de compétences : 387,5 k€

Depuis l’origine par la Fondation :

– Dons financiers : 2,4 M€
– Mécénat de compétences : 2,2 M€

Les mécènes de compétences :

– Hubvisory (via la Positive Product Foundation)
– Latitudes (via le programme Projets d’étude)
– Tech for Good avec Centrale Supélec

Entretien avec la directrice générale

3 questions à Élisabeth Elkrief, directrice générale de la Fondation AlphaOmega

Vous plaidez pour que la prévention du décrochage soit mieux financée par rapport à la remédiation. Pourquoi ?

É.E. : Depuis de nombreuses années, nous constatons le déséquilibre entre l’investissement dans la prévention et ce que coûte la remédiation. Or, prévenir le décrochage, ça change radicalement l’avenir d’un jeune. Récemment, de nouvelles données ont émergé, et elles plaident d’elles-mêmes pour une politique ambitieuse de prévention du décrochage. Le plus frappant reste le coût d’un décrocheur pour la collectivité : 340 000 euros. Chaque année, 76 000 jeunes viennent encore grossir les rangs des 1,5 million de jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni à l’école, ni en emploi, ni en formation. Le coût global du décrochage atteint un niveau astronomique : 26 milliards d’euros. Et on ne parle pas du décrochage post-bac, lui aussi massif.

Derrière ces chiffres, il y a des réalités sociales inacceptables : chômage et précarité sociale, problèmes de santé, démêlés avec la justice. C’est une population qui se retrouve en marge de la société et de la citoyenneté, là où elle devrait pleinement y contribuer. Face à cela, l’investissement dans la prévention reste dérisoire : 600 millions d’euros, dont 100 millions seulement sous forme de subventions aux associations d’éducation. Or, on estime qu’en France 2 millions d’enfants et de jeunes scolarisés sont en grande difficulté. Cela revient à 300 euros par jeune et par an. 600 millions pour lutter contre un fléau qui coûte 26 milliards, soit 42 fois moins : c’est une goutte d’eau dans un océan de dépenses. Donc, nous pouvons faire beaucoup mieux pour notre jeunesse, et nous poursuivrons notre plaidoyer en faveur de l’action des grandes associations éducatives qui agissent en complémentarité de l’école.

Comment la Fondation cerne-t-elle les besoins des jeunes pour mieux y répondre ?

E.E. : En 2024, la Fondation a mené un travail de fond sur les besoins des jeunes, non seulement sur les tranches d’âge couvertes par les associations que nous soutenons, mais aussi sur la petite enfance et après-bac. Ce travail nous a permis d’examiner la complexité croissante des besoins, qui dépassent largement les apprentissages scolaires. Ils incluent la santé mentale, le bien-être à l’école, les troubles d’apprentissage et les jeunes à besoins particuliers (TDAH, DYS, HP).

L’objectif était de réinterroger les actions menées par nos associations pour s’assurer qu’elles couvrent bien les moments charnières où le risque de décrochage est le plus fort. En parallèle, nos équipes ont mené des due diligences approfondies, qui ont abouti au renouvellement de notre soutien aux six associations de notre portefeuille. Ce travail a aussi conforté notre conviction qu’un dispositif précoce de détection des difficultés, à destination des enseignants et des parents, est crucial. C’est tout un enjeu d’expérimentation que nous lançons en partenariat avec une nouvelle association spécialisée dans la détection précoce des troubles de l’apprentissage. Plus les acteurs éducatifs seront en mesure d’identifier les typologies de difficultés – qu’elles soient cognitives, sociales ou affectives – plus nous réduirons les risques de décrochage.

Comment voyez-vous l’intelligence artificielle transformer en profondeur le monde de l’éducation et celui des associations ?

E.E. : Dès les premières semaines après la mise à disposition de ChatGPT au grand public, la question de l’IA dans l’éducation est apparue comme un défi majeur, à une époque où les écrans prennent déjà beaucoup de place dans la vie des élèves. Aujourd’hui, nous réfléchissons activement à la place souhaitable que pourraient occuper les outils d’IA dans les apprentissages. Deux tendances émergent clairement.

D’une part, l’usage de l’IA dans les programmes pédagogiques. Certaines de nos associations commencent à en développer, s’appuyant sur l’IA ou sur son utilisation par les élèves. Dans le domaine éducatif, nous considérons que l’IA ne remplace jamais la présence humaine mais qu’elle a vocation à s’insérer dans un processus global d’apprentissage où son apport personnalisé est indéniable. Il y a aussi un enjeu d’égalité d’accès : certains élèves de milieux modestes peinent à s’approprier ces outils. Il y aura ceux qui en feront un levier de réussite, et ceux qui, faute d’un esprit critique développé, les utiliseront sans recul, sans en maîtriser les usages ou les limites.

D’autre part, le développement de l’IA dans les associations, pour optimiser l’organisation interne et réduire le coût par élève des programmes. Dans un contexte de baisse des financements publics et privés (30% des associations envisagent de réduire leurs effectifs en 2025), la baisse du coût par jeune des programmes des associations devient incontournable. C’est donc le moment d’accélérer la transformation numérique des associations car l’intégration de l’IA dans leur fonctionnement – pour la gestion des bénévoles, l’affectation aux bénéficiaires, les programmes pédagogiques – exige un temps d’acculturation, de formation, et une bonne diffusion des besoins. C’est pourquoi la Fondation a décidé d’investir en moyens humains et financiers pour accompagner cette transformation. L’objectif est que les associations que nous soutenons restent à la pointe de l’innovation sociale et continuent à maintenir la confiance des financeurs.

« La question de l’IA dans l’éducation est apparue comme un défi majeur, à une époque où les écrans prennent déjà beaucoup de place dans la vie des élèves ».

2025 : Un an d’accompagnement de nos associations

L’AFEV et la Fondation AlphaOmega

Après une période intensive liée au passage à l’échelle de l’AFEV dans le cadre du Plan Mentorat, l’AFEV s’est inscrite en 2024 dans une dynamique de croissance à un rythme moins soutenu. Le travail de structuration mené pendant plusieurs années ayant produit des résultats notables : la Fondation AlphaOmega aura contribué à une multiplication par 5 de l’activité de mentorat, passant de 4 536 mentors en 14/15 à environ 20 000 en 23/24, soit près de 20% des objectifs nationaux fixés par la puissance publique.

À présent, l’AFEV va poursuivre et approfondir sa structuration avec comme intention de repartir une nouvelle croissance dans les prochaines années. 2024 est également marquée par le renouvellement de notre partenariat jusqu’en 2027 à la suite d’une due diligence approfondie dont les points majeurs sont :

– Un projet social centré sur la réduction des inégalités sociales et éducatives des jeunes issus de milieux modestes;
– Une offre associative unique aussi bien sur le public adressé que sur son mode d’intervention au domicile de la famille;
– Une capacité de déploiement à grande échelle;
– Une relation de confiance mutuelle avec l’équipe dirigeante marquée par une volonté de croissance de l’organisation;
– Une gouvernance et des équipes de haut niveau;
– Une structure disposant d’un fort niveau de structuration et d’expertise;
– Une implantation au plus près des besoins des territoires.

Montants engagés par la Fondation en 2024

– Dons financiers : 461 k€
– Dont 96 k€ de Groupama Asset Management
– Cofinancements tiers : 220 k€
– Mécénat de compétences : 387,5 k€

Depuis l’origine par la Fondation :

– Dons financiers : 2,4 M€
– Mécénat de compétences : 2,2 M€

Les mécènes de compétences :

– Hubvisory (via la Positive Product Foundation)
– Latitudes (via le programme Projets d’étude)
– Tech for Good avec Centrale Supélec

Deux associations de pédagogie par l’entrepreneuriat se rapprochent

Un événement fort a marqué le monde associatif français au cours de l’année 2024 : l’annonce du rapprochement de deux grandes associations, Entreprendre pour Apprendre et 100 000 Entrepreneurs. Cette initiative s’inscrit pleinement dans la philosophie d’action que porte la Fondation AlphaOmega, à savoir privilégier les collaborations et les alliances associatives dans une logique de performance de l’action sociale. La Fondation s’est engagée pleinement dans l’accompagnement des deux structures dans leur rapprochement.

Devenir acteurs de référence sur l’orientation pour toute une classe d’âge

Entreprendre pour Apprendre et 100 000 Entrepreneurs ont émis le souhait de ne faire qu’un pour répondre avec encore plus de force et d’efficacité aux enjeux de réussite éducative, et plus particulièrement à ceux liés à l’orientation et à la dynamique d’entreprendre. Cette décision de rapprochement constitue une occasion unique pour Entreprendre pour Apprendre de devenir l’acteur de référence sur l’orientation, grâce à la combinaison parfaite des deux programmes : le mentorat d’inspiration par l’intervention de 100 000 Entrepreneurs et la mise en action avec les Mini-Entreprises. L’ambition affichée est à la hauteur de cette promesse : adresser l’ensemble d’une classe d’âge par an d’ici 2037, pour que chaque élève de France ait l’opportunité d’être inspiré et de se questionner sur son potentiel et ses choix futurs.

Léo Lambouley, Directeur d’investissement social

« Privilégier les collaborations et les alliances associatives dans une logique de performance de l’action sociale ».

De nombreux bénéfices attendus

Ce rapprochement va bénéficier en premier lieu aux jeunes, par la construction d’une offre associative qui sera le fruit des meilleurs dispositifs d’Entreprendre pour Apprendre et de 100 000 Entrepreneurs. La fusion des forces des deux modèles associatifs permet également d’envisager un impact social beaucoup plus large, aussi bien d’un point de vue qualitatif que quantitatif. Enfin, dans un contexte budgétaire tendu pour le monde associatif, le mariage de ces deux structures apparaît comme une réponse intéressante. Cette opération va permettre de mutualiser leurs moyens, notamment sur les fonctions centrales, mais aussi sur le déploiement opérationnel.

Ce rapprochement entre deux acteurs de référence de l’orientation en France résonne comme une véritable opportunité dans la lutte contre les inégalités éducatives et promeut l’union des forces pour une cause essentielle : la jeunesse de notre pays!

02 Au service de l’impact social

Un dispositif expérimental pour détecter précocement le décrochage

Entretien avec Satine Delavictoire, Directeur d’investissement social

Quel est le point de départ de cette initiative et comment la Fondation AlphaOmega a-t-elle rassemblé des acteurs associatifs autour de cette innovation ?

S.D. : La Fondation AlphaOmega a lancé ce projet en réponse à un constat préoccupant : 10% des élèves quittent le système scolaire chaque année, souvent en raison de difficultés non identifiées à temps. Ce phénomène touche particulièrement les enfants en situation de vulnérabilité, comme ceux pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), qui ont souvent des parcours scolaires chaotiques. Pour répondre à ce problème, la Fondation a mis en place un dispositif de détection précoce, qui repose sur l’outil numérique LISA. Cet outil permet d’évaluer les compétences scolaires de base, telles que la lecture et l’écriture, mais aussi des aspects psychosociaux comme la gestion des émotions et la confiance en soi.

Cependant, la détection seule ne suffit pas. C’est pourquoi la Fondation s’est associée à plusieurs partenaires clés : Coup de Pouce, l’AFEV, Énergie Jeunes et Canopé. Ces associations et institutions interviennent directement auprès des enfants pour offrir un accompagnement personnalisé, qui va du soutien scolaire renforcé au mentorat individuel. Ensemble, ces acteurs forment un réseau intégré pour détecter les enfants à risque et leur fournir un soutien adapté, visant à prévenir le décrochage scolaire dès les premières années de scolarité.