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PARIS : Joël-Alexis BIALKIEWICZ : « La souveraineté des paiements n’est plus un débat théorique »

Face à l’hégémonie des réseaux américains Visa et Mastercard, la dépendance européenne inquiète les experts en cas de tensions géopolitiques.

La question de la souveraineté économique de l’Europe revient avec force sur le devant de la scène en ce début d’année 2026. Alors que les tensions internationales redessinent les cartes des alliances stratégiques, un secteur vital reste largement sous contrôle étranger : les paiements du quotidien. Loin d’être un simple enjeu technique, la dépendance aux infrastructures américaines constitue désormais un risque systémique pour le Vieux Continent.

Une infrastructure critique sous influence

Si l’énergie et les télécommunications sont depuis longtemps identifiées comme des secteurs stratégiques, les rails de paiement ont souvent été relégués au second plan. Pourtant, la réalité opérationnelle est sans appel : la quasi-totalité des transactions par carte en Europe transite par les réseaux de deux géants américains, Visa et Mastercard. Cette situation place *de facto* les échanges commerciaux européens sous la juridiction des États-Unis.

Le mécanisme est juridique autant que technique. Ces entreprises, soumises au droit américain, doivent se plier aux injonctions de l’OFAC (Office of Foreign Assets Control). Le principe d’extraterritorialité du droit américain permet à Washington d’imposer des sanctions bien au-delà de ses frontières. Dans ce contexte, une suspension ciblée des services de paiement, qu’elle soit sectorielle ou institutionnelle, est techniquement simple à mettre en œuvre. Ce qui relevait hier de la fiction géopolitique est devenu, selon les experts, un scénario crédible. Une telle coupure entraînerait une paralysie immédiate : blocage des terminaux chez les commerçants, arrêt des transactions internationales et asphyxie de la trésorerie des entreprises.

Les limites des ripostes européennes actuelles

Face à cette vulnérabilité, l’Europe tente de s’organiser. Plusieurs initiatives ont vu le jour, à l’image du lancement de Wero ou des alliances entre acteurs nationaux comme Bizum ou Bancomat. La Banque Centrale Européenne poursuit également ses travaux sur l’euro numérique. Cependant, ces projets peinent encore à offrir une alternative complète et immédiate.

Selon les analystes du secteur, des angles morts stratégiques subsistent. Wero, par exemple, se concentre principalement sur le paiement instantané et ne couvre pas encore l’intégralité des usages associés à la carte bancaire traditionnelle. Quant à l’euro numérique, il demeure en phase de conception et ne répond pas à l’urgence opérationnelle d’un risque de blocage à court terme. Le problème de fond persiste : les infrastructures critiques sous-jacentes, notamment les protocoles internationaux et les interconnexions, restent majoritairement hors du contrôle européen.

L’analyse sans concession de Joël-Alexis Bialkiewicz

Pour Joël-Alexis Bialkiewicz, expert des systèmes de paiement et fondateur de la fintech DeluPay, il est urgent de sortir des postures institutionnelles pour affronter la réalité technique. « La vraie question n’est pas de savoir si l’Europe veut être souveraine. C’est de savoir si elle accepte que ses paiements puissent être conditionnés par une décision étrangère. Aujourd’hui, le risque est réel et asymétrique », analyse-t-il.

L’expert souligne que parler de souveraineté sans maîtriser l’infrastructure de bout en bout revient à confondre l’interface visible (la carte ou l’application) avec le contrôle stratégique des réseaux. Tant que les « tuyaux » par lesquels transite l’argent dépendent de décisions prises outre-Atlantique, l’autonomie européenne restera théorique.

Vers une architecture de paiement indépendante

C’est pour répondre à ce défi que des acteurs français développent des solutions visant à s’affranchir des réseaux dominants. L’entreprise DeluPay (https://www.delupay.com/) propose ainsi une infrastructure de paiement conçue pour fonctionner en dehors des circuits Visa et Mastercard. En s’appuyant sur des datacenters basés en France et un modèle économique sans frais fixes, cette solution tente de démontrer qu’une souveraineté opérationnelle est techniquement réalisable.

L’approche repose sur l’utilisation du code QR et une sécurisation des transactions qui ne nécessite pas le partage de données confidentielles, offrant une alternative aux commerçants physiques et aux e-commerçants. Au-delà de l’aspect technologique, l’enjeu est de prouver que l’Europe peut disposer de ses propres leviers pour garantir la continuité de son économie, quelles que soient les turbulences géopolitiques à venir.