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PARIS : « La matérialisation des massacres des combattant…

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Floriane Dumont
7 Avr 2024

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PARIS : « La matérialisation des massacres des combattants coloniaux en juin 1940 »

Texte extrait de l’ouvrage de Serge Barcellini et d’Annette Wieviorka, Passant, souviens-toi ! Les lieux du souvenir de la Seconde Guerre mondiale en France, Editions Plon, 1995, p.62-64.

« Dans le martyrologe de l’année 1940, les combattants, marocains, malgaches et surtout africains de l’armée française tiennent une place à part. Faits prisonniers, ils furent systématiquement isolés de leurs compagnons de combat, et souvent massacrés par les troupes allemandes. Les municipalités ont gardé le souvenir de ces massacres.

A Febvin-Palfart (Pas-de-Calais), une stèle, frappée de l’étoile chérifienne, a été inaugurée en 1971 à l’initiative d’un comité et de la municipalité pour rendre hommage aux 32 artilleurs marocains de la 5e DINA fusillés le 30 mai 1940 et reposant depuis 1941 dans le cimetière communal de ce petit village. A Laxou (Meurthe-et-Moselle), une plaque marque le lieu où 11 militaires malgaches furent fusillés en mai 1940. A Cresson-Sacq (Oise), une stèle a été inaugurée en 1992, au lieu-dit de l’Orée du Bois d’Eraine. Y sont fixées deux plaques en laiton. L’une porte le nom des officiers français et des soldats guinéens massacrés à cet endroit le 10 juin 1940 ; la seconde un poème écrit par Jean Sauvageol le 22 juillet 1941, le jour où les corps des victimes furent retrouvés :

Pax

A l’orée du grand bois, sous les frondaisons calmes,
Ils ont dormi un an, côte à côte ignorés
Et la houle des blés, par les vents balancés
Chaque soir les berçait d’une feuille de palme
Au grand soleil de juin, ils nous sont revenus
Ils ont cessé enfin d’être des inconnus
Et soudain les voici, plus purs, plus familiers

A Clamecy (Nièvre), sur la route de Surgy, au lieu du massacre, à proximité du cimetière où sont inhumés 43 tirailleurs africains, s’élève depuis 1948 une pierre sculptée due au sculpteur Pouyaud. L’œuvre a été commandée et financée par la municipalité. Sur un poteau ressemblant à un totem africain et portant l’inscription 18 juin 1940, date du massacre : un soldat sénégalais à demi couché, au pied du corps, un casque. La stèle porte l’inscription :

Ils ont été massacrés par les Allemands
43 soldats français africains.

La sculpture est entourée d’un parterre de fleurs.

Dans le même département, à La Machine, une petite stèle a été érigée en 1947, face au château des Ecots, à l’endroit où furent fusillés 4 Sénégalais.

A Airaines, dans la Somme, un important monument, inauguré le 7 juin 1965, érigé à l’initiative de l’Association des coloniaux et militaires de toutes les armes ayant servi aux colonies, en accord avec la municipalité, rend hommage :

Au capitaine N’Tchoréré
Mort héroïquement le 7 juin 1940
Et à tous les combattants
D’Afrique noire
Qui ont versé leur sang
Pour la France

Fait prisonnier par les Allemands le 7 juin 1940, N’Tchoréré avait refusé de croiser les bras au-dessus de la tête ainsi que devaient le faire les seuls prisonniers africains et de se laisser isoler des officiers métropolitains. Il fut alors abattu par un officier allemand. A Jeugny (Aube), les dépouilles des soldats sénégalais massacrés en juin 1940 ont été rassemblées dans deux tombes collectives du cimetière communal.

Dans le département du Rhône, une série de lieux rappellent les combats, en juin 1940, des tirailleurs sénégalais du 25e RTS et les massacres dont ils furent victimes, une fois faits prisonniers. A Lyon (9e arrondissement), dans la montée Balmont, une plaque indique :

Ici, le 20 juin 1940
Furent lâchement assassinés
27 soldats sénégalais qui
Avaient résisté courageusement
A l’avance des hordes nazies

Cette plaque a été posée le 10 août 1945
Par les anciens combattants
Et par la générosité des habitants
Du quartier de Vaise
Pour perpétuer le souvenir
De cette tragique journée

A Lantignié, une stèle communale élevée en 1947 rappelle le souvenir des 18 Sénégalais fusillés le 20 juin 1940, tandis qu’à Neuville-sur-Saône est conservée la mémoire des six soldats nord-africains prisonniers de guerre des Allemands.

A Chasselay (Rhône), enfin, une nécropole rassemble une partie des dépouilles de ces martyrs africains, ainsi que celles de 188 soldats sénégalais du 25e RTS, faits prisonniers par les troupes allemandes et massacrés le 18 juin 1940. Deux jours après le massacre, la municipalité rassemblait les corps dispersés sur le terrain où le massacre avait été perpétré et les faisait inhumer. En 1942, M. Marchiani, secrétaire général de l’Office du Rhône des mutilés, anciens combattants, et victimes de guerre acquérait ce terrain à titre privé et, seul, s’attachait à identifier les corps. A ses frais, il fit édifier un cimetière sénégalais, un Tata. Imitant l’enceinte sacrée destinée aux dépouilles des guerriers, un long mur isole les tombes des soldats sénégalais. Le 8 novembre 1942, trois jours avant l’invasion par les Allemands de la zone libre, le cimetière était inauguré en présence de Galandon Diouf, député sénégalais. »

SOURCE : La lettre n°93 du Souvenir Français