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PARIS : Langues régionales – La fédération Pour que vivent nos langues dénonce une « politique linguicide »

Une fédération d’associations dénonce les propos de Jean-Michel Blanquer et appelle à une vraie politique de sauvegarde des langues régionales.

La fédération d’associations « Pour que vivent nos langues » a vivement réagi à une publication de l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, datée du 4 avril dernier. Qualifiant ses propos sur l’enseignement du corse et le modèle immersif de « mensongers et insultants », l’organisation dénonce un « mépris profond pour nos réalités territoriales » et appelle les pouvoirs publics à rompre avec le « dogme de l’unicité » linguistique qui met en péril ce patrimoine culturel.

Une opposition historique aux réformes Blanquer

Le conflit entre les défenseurs des langues régionales et l’ancien ministre n’est pas nouveau. La fédération rappelle avoir été créée en novembre 2019 précisément pour contrer « la politique linguicide menée par le gouvernement » à travers la réforme du lycée. Selon elle, cette dernière a considérablement nui à l’apprentissage des langues territoriales en réduisant les heures dédiées, en complexifiant le choix de cette option pour les élèves et en la reléguant au statut de langue de second rang (LVB).

Les critiques visent également les restrictions imposées lors des examens, comme l’interdiction, un temps, de composer en langue régionale pour les épreuves de sciences du Brevet, une mesure toujours en vigueur pour le baccalauréat. La fédération accuse également Jean-Michel Blanquer d’avoir mené des « manœuvres très peu républicaines » en 2021 pour entraver l’application de la loi Molac, relative à la protection et à la promotion des langues régionales, pourtant largement adoptée par le Parlement. « Bien qu’éloigné du pouvoir exécutif, M. Blanquer poursuit aujourd’hui sa croisade idéologique », fustige le communiqué.

La loi Molac, un bilan en demi-teinte

Malgré la reconnaissance constitutionnelle des langues régionales comme appartenant « au patrimoine de la France », leur survie est loin d’être assurée. Un rapport d’information sénatorial d’octobre 2025, sur lequel s’appuie la fédération, dresse un bilan contrasté de l’application de la loi Molac. Si le nombre d’élèves du primaire suivant un enseignement en langue régionale a progressé de 47 % entre 2021 et 2023 pour atteindre 107 000 (168 000 au total de la maternelle au lycée), cette hausse reste très insuffisante.

Le rapport sénatorial souligne l’urgence de la situation : « Sans sursaut politique et sociétal fort, ces langues seront quasiment éteintes d’ici une à deux générations ». À titre d’exemple, plus de 60 % des locuteurs bretons sont âgés de plus de 60 ans. L’étude pointe également un « abandon massif » de cet apprentissage à l’entrée au collège, accentué au lycée, ainsi que des difficultés persistantes pour le financement des écoles associatives immersives. La censure partielle de la loi Molac par le Conseil constitutionnel, notamment sur l’enseignement immersif, a par ailleurs « affaibli très fortement » ces réseaux pourtant partenaires de l’Éducation nationale depuis plus de 30 ans.

L’urgence d’une politique linguistique ambitieuse

Face à ce constat, « Pour que vivent nos langues » demande une « sécurisation constitutionnelle » pour garantir la pérennité de la transmission. Une délégation de la fédération doit rencontrer prochainement le ministère de l’Éducation nationale pour exiger l’application des 23 recommandations formulées par le Sénat en octobre 2025.

Parmi les axes prioritaires figurent la définition d’une stratégie nationale claire, le développement d’une offre d’enseignement bilingue et immersif dans l’école publique, la sécurisation financière des réseaux associatifs et, surtout, un effort massif sur la formation des enseignants, dont la carence actuelle est identifiée comme le « principal frein au développement » de cet enseignement. Il s’agit, selon les termes du rapport, de se donner les moyens de « former des locuteurs complets », condition indispensable à la sauvegarde de ce patrimoine immatériel.