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PARIS : Jean-François DELDON : « OpenAI joue sa survie sur le terrain de l’entreprise »
Face à une concurrence féroce, OpenAI sacrifie son projet vidéo Sora pour pivoter vers le marché professionnel, un virage analysé comme vital.
La fermeture annoncée du réseau social vidéo Sora, développé par OpenAI, sonne comme un coup de tonnerre dans le monde de l’intelligence artificielle. Pour la firme de Sam Altman, célèbre pour avoir démocratisé l’IA avec ChatGPT, cette décision marque un recentrage stratégique majeur. L’entreprise, confrontée à des coûts de calcul astronomiques et à une concurrence de plus en plus agressive, semble contrainte d’abandonner ses projets grand public pour se concentrer sur le marché professionnel, seul capable d’assurer sa pérennité économique.
Une concurrence féroce et un modèle à réinventer
Pour Jean-François Deldon, CEO de Yakadata, un cabinet de conseil spécialisé en stratégie Data et IA, ce pivot stratégique révèle les nouvelles fragilités d’un acteur autrefois perçu comme intouchable. L’expert analyse une dynamique où OpenAI, hier précurseur, peine désormais à maintenir son avance technologique.
« Est-ce le début de la fin pour OpenAI ? Sur un modèle qui consistait à livrer des fonctionnalités impressionnantes, ils ont été rattrapés par Google pour la vidéo, puisque le modèle Veo est beaucoup plus performant que Sora et permet de générer du son nativement », souligne Jean-François Deldon.
Il ajoute que sur le segment crucial des entreprises, un autre concurrent a pris une longueur d’avance significative : « Pour ce qui est des applications en entreprise, Anthropic a pris beaucoup d’avance, notamment avec Claude Code, Claude Cowork et leur dernière fonctionnalité permettant de piloter un ordinateur à distance ».
La course à la rentabilité : un virage obligé vers l’entreprise
Derrière ce repli se cache un impératif économique absolu. Le modèle basé sur une adoption massive par les particuliers, bien qu’efficace pour la notoriété, n’a jamais trouvé de voie vers la rentabilité, creusant des pertes financières abyssales pour l’entreprise.
« Dès lors, l’enjeu vital pour OpenAI est de conquérir ce créneau « Entreprise » pour enfin se rémunérer. Actuellement, aucun mode de rémunération viable n’existe avec les particuliers et OpenAI perd encore des milliards de dollars chaque année », précise le CEO de Yakadata.
Ce changement de cap n’est donc pas un choix, mais une nécessité pour survivre. L’enjeu est de transformer une popularité mondiale en un modèle d’affaires solide et durable.
Entre la quête de l’AGI et la réalité du marché
Ce virage pragmatique interroge également sur la compatibilité avec l’ambition fondatrice d’OpenAI : la recherche d’une Intelligence Artificielle Générale (AGI), une IA hypothétique aux capacités cognitives humaines.
« De plus, OpenAI reste dans une quête effrénée de l’AGI. Si son existence même reste incertaine, cette ambition est-elle compatible avec leur nouveau rôle ? », s’interroge l’expert.
Le défi est de taille, car la dynamique du marché s’est inversée.
« Ils doivent créer un modèle économique viable avec une difficulté majeure : hier leaders, ils sont aujourd’hui suiveurs. Il ne s’agit plus de simplement répliquer les fonctionnalités des autres, mais de trouver de vraies plus-values pour répondre aux besoins clients ».
Un avenir incertain malgré la « prime au premier »
Malgré ces vents contraires, OpenAI conserve un atout majeur : sa notoriété. Le nom ChatGPT est devenu synonyme d’IA pour des millions de personnes à travers le monde.
Ils bénéficient toujours de la « prime au premier » car le grand public connaît surtout ChatGPT », reconnaît Jean-François Deldon.
Cependant, cet avantage pourrait s’éroder rapidement face à la montée en puissance de concurrents mieux intégrés dans l’écosystème professionnel, comme Google avec son IA Gemini dans Workspace, ou Anthropic, qui a récemment signé des contrats stratégiques dans le secteur de la défense.
« On peut légitimement se demander si OpenAI va survivre à ce séisme permanent dans le domaine de l’IA », conclut-il.
Dans un paysage technologique en mutation constante, les choix d’aujourd’hui détermineront sans appel les géants de demain.

