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PARIS : Jean-Jacques MONTLAHUC : « Une entreprise ne fait pas que subir l’absentéisme, elle le produit »

Face à la hausse de l’absentéisme, l’expert Jean-Jacques Montlahuc propose le théâtre comme un outil pour révéler les maux invisibles de l’entreprise.

Alors que le gouvernement a récemment mis en lumière sa volonté de réduire l’absentéisme au travail, notamment par un renforcement des contrôles sur les arrêts maladie, le phénomène poursuit sa progression et pèse sur les organisations. Ses conséquences sont bien documentées : désorganisation des services, perte d’efficacité opérationnelle et tensions accrues au sein des équipes. Face à cette approche centrée sur le contrôle, une question de fond reste souvent ignorée : que dit réellement l’absentéisme de nos entreprises ?

Pour Jean-Jacques Montlahuc, spécialiste des dynamiques humaines qui utilise des dispositifs artistiques pour explorer les transformations du monde du travail, l’enjeu n’est pas tant de combattre l’absentéisme que de le comprendre. Il propose un changement radical de perspective.

« Une entreprise ne fait pas que subir l’absentéisme, elle le produit, souvent sans le voir », affirme-t-il.

L’absentéisme, symptôme d’un mal plus profond

Selon l’expert, considérer l’absence comme une simple défaillance individuelle est une erreur d’analyse. Derrière les statistiques et les jours d’arrêt se cachent fréquemment des réalités organisationnelles complexes et des souffrances tues. Des tensions non exprimées entre collègues ou avec la hiérarchie, des incompréhensions persistantes, une perte de sens dans les missions confiées ou encore un sentiment de non-reconnaissance sont autant d’éléments invisibles qui minent progressivement l’engagement des collaborateurs.

Ces maux, faute d’être verbalisés et traités, finissent par se manifester physiquement ou psychologiquement, rendant le retour au travail difficile, voire impossible. L’absence devient alors un refuge, un signal d’alarme que l’entreprise doit apprendre à décoder plutôt qu’à simplement sanctionner.

Le théâtre comme miroir de l’organisation

Pour rendre visibles ces dynamiques souterraines, Jean-Jacques Montlahuc préconise une approche singulière : le théâtre d’entreprise. Loin des formations classiques, cette méthode consiste à mettre en scène des situations de travail concrètes, inspirées du quotidien des équipes. En quelques minutes, une saynète peut révéler ce que des mois d’audits et de rapports peinent à identifier : les jeux de pouvoir subtils, les silences pesants, les maladresses relationnelles ou les paradoxes managériaux.

Le théâtre agit comme un « miroir » collectif, mais un miroir bienveillant. Son objectif n’est pas d’accuser ou de juger, mais de montrer. En se voyant jouer par des acteurs ou en participant eux-mêmes à des improvisations, les collaborateurs peuvent prendre le recul nécessaire pour observer leur propre fonctionnement, sans le filtre de l’implication personnelle directe.

Mobiliser l’émotion pour libérer la parole

La force de cette approche réside dans sa capacité à mobiliser l’émotion, une dimension souvent absente des outils de gestion traditionnels. Alors que les questionnaires et les entretiens se heurtent parfois à une parole formatée ou à une certaine méfiance, le théâtre touche les individus à un niveau plus profond. Ce qui se joue sur scène résonne avec le vécu des spectateurs, créant une expérience partagée et une empathie collective.

C’est souvent par cette porte émotionnelle que s’opèrent les véritables prises de conscience. Une situation perçue comme anodine, une fois mise en scène, peut révéler toute sa charge conflictuelle ou son absurdité. Cette reconnaissance partagée crée un climat de confiance propice à l’ouverture du dialogue et permet enfin d’aborder des sujets qui, jusque-là, restaient tabous.

Vers une observation lucide et des solutions internes

L’intervention théâtrale ne vise pas à imposer des solutions venues de l’extérieur. Son but est de créer les conditions d’une observation lucide et partagée au sein même de l’équipe. En apprenant à regarder autrement ses propres interactions et ses processus, le collectif devient capable d’identifier lui-même ses points de blocage et d’imaginer ses propres leviers d’évolution.

En développant cette capacité à voir, à ressentir et à dire l’essentiel, les entreprises ne luttent pas seulement contre un symptôme. Elles s’attaquent à la racine du problème en renforçant durablement la qualité des relations, la coopération et la confiance mutuelle. Par un effet direct, l’engagement des équipes se trouve renouvelé, faisant de la prévention de l’absentéisme la conséquence logique d’un environnement de travail plus sain et plus humain.