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PARIS : Jean-François DELDON : « La valeur de l’IA remonte vers l’expérience utilisateur »
L’arrivée des modèles d’IA chinois open source, comme Kimi K3, rebat les cartes et déplace la valeur de la technologie brute vers les applications métier.
L’annonce de Kimi K3 par la startup chinoise Moonshot AI marque un tournant dans la course mondiale à l’intelligence artificielle. Avec ses 2 800 milliards de paramètres et des tarifs annoncés jusqu’à 70 % inférieurs à ceux de ses concurrents comme Claude Fable 5, ce nouveau modèle ne se contente pas d’afficher des performances techniques. Selon Jean-François Deldon, CEO de Yakadata, il révèle surtout une divergence stratégique fondamentale qui pourrait redéfinir l’ensemble du marché.
Deux stratégies mondiales qui s’affrontent
Le paysage de l’IA se scinde aujourd’hui en deux approches distinctes. D’un côté, les géants américains tels qu’OpenAI ou Anthropic développent des modèles propriétaires, accessibles principalement via des services en ligne. Leur objectif est de maîtriser l’intégralité de la chaîne de valeur, du modèle algorithmique jusqu’à l’application finale utilisée par le client.
De l’autre, plusieurs acteurs chinois, dont Moonshot AI, adoptent une stratégie d’ouverture. En rendant publics les « poids » de leurs modèles, ils permettent aux entreprises du monde entier de les télécharger, de les adapter et de construire leurs propres solutions. L’ambition n’est plus de vendre un service fermé, mais de catalyser la création d’un vaste écosystème technologique. Pour Jean-François Deldon, cette différence n’est pas anecdotique : elle est au cœur des transformations à venir.
Les PME, un marché à part
Cependant, il serait erroné de croire que les entreprises se rueront massivement sur ces modèles bruts. Si les grands groupes dotés d’équipes techniques et d’infrastructures conséquentes pourront les intégrer, la réalité est tout autre pour l’immense majorité des TPE et PME. Celles-ci ne choisiront pas entre Kimi K3, GPT ou Claude. Leur décision se portera sur un logiciel métier capable de répondre à un besoin concret : rédiger des devis, automatiser la relation client, analyser des données ou assister les collaborateurs. En clair, elles achètent une expérience utilisateur et une solution clé en main, pas une technologie sous-jacente.
« La prochaine bataille de l’IA ne se gagnera pas uniquement sur la puissance des modèles. Elle se jouera sur la capacité à transformer ces modèles en produits simples, fiables, sécurisés et parfaitement intégrés aux usages des entreprises », explique Jean-François Deldon.
Une opportunité pour la souveraineté européenne
C’est précisément sur ce terrain que se situe, selon l’expert, une opportunité majeure pour les entreprises technologiques européennes. L’ouverture des modèles chinois pourrait permettre à un nouvel écosystème d’éditeurs de logiciels de concevoir des solutions souveraines, performantes et conformes aux réglementations locales, tout en s’appuyant sur des briques technologiques de premier plan.
Demain, une PME française pourrait ainsi utiliser une solution de gestion développée par un acteur européen, respectant scrupuleusement le RGPD, dont le moteur d’intelligence artificielle serait en réalité un modèle open source d’origine chinoise. L’utilisateur final n’aurait probablement même pas conscience de cette architecture technique.
« En réalité, le modèle devient progressivement une commodité. La valeur, elle, remonte vers l’expérience utilisateur, l’intégration métier et la confiance », ajoute le CEO de Yakadata.
C’est sur ce champ de la valeur ajoutée et de l’intégration que se construira, selon lui, la prochaine génération de champions de l’intelligence artificielle. La bataille de la puissance brute laisse place à celle de l’usage intelligent.
via Presse Agence.

