PARIS : Laetitia NIAUDEAU : « Il est crucial de changer les…
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PARIS : Laetitia NIAUDEAU : « Il est crucial de changer les regards sur les cadres seniors »
L’Apec et France Travail dévoilent une étude inédite sur les demandeurs d’emploi cadres seniors, appelant à mieux valoriser l’expérience des plus de 50 ans.
C’est un paradoxe préoccupant que mettent en lumière l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) et France Travail ce jeudi. Alors que le marché de l’emploi cadre demeure dynamique, l’âge constitue toujours un frein majeur à l’embauche. Dans une étude conjointe publiée ce 5 février 2026, les deux organismes dressent le portrait statistique de ces professionnels expérimentés. Fin juin 2025, on dénombrait 210 000 cadres de 50 ans et plus inscrits à France Travail, dont 173 600 tenus de rechercher un emploi (catégories A, B ou C).
Si le taux de chômage des cadres reste globalement faible (4,2 %), il grimpe à 4,6 % pour les seniors. Une spécificité notable puisque chez les non-cadres, la tendance est inverse : le chômage diminue après 50 ans. « Si le marché de l’emploi cadre reste globalement dynamique, les seniors continuent à être plus exposés au chômage que leurs collègues plus jeunes, sur la longue et la très longue durée », a déclaré Laetitia Niaudeau, directrice générale de l’Apec.
Le piège du chômage de longue durée
Les chiffres révèlent une précarisation de cette population. 26 % des cadres seniors subissent un chômage de longue durée (plus d’un an), contre 17 % pour la moyenne des cadres. La situation devient critique passé 60 ans, avec un pic de 40 % de chômeurs de longue durée. L’impact financier est réel : si 60 % perçoivent une indemnisation, celle-ci est inférieure à 2 000 euros pour un tiers d’entre eux, et 6 % des cadres seniors sont bénéficiaires du RSA.
Pour les dirigeants des organismes pour l’emploi, il y a urgence à agir sur les mentalités. « À 50 ans et plus, trop de cadres se heurtent encore à des obstacles injustifiés dans leur recherche d’emploi, alors même que leur expérience constitue un atout majeur pour les entreprises », a souligné Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail.
Une agilité et une volonté de se former
Contrairement aux idées reçues, les cadres seniors font preuve d’une grande adaptabilité. Neuf sur dix estiment que leur âge les désavantage, mais ils restent mobilisés. Ils sont d’ailleurs aussi nombreux que leurs cadets à souhaiter se former, notamment aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle. En 2024, 24 150 d’entre eux ont entamé une formation, soit 21 % de l’ensemble des cadres formés.
L’étude montre également une forte propension à l’entrepreneuriat : 9 % des demandeurs d’emploi cadres seniors créent leur entreprise, contre seulement 2 % chez les non-cadres. Lorsqu’ils retrouvent un poste salarié, 63 % acceptent un métier différent de celui recherché initialement, prouvant leur flexibilité.
Renforcer l’accompagnement personnalisé
Face à ce constat, l’Apec et France Travail ont déployé des dispositifs spécifiques pour transformer l’expérience en levier de performance. L’Apec propose notamment le mentorat « Talents Seniors » et le programme « Nouveaux Horizons » pour les chômeurs de longue durée. De son côté, France Travail a mis en place le parcours intensif « Boost 50+ » et des ateliers dédiés.
« Il est crucial de changer les regards […] À l’heure où l’Insee publie un solde démographique négatif pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la mobilisation de toutes les compétences, et en particulier celles des seniors, est un enjeu majeur pour notre économie et notre modèle social », a conclu Laetitia Niaudeau.
Pour plus d’informations sur les tendances du marché de l’emploi cadre, vous pouvez consulter le site de l’Apec (https://corporate.apec.fr).