PARIS : La réforme fiscale américaine suscite des inquiétud…
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PARIS : La réforme fiscale américaine suscite des inquiétudes en Europe
Fidel Martin, Président d’Exoé, signe une tribune incisive sur les effets domino de la réforme fiscale américaine « One Big Beautiful Bill ».
Cette réforme, votée par le Congrès américain pour célébrer l’Independence Day, prévoit des baisses d’impôts massives, des coupes budgétaires et des relances tous azimuts. Bien que cette réforme puisse sembler être un rêve libéral, elle représente en réalité une machine à cash pour les plus riches et un pari risqué sur la croissance future.
L’Amérique choisit la relance coûte que coûte
Au cœur de la réforme se trouve une baisse massive de l’impôt sur les sociétés, un allègement de l’impôt sur le revenu pour les plus aisés, et une cascade de crédits d’impôts. L’objectif est de doper immédiatement la consommation et le marché actions. Cependant, ce cocktail explosif est financé à crédit. Le déficit fédéral devrait dépasser les 2 000 milliards de dollars dès 2026. Pour Washington, la dette n’est plus un problème mais un outil politique et un levier de puissance. L’Amérique s’endette avec l’arrogance de ceux qui savent que le monde entier continue, pour l’instant, d’acheter leurs bons du Trésor.
Une leçon pour l’Europe ? Oui, mais pas celle qu’on croit
Certains économistes européens voient dans cette réforme un modèle à suivre : une fiscalité plus simple, plus directe, plus pro-business. Mais à quel prix ? L’Europe n’a ni le dollar comme monnaie refuge, ni la même tolérance politique au déficit. Et surtout, elle n’a pas la même culture du risque. Là où Trump joue avec la dette publique, la zone euro reste engluée dans une prudence budgétaire trop souvent stérile. L’Union s’interroge encore sur ses règles de stabilité pendant que les États-Unis injectent des centaines de milliards dans leur économie.
Les marchés ? Déjà en train de s’ajuster
Les investisseurs anticipent déjà les effets de cette réforme. Le dollar se renforce à court terme, les valeurs cycliques américaines repartent à la hausse, les actifs refuges s’effritent, et les taux longs remontent. Mais l’embellie pourrait être de courte durée : si l’inflation redécolle ou que la Fed resserre trop vite, l’euphorie pourrait vite céder la place à une correction sévère. Et que fait l’Europe pendant ce temps ? Elle regarde passer le train. Pire : elle en subit les secousses sans en tirer les leviers. Pour les gestionnaires d’actifs, il est urgent de repenser l’allocation internationale, de se préparer à une volatilité accrue et de ne pas se laisser hypnotiser par le mirage américain.
Entre fascination et lucidité
La One Big Beautiful Bill n’est pas un simple événement fiscal : c’est un acte politique, économique et symbolique. Trump redessine les contours du capitalisme américain à sa manière, brutale, spectaculaire, électoraliste. Mais que cela nous serve de signal d’alarme. L’Europe ne peut plus se contenter d’observer. Elle doit réinventer sa propre vision de la croissance, en assumant des choix forts, en osant une fiscalité incitative, mais surtout cohérente. Car à force de regarder Wall Street en espérant un miracle, on risque d’oublier que notre avenir économique ne viendra pas d’une copie carbone du modèle américain. Il viendra de notre capacité à inventer le nôtre.
À propos d’Exoé
Fondée en 2006, agréée par l’ACPR (CIB 17873) et régulée par l’AMF, Exoé propose une table de négociation experte pour les professionnels de la gestion d’actifs. Forte d’une équipe de 15 personnes, la société offre un service d’externalisation technologique, réglementaire et humain pour l’exécution des ordres des sociétés de gestion.

