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PARIS : « Le journaliste doit être conscient de son influen…

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PARIS : « Le journaliste doit être conscient de son influence »

À la tête du Club de la presse Occitanie, Agnès Maurin a lancé une formation inédite sur la transition écologique, conçue pour les journalistes et communicants, en collaboration avec l’ADEME et Expertises Climat.

Son ambition : faire évoluer les pratiques professionnelles afin que l’écologie cesse d’être une simple rubrique et devienne une véritable grille de lecture du monde.

Pouvez-vous nous présenter le parcours « Transition écologique, médias et communication » ?

Agnès MaurinLe Club de la presse Occitanie est une association de journalistes et de communicants qui existe depuis plus de quarante ans. Nous accompagnons nos adhérents sur les mutations de leurs métiers : qu’elles soient numériques, liées à l’intelligence artificielle, ou, désormais, environnementales. Ce parcours, lancé en 2024, répond à un constat : il est indispensable que ces professionnels s’approprient la transition écologique dans leur pratique quotidienne. Les journalistes influencent l’opinion publique : leur rôle est donc central.

Quelle est la philosophie de ce programme ?

A.M.L’idée, c’est de rappeler que la crise climatique est transversale : elle touche la santé, le sport, l’économie, la culture. Un journaliste qui couvre aujourd’hui la construction d’un nouveau stade doit aller au-delà du simple récit du projet : fallait-il vraiment le bâtir, et à cet endroit-là ? Quels impacts aura-t-il sur le territoire, sur les émissions, sur les usages ? Intègre-t-il de véritables innovations environnementales ? Notre ambition est de donner aux journalistes les outils pour poser ces questions essentielles, comprendre plus finement les enjeux, mesurer pleinement l’impact de leurs articles sur les lecteurs, et in fine, sur la transition écologique.

Comment s’organisent ces formations ?

A.M.Le parcours alterne des conférences, des ateliers pratiques et des webinaires. Nous avons déjà proposé une fresque des impacts du changement climatique en Occitanie. Lors de cette journée, j’ai pu observer de nombreux échanges au cours desquels les participants ont pris conscience du lien entre certaines de leurs pratiques et ces déséquilibres climatiques. Une visite de terrain sur la gestion de l’eau près de Montpellier a aussi été organisée, ou encore une masterclass avec Valérie Martin, Cheffe du service mobilisation citoyenne et médias de l’ADEME. Ces rencontres permettent de croiser les savoirs : journalistes, scientifiques, communicants et acteurs de terrain dialoguent ensemble.

Vous travaillez aussi à créer des passerelles entre journalistes et scientifiques. Pourquoi ?

A.M.Parce que c’est essentiel pour lutter contre la désinformation. Nous proposons également à des scientifiques volontaires, des sessions de « media training » afin qu’ils puissent répondre plus facilement aux journalistes et vulgariser leurs études ou résultats. Sur certains sujets, faire de la pédagogie est indispensable, et elle l’est encore davantage lorsqu’il s’agit de transition écologique. Nous voulons aussi tirer les enseignements de la crise du Covid et rappeler l’importance d’informer avec rigueur et clarté, y compris en période d’incertitude. En mettant un réseau d’experts à leur disposition, nous facilitons le travail des rédactions.

Justement, comment sensibilisez-vous les journalistes aux enjeux de la désinformation climatique ?

A.M.Nous les formons à reconnaître les biais cognitifs et à suivre le consensus scientifique. Alors que la très grande majorité des études démontrent que le réchauffement climatique est indéniable, ces messages sont parfois brouillés dans les médias. Nous leur apprenons à identifier les sources fiables, à éviter les pièges, mais aussi à prendre du recul sur leur propre rôle. Doivent-ils se contenter de transmettre l’information ou être des acteurs engagés du changement ? C’est une question que nous abordons durant ce parcours : un journaliste, qu’il soit engagé ou pas, doit être conscient de son influence.

Nos modules de formation comprennent notamment des webinaires sur le traitement local des enjeux écologiques, des ateliers d’analyse de leurs pratiques éditoriales et des grands principes de la communication responsable. Les journalistes peuvent également se procurer un numéro hors-série de notre magazine trimestriel Accroches, spécialement consacré à la transition environnementale.

Quels freins rencontrez-vous encore dans les rédactions ?

A.M.La transversalité reste difficile à mettre en œuvre. Beaucoup de journalistes se disent que l’environnement n’est pas leur domaine, que les enjeux scientifiques, réglementaires ou technologiques sont trop complexes à maîtriser sans formation spécifique. Ils craignent de mal interpréter des données, de simplifier à l’excès ou, au contraire, de perdre le lectorat dans des explications trop pointues. A cela, s’ajoutent les contraintes de temps, de hiérarchie, parfois de pression politique.
Dans certaines rédactions, les angles environnementaux ne sont pas encore assez priorisés. On les associe souvent à un traitement jugé austère ou peu attractif. Pourtant, de nouvelles approches se développent et montrent qu’il est possible de transmettre ces enjeux de manière plus vivante et engageante.

Enfin, parfois, il s’agit d’autocensure : on se dit que « ça n’intéressera pas le lecteur ». C’est pourquoi il est nécessaire de faire apparaître clairement l’importance de ces sujets dans leur métier au quotidien, pour qu’ils constituent un enjeu journalistique à part entière.

Votre programme évoque aussi les « nouveaux récits ». Qu’entendez-vous par là ?

A.M.On parle souvent du climat sur un ton alarmiste. Or, cela crée de l’anxiété et in fine, de la lassitude. Avec des intervenants comme la journaliste Anne-Sophie Novel, nous encourageons une autre approche : montrer que la transition peut être positive, porteuse d’espoir, y compris sur le plan économique. C’est ce que nous appelons les « nouveaux imaginaires ». Raconter un futur désirable, ce n’est pas nier les difficultés, mais donner envie d’agir.

Si vous deviez formuler un souhait pour le journalisme de demain ?

A.M.Que chaque journaliste, quel que soit son domaine, se pose la question de l’impact environnemental de ce qu’il raconte. Le journaliste de demain, c’est un influenceur de l’opinion, mais au sens noble : quelqu’un qui éclaire, qui relie, qui rend les enjeux lisibles. S’il parvient à informer sans angoisser, à responsabiliser sans moraliser, alors il aura pleinement joué son rôle dans la transition écologique.

SOURCE : ADEME INFOS.