Passer au contenu principal

PARIS : Jeunesse – 64 % des 12-30 ans jugent la socié…

Partager :

PARIS : Jeunesse – 64 % des 12-30 ans jugent la société française injuste

Le deuxième baromètre de L’Ascenseur et de l’IFOP dresse un portrait sombre de la jeunesse, qui exprime un fort sentiment d’injustice et renonce massivement aux soins.

La société française est perçue comme « injuste » par près de deux jeunes sur trois (64 %). C’est le constat alarmant que révèle la seconde édition du Baromètre des inégalités ressenties par la jeunesse, une vaste étude menée par L’Ascenseur, le premier tiers-lieu européen pour l’égalité des chances, en partenariat avec l’institut de sondage IFOP. L’enquête, réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 2 021 jeunes âgés de 12 à 30 ans, met en lumière des fractures profondes en matière de santé, d’orientation et d’accès à l’emploi.

Des fractures sociales et territoriales marquées

Le sentiment d’injustice n’est pas uniforme et révèle des clivages importants. Il est particulièrement prégnant chez les jeunes femmes, qui sont 71 % à partager ce ressenti, contre 56 % pour les hommes. La géographie est également un facteur déterminant : 69 % des jeunes ruraux jugent la société injuste, un chiffre qui tombe à 53 % au sein de l’agglomération parisienne. Ces chiffres témoignent d’un déterminisme social et géographique qui pèse lourdement sur les perceptions et les parcours de vie.

La santé mentale, angle mort de l’égalité des chances

Nouveauté de cette édition 2025, le volet sur la santé mentale livre des conclusions particulièrement préoccupantes. Près d’un jeune sur deux (44 %) déclare avoir déjà renoncé à une aide médicale ou psychologique. Là encore, les femmes sont plus touchées (50 % contre 39 % pour les hommes). Les raisons invoquées sont principalement financières (29 %), mais aussi liées aux délais d’attente jugés trop longs (23 %) ou à une méfiance envers le système de santé. En effet, 23 % des jeunes interrogés affirment avoir déjà été traités avec moins de considération par un professionnel de santé, un chiffre qui grimpe à 31 % pour les jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV).

« Cette seconde édition met en lumière la persistance de fortes disparités sociales et territoriales dans le ressenti des jeunes. L’ajout du volet santé révèle que ces inégalités se prolongent jusque dans l’accès à l’aide médicale ou psychologique », analyse Frédéric Dabi, directeur général de l’IFOP.

Orientation et emploi : le poids de l’autocensure

Bien que l’école soit encore perçue comme un vecteur d’égalité des chances, la réalité du terrain est plus complexe. Une part significative des jeunes exprime des regrets quant à leur orientation : 44 % changeraient de voie s’ils pouvaient revenir en arrière, une proportion qui atteint 56 % chez les jeunes femmes issues de milieux populaires.

La peur des discriminations à l’embauche est un frein majeur, particulièrement pour les jeunes des QPV qui sont 1,6 fois plus nombreux à la redouter. Cette appréhension conduit à des stratégies d’autocensure : 30 % des jeunes ont déjà modifié volontairement des informations sur leur identité ou leur parcours par peur de subir des inégalités, un taux qui s’élève à 44 % en QPV.

Face à ces constats, les acteurs associatifs soulignent l’urgence d’une prise de conscience collective. « Les résultats de ce baromètre rappellent que les inégalités demeurent une réalité vécue par trop de jeunes. Mais ils montrent aussi qu’une jeunesse engagée et porteuse d’avenir existe. Aujourd’hui, c’est notre responsabilité collective de lui donner les moyens d’agir », souligne Isabelle Giordano, déléguée générale de la Fondation BNP Paribas, partenaire de l’étude.

L’Ascenseur, qui fédère 100 associations et accompagne plus d’un million de jeunes en France, positionne ce baromètre annuel comme un outil essentiel pour guider les politiques publiques et encourager les innovations sociales en faveur de la jeunesse.