PARIS : L’aide publique au développement, une nouvelle étud…
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PARIS : L’aide publique au développement, une nouvelle étude critique
L’aide publique au développement (APD) est un enjeu mondial qui structure les relations Nord-Sud depuis plus d’un demi-siècle.
L’aide publique au développement (APD) est un mécanisme essentiel qui structure les relations Nord-Sud depuis plus d’un demi-siècle. Cette aide vise à répondre à des défis majeurs tels que l’accès à l’eau, à l’énergie, la lutte contre le changement climatique et les tensions migratoires. Contribuables Associés vient de publier une étude approfondie sur ce sujet, rédigée par le consultant international Jean-Paul Gourévitch.
Un enjeu mondial, un défi français
L’APD est un pilier des relations internationales, visant à soutenir les pays en développement face à des enjeux cruciaux. En 2023 et 2024, la France a consacré respectivement 14,2 milliards et 14,8 milliards d’euros à l’APD, se classant au 5e rang mondial en volume. Cependant, elle ne se situe qu’au 11e rang en part de revenu national brut, en deçà de l’objectif de 0,7 % fixé par l’ONU en 1970. En 2025, les crédits budgétaires dédiés à l’APD sont fixés à 4,37 milliards d’euros, pour une enveloppe globale de 11,48 milliards d’euros.
Une structuration à réformer
L’APD française est conduite par le Conseil présidentiel du Développement et le Comité interministériel de la Coopération internationale et du Développement. Elle reste fortement fragmentée avec 24 programmes gérés par une dizaine de ministères et 215 entités bénéficiaires de fonds publics en 2021. Cette dispersion nuit à l’efficacité des interventions et à la redevabilité des acteurs.
Principaux enseignements de l’étude
• Impact incertain : Si l’APD contribue à la croissance du PIB des pays bénéficiaires, son effet sur le bien-être des populations et sur les flux migratoires reste limité.
• Opacité et faiblesse des contrôles : Ni les institutions internationales ni la France ne disposent d’outils rigoureux pour mesurer l’efficacité et la bonne utilisation des fonds. La commission d’enquête nationale lancée en février 2025 devra impérativement rendre compte de ses travaux aux représentants élus.
• Partenariats à repenser : Près de la moitié des opérations profitent davantage à des entreprises étrangères qu’aux entreprises françaises, et certaines initiatives sont perçues comme idéologiques ou néocoloniales.
L’auteur
Jean-Paul Gourévitch, docteur en sciences de l’information et de la communication, est consultant international sur l’Afrique et les migrations. Il a fait de la lutte contre la désinformation son combat prioritaire et collabore depuis près de vingt ans aux études de Contribuables Associés.
Propositions pour une aide mieux ciblée
Face à ces constats et aux contraintes budgétaires, l’étude recommande de recentrer l’APD sur les populations et pays qui en ont le plus besoin, en adoptant plusieurs mesures :
• Se désengager des aides idéologiques, improductives ou difficiles à contrôler (certaines associations, pays peu prioritaires).
• Réduire les coûts liés aux étudiants étrangers en France via des conditions de visa plus strictes et des obligations de résultats.
• Transférer la prise en charge des frais d’asile vers les ministères compétents, hors APD.
• Supprimer l’aide aux pays désormais économiquement autonomes (Chine, Inde) ou en situation conflictuelle (Mali, Burkina-Faso, Niger).
• Repenser l’équilibre dons-prêts : réserver les prêts, y compris concessionnels, aux pays susceptibles d’équilibrer leurs finances, et limiter les dons aux pays moins avancés et les pays pauvres très endettés, avec un suivi strict de leur utilisation.
Pour ne pas conclure
Cette étude s’inscrit dans le cadre actuel. Elle ne prétend pas renverser la table, mais entend contribuer à clarifier les fondements de l’APD et à en améliorer les mécanismes. Pour autant, plusieurs questions de fond demeurent ouvertes :
• Si l’on analyse les montants alloués au cours des vingt dernières années aux principaux pays bénéficiaires de l’APD, peut-on véritablement affirmer que ces dispositifs complexes leur ont permis de rejoindre le niveau de pays qui, tels la Corée du Sud, Maurice ou aujourd’hui le Vietnam, ont bâti leur succès sur un travail soutenu et des sacrifices considérables ?
• Est-il encore légitime de consacrer une part des richesses nationales à des transferts sans contrepartie vers des pays qui n’expriment ni reconnaissance ni volonté de rembourser leurs dettes ?
• L’État de droit, dont se réclament les pouvoirs en place, est-il réellement en mesure d’imposer ses règles dans des échanges gangrenés par l’économie informelle et un contexte géopolitique où la force l’emporte trop souvent sur le droit ?
• Les institutions internationales, conçues pour prévenir et réguler les conflits, conservent-elles leur crédibilité alors que leur inertie, leur incompétence ou leur impuissance éclatent à chaque crise majeure, et que marchandages et corruption occupent quotidiennement la scène médiatique, face à des contrepouvoirs institutionnels ou issus de la société civile qui peinent à agir à armes égales ?
Et, en définitive, suffit-il de multiplier les subventions pour espérer gagner les cœurs des populations bénéficiaires ? Les réponses à ces questions conditionnent l’avenir de l’APD française, et méritent un débat national auquel cette étude entend apporter sa contribution.


