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PARIS : Justice territoriale – Les Français unis sur…

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PARIS : Justice territoriale – Les Français unis sur le constat des inégalités, divisés sur les solutions

Une étude de l’Institut Terram révèle que le sentiment d’injustice est avant tout individuel, loin des clichés sur les fractures territoriales.

Loin des discours convenus sur la fracture territoriale, le sentiment d’injustice en France relève d’une expérience plus intime et individuelle que géographique. C’est le principal enseignement d’une vaste étude publiée ce 4 juin 2026 par l’Institut Terram, menée par les chercheurs Xavier Desjardins et Jacques Lévy. Fondée sur une enquête auprès de 4 005 personnes représentatives de la population française et administrée par l’Ifop, cette recherche ambitionne de « repenser les politiques territoriales par la justice spatiale » en objectivant les perceptions des citoyens.

L’injustice, une expérience d’abord personnelle

Premier constat contre-intuitif : près d’un tiers des sondés (33 %) déclarent n’avoir jamais subi d’injustice. Lorsqu’elle est vécue, l’injustice s’ancre d’abord dans la sphère professionnelle (citée spontanément dans 22 % des cas), bien avant les discriminations ou les difficultés financières. Les répondants dénoncent des situations de favoritisme, un manque de reconnaissance ou des conflits de valeurs, critiquant des comportements individuels plutôt que des logiques systémiques. Contrairement à une idée répandue, les situations territoriales sont rarement mobilisées pour qualifier une injustice personnellement vécue, et aucune géographie claire des injustices ne se dégage.

Un socle de valeurs partagé face à des priorités divergentes

Si l’expérience est individuelle, le constat sur l’état de la société est largement partagé. Une écrasante majorité de Français estime qu’il y a trop d’écarts de revenus (89 %), trop de discriminations (74 %) et trop de manquements à la règle commune (89 %). Près des deux tiers (64 %) souscrivent même simultanément à ces trois affirmations.

Cependant, les clivages apparaissent dans la hiérarchisation des solutions. Interrogés sur ce qui garantit avant tout une société juste, les Français placent le respect de la règle commune en tête (53 %), loin devant la solidarité envers les plus démunis (25 %). L’étude identifie ainsi trois grands groupes de sensibilité : un groupe majoritaire « Règles » (41 %), un groupe « Individus » (26 %) centré sur la liberté de choix, et un groupe « Solidarité » (24 %) attaché à la redistribution.

Le « gradient d’urbanité », principal marqueur des clivages

Plus que la classe sociale ou l’appartenance politique, c’est le lieu de résidence qui apparaît comme le marqueur le plus puissant des divergences. Le « gradient d’urbanité » – la position sur une échelle allant du très urbain au très rural – révèle une France à triple pente. Paris intra-muros se montre plus confiant et optimiste, tandis que la défiance grandit dans les espaces les moins denses, mêlée à une crainte du déclassement dans les périphéries.

Cette variable explique mieux les sensibilités à la justice que les proximités partisanes, qui ne se polarisent fortement que sur des sujets très médiatisés comme l’immigration. Fait notable, si les sympathisants des extrêmes convergent dans la critique du présent, 57 % des proches de La France insoumise pensent que leur vie va s’améliorer, contre seulement 33 % de ceux du Rassemblement national.

Une préférence pour l’action locale et la subsidiarité

Malgré une forte demande d’égalité des territoires via l’État, les Français affichent une nette préférence pour le local. Près des deux tiers (64 %) privilégient un renforcement des moyens des collectivités locales à une augmentation des dépenses de l’État (23 %). Seuls 15 % se disent prêts à payer plus d’impôts pour une meilleure couverture des services sur tout le territoire.

L’enquête bat en brèche au passage le mythe d’un monde rural communautaire et soudé : la confiance interpersonnelle est plus élevée à Paris (53 %) que dans les communes les moins denses (30 %).

Vers des « pactes territoriaux de justice »

La demande de justice spatiale ne se résume pas à une simple quête de redistribution. Elle exprime un besoin d’attention aux situations singulières, comme le résume cette attente issue de l’enquête :

« *Je ne veux pas nécessairement le service public en bas de chez moi, mais je veux qu’il fasse attention à moi en tant que personne.* »

Cette exigence de reconnaissance, qui rejoint l’approche par les « capabilités » de l’économiste Amartya Sen, appelle des actions différenciées. En conclusion, les auteurs proposent de créer les conditions d’un débat public pour bâtir des « pactes territoriaux de justice » à toutes les échelles, afin de reconnaître l’espace non plus comme un simple support d’inégalités, mais comme un principe actif de la construction du vivre-ensemble.

L’étude complète est disponible sur le site de l’Institut Terram (https://institut-terram.org/). Cette recherche a été soutenue par le Plan urbanisme construction architecture (PUCA), l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) et le Pôle métropolitain Nantes – Saint-Nazaire.

À propos des auteurs

Xavier Desjardins est géographe, professeur à Sorbonne Université et chercheur au sein du laboratoire Médiations. Ses travaux portent sur l’urbanisme et l’aménagement du territoire dans le contexte de la transformation écologique.

Jacques Lévy est chercheur en science du social, spécialiste de la théorie de l’espace des sociétés, de la géographie du politique, des villes et de l’Europe. Il a reçu le prix Vautrin-Lud, considéré comme le « prix Nobel » de géographie, en 2018. Il est membre du conseil scientifique de l’Institut Terram.

via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).