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PARIS : La “CSRD”, point d’équilibre

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PARIS : La “CSRD”, point d’équilibre

Entre des normes objectives et la stratégie propre à chaque entreprise, le déploiement de la directive européenne « information développement durable » doit et peut faire de la RSE le fer de lance de la mutation des modèles économiques.

Entretien avec Didier Livio, fondateur et CEO de Food Pilot*, solution numérique d’intégration des données pour une stratégie de développement durable.
En quoi la directive européenne encadrant les obligations d’information sur la durabilité des entreprises (“CSRD”) intervient dans les politiques « RSE » des entreprises ?

Didier Livio : En 2009, la France a lancé le reporting extra-financier avec les règles du Grenelle 1. Les entreprises doivent alors publier une déclaration de performance extra-financière en quarante chapitres. C’était un premier pas qu’on a jugé trop contraignant : quelle que soit l’entreprise, il fallait reporter de la même manière des éléments qui ne permettaient pas de voir clairement la stratégie de développement durable de l’entreprise et son engagement dans le changement de son modèle.

Entre 2009 et 2017, l’Europe s’est saisie de la question. Une première directive européenne a pris le chemin contraire, privilégiant la stratégie RSE de l’entreprise, qu’elle exprimerait dans son reporting extra-financier. Nous sommes tombés dans l’excès inverse : chacun racontait son histoire comme il le voulait, et cette liberté empêchait de comparer les résultats, y compris dans un même secteur. La CSRD a trouvé le bon ’équilibre.

En quoi consiste ce point d’équilibre ?

D. L. : La stratégie RSE reste dominante, ce qui est essentiel si l’on vise une évolution radicale des modèles économiques. Ensuite, les standards ESRS (European Sustainability Reporting Standards) regroupés en dix chapitres de normalisation s’appliquent. Mais l’entreprise n’est pas contrainte à tout. Il ne s’agit pas de fournir les 1 200 datas points que l’on évoque souvent, ce serait ingérable pour beaucoup. Il s’agit de partir des questions « quelle est notre stratégie RSE ? » et « quels en sont les indicateurs ? ». On commence par oublier la directive CSRD pour se concentrer sur la RSE, ses piliers et surtout, sans concession, ses effets réels, en relation avec un exercice exigeant de « double matérialité »¹. On compare alors la stratégie RSE et ses indicateurs aux standards ESRS concernés : est-on concerné par les impacts marins ? Non ? Il n’est alors pas nécessaire de reporter sur les impacts marins… On voit ainsi quels indicateurs s’imposent.

Cette normalisation se poursuit sous un format imposé de publication digitale, qui garantit une forme identique et limite l’écoblanchiment en permettant la comparaison des RSE des entreprises d’un même secteur. On va donc enfin créer une concurrence positive qui fera progresser les entreprises et globalement tous les secteurs d’activité, car ces entreprises entraîneront leur chaîne d’approvisionnement : la loi sur le devoir de vigilance, qui s’ajoute à la CSRD, entraîne cette évolution pour toutes les entreprises soumises à la directive.

SOURCE : ILEC – La Voix des marques.