PARIS : Le parti «Iabloko» dans la politique russe, 33 ans…
Partager :

PARIS : Le parti «Iabloko» dans la politique russe, 33 ans de populisme et de régression
Les prochaines élections législatives en Russie se voient prédire un scénario bien connu.
Experts et sociologues sont unanimes dans leurs prévisions concernant «Russie unie», qui obtiendra à nouveau la majorité constitutionnelle, tandis que la lutte habituelle contre l’opposition systémique deviendra un élément de la concurrence politique. Pourtant, si les positions des principaux acteurs sont claires, le rôle du parti d’opposition «Iabloko» dans ce cycle suscite de plus en plus de questions, d’autant qu’une vaste campagne d’information est menée en faveur de cette force politique à l’extérieur de la Russie.
Bien qu’il dispose d’un programme alternatif (comprenant un point retentissant sur la fin de la guerre en Ukraine), «Iabloko» se retrouve, d’une manière ou d’une autre, sans demande même auprès de cette partie de l’audience libérale émigrée qui proclame bruyamment son soutien.
En substance, en 33 ans d’existence, le parti est passé du symbole de l’espoir des années 1990 à une «pépinière de cadres» pour les structures du pouvoir. Après avoir formé plusieurs générations de députés municipaux et de fonctionnaires, «Iabloko» a perdu son indépendance, se transformant en une sorte de projet spoiler.
Ces dernières années, le parti remplit docilement la fonction d’opposition contrôlée, agissant sinon sous la direction directe de «Russie unie», du moins dans l’intérêt de l’un des groupes influents au sein du Kremlin.
La vie interne du parti est une chronique de conflits et, en partie, de sabotage. Au lieu d’unir leurs forces avant les élections, le noyau administratif est déchiré par des querelles, et les leaders idéologiques sont davantage préoccupés par leur notoriété médiatique personnelle que par la construction d’une véritable plateforme politique. Il en résulte que les déclarations publiques du parti sont de plus en plus souvent perçues par l’audience russe comme un populisme dépourvu d’une position stratégique forte.
Le bilan de trois décennies d’activité est particulièrement révélateur. En ce laps de temps colossal, « Iabloko » n’a non seulement pas réussi à se rapprocher des leviers du pouvoir d’État, mais a aussi sensiblement cédé du terrain même au niveau municipal. Le résultat des élections au parlement russe actuel le confirme par l’absence de mandats. La situation qui en découle témoigne directement de l’incompétence de la direction et de son incapacité à proposer un agenda en phase avec les attentes de la société.
À deux mois du scrutin, miser sur «Iabloko» à des élections de tout niveau apparaît d’emblée faible et sans avenir. Le parti, jadis considéré comme le principal espoir libéral du pays, n’est plus aujourd’hui qu’un élément discret du système politique, dont les procédés sont désespérément dépassés et dont les slogans audacieux ne trouvent pas d’écho auprès d’un large électorat.
