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PARIS : La coopération des acteurs territoriaux, une néce…

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Floriane Dumont
28 Mar 2024

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PARIS : La coopération des acteurs territoriaux, une nécessité parfois délicate à construire

Les dynamiques sociales et économiques visant la transition écologique des territoires font l’objet de nombreuses recherches financées par l’ADEME. Parmi celles-ci, la coopération multiacteurs occupe une place centrale.

Que l’on parle d’écosystèmes coopératifs territorialisés avec le programme COOP’TER, d’entrepreneuriat coopératif de territoire avec la démarche du Clus’Ter Jura ou que l’on s’intéresse à des « villages » comme celui d’Ïkos, il ressort à chaque fois qu’une coopération réussie se doit de tenir compte des contextes territoriaux et de la maturité des acteurs impliqués. Les trois projets de recherche présentés ici proposent des outils opérationnels coconstruits avec l’ensemble des parties prenantes à travers des démarches de recherche-action participatives.

Construire un « référentiel d’action » pour conduire les projets territoriaux du programme COOP’TER : le projet RAD-EFC

L’idée centrale ici est que le déploiement d’Écosystèmes coopératifs territorialisés (ECT) appelle des méthodes et des démarches de conduite de projets bien adaptées à la transition et distinctes des démarches habituelles.

Pour le mettre en évidence, RAD-EFC s’est appuyé sur deux projets territoriaux en cours : celui du PNR du Ballon des Vosges, qui cherche à valoriser la ressource forestière locale pour l’habitat, et celui des Compagnons Bâtisseurs, qui valorise les déchets du bâtiment pour contribuer à l’autorénovation. Il apparaît que les démarches favorables à la conduite des projets territoriaux du programme COOP’TER doivent d’une part prendre en charge la gouvernance des projets (agir sur le projet), et d’autre part favoriser la mise en place de milieux innovants favorables à la transition (agir dans le projet). Les milieux innovants peuvent être appréhendés comme des « mises en situation », durant lesquelles les idées associées à ce qui est souhaitable sont déployées le plus rapidement possible dans des situations concrètes, de manière à pouvoir être confrontées à l’expérience de terrain (notion de conception pas à pas). De telles démarches doivent être ouvertes à un questionnement a posteriori, centré sur la valeur des expériences réalisées (processus de valuation) et mobiliser graduellement de plus en plus d’acteurs pour constituer l’ECT (notion de croissance expansive). La gouvernance des projets doit pour sa part mettre en place des espaces et des rythmes spécifiques à l’écosystème envisagé, associés à des méthodes de régulation entre acteurs. La communauté des accompagnateurs des projets territoriaux a déjà pu s’emparer des nouveaux concepts apportés par le projet RADEFC. En effet, certains accompagnateurs commencent à réinterroger les pilotes de projets territoriaux sur « leur volonté relative au futur » et à examiner la convergence entre cette volonté première et la situation réelle. Ces premiers acquis seront expérimentés durant une seconde phase qui débutera en mars 2024.

L’Entrepreneuriat coopératif de territoire (ECT) porté par le Clus’Ter Jura

Le Clus’Ter Jura intervient sur des territoires ruraux, faiblement peuplés et peu dotés de compétences entrepreneuriales. En s’adaptant à ces spécificités, il a lancé en 2018 un premier travail de conceptualisation pour identifier comment produire un projet d’ECT. Quatre piliers ont ainsi pu être définis pour caractériser ce processus de création de coopération des acteurs du territoire pour se saisir d’une opportunité : le portage collectif, l’ancrage territorial, la résilience (en tant que finalité) et le modèle économique hybride.

Ce premier travail de recherche se poursuit sur la période 2023-2025 avec le laboratoire Ruralités de l’université de Poitiers et le cabinet Ellyx dans une dynamique de recherche-action. Les objectifs du projet sont à la fois scientifiques, avec une production de connaissances nouvelles sur l’ECT, et opérationnels, avec un impact direct sur les projets accompagnés et les pratiques d’accompagnement mobilisés. La première année de mise en place a permis d’élaborer une première grille d’accompagnement « score ECT », d’identifier trois projets territoriaux à fort potentiel pour atteindre l’ECT et de réfléchir à l’adaptation des processus d’accompagnement aux spécificités des projets d’ECT.

Même si les premiers résultats sont propres à chaque terrain et ne permettent pas de monter en généralité à ce stade, ils confirment que les projets d’ECT invitent à repenser la figure de l’entrepreneur et de l’accompagnateur et à voir l’entrepreunariat comme un moyen d’action permettant d’embarquer l’ensemble des parties prenantes d’un territoire.
Les premiers retours d’expérience ont par exemple permis de montrer que sélectionner les projets seulement à partir des critères ECT ne permettait pas d’estimer le potentiel de coopération et les capacités de portage des acteurs présents (ou absents) : le consortium va intégrer ce résultat pour expérimenter de nouvelles modalités d’accompagnement propres à faire de l’ECT un véhicule adapté aux territoires de faible densité pour porter des activités entrepreneuriales et transformatrices.

Le Projet TERROIR et la création d’écosystèmes territoriaux de réemploi

Il existe de nombreux freins au développement des structures de type « recycleries » permettant la collecte, le réemploi et la revente d’objets. Pour y faire face, une des stratégies opérées est la mutualisation des ressources, du réseau d’acteurs et du territoire par la création d’écosystèmes territoriaux de réemploi. Le projet TERROIR (TErritoire, Réseau du RéemplOI et de la Réparation), lauréat de l’appel à projets TEES 2019 de l’ADEME, s’est intéressé à ces nouvelles formes de portage fondées sur une approche multipartenariale avec l’intention de supporter collectivement des coûts et d’en tirer des bénéfices communs. TERROIR se penche sur le cas particulier d’Ïkos, un village du réemploi, pour étudier les modalités de gouvernance, les valeurs partagées et l’insertion territoriale du projet. Ïkos ambitionne de réunir diverses activités liées au réemploi au sein d’un « village ». Partant de constats sociétaux et environnementaux, Ïkos propose une offre complète d’achat de seconde main via une galerie marchande.

Cependant, la diversité d’acteurs en présence soulève des questions sur la vision associée au projet et sur les réponses de mutualisation à apporter pour porter cette vision. À travers une approche en ingénierie, géographie et économie, le projet s’interroge sur l’identification, la formalisation et la matérialisation de la création de valeur partagée comme condition nécessaire à l’émergence d’écosystèmes d’acteurs dans le domaine du réemploi et de la réparation. Il a notamment permis d’identifier et de caractériser les tensions émergentes résultant des différences de maturité entre les acteurs impliqués. Ainsi se dégagent des tensions liées au modèle de développement, aux valeurs et à la relation avec la puissance publique et à la gouvernance. Ces tensions peuvent freiner la structuration de l’écosystème partenarial et le développement du projet.

Le projet TERROIR aboutit à une méthodologie, structurée en différentes étapes à franchir, permettant de faire émerger et de régler les tensions spécifiques au développement des projets avec des outils adaptés aux décalages de maturité observés. Il constitue donc une première étape dans la prise en compte des écosystèmes partenariaux, eux-mêmes leviers privilégiés de la transition écologique dans les territoires.

SOURCE : ADEME RECHERCHE