PARIS : Jean-François DELDON : « Doit-on arrêter de faire t…
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PARIS : Jean-François DELDON : « Doit-on arrêter de faire travailler les humains comme des robots ? »
Face à la peur de l’IA, le CEO de Yakadata affirme que le vrai danger n’est pas l’automatisation mais les emplois qui déshumanisent les salariés.
La Silicon Valley a récemment donné le ton avec un slogan provocateur affiché lors de la conférence HumanX : « Stop hiring humans » (Arrêtez d’embaucher des humains). Cette formule choc cristallise l’angoisse collective face à une automatisation galopante qui menacerait de détruire massivement les emplois, suscitant la panique dans de nombreuses entreprises.
Pourtant, cette vision fataliste masquerait le véritable enjeu de la révolution technologique en cours. Pour Jean-François Deldon, CEO de Yakadata, un cabinet de conseil spécialisé en stratégie Data et IA, le débat est mal posé. Selon lui, plutôt que de céder à la peur de l’intelligence artificielle, il est urgent de questionner notre rapport au travail et la nature des tâches que nous confions aux collaborateurs.
Un pavé dans la mare technologique
L’expert jette un pavé dans la mare pour recadrer la discussion et déplacer le curseur du problème. « Allez jetons un pavé dans la marre. La vraie question n’est pas ‘Doit-on arrêter d’embaucher des humains ?’ Mais ‘Doit-on arrêter de faire travailler les humains comme des robots ?’ », lance-t-il. Pour lui, la crainte de voir les humains remplacés par la machine est le symptôme d’une dérive bien plus profonde : la robotisation des tâches humaines bien avant l’arrivée de l’IA.
Les emplois « robotisés », premières victimes de l’IA
Selon son analyse, les emplois réellement menacés par l’intelligence artificielle ne sont pas les métiers en tant que tels, mais les tâches ultra-processées et standardisées qui ont déjà été vidées de leur substance humaine. « En réalité, les emplois qui sont détruits par l’IA sont les emplois qui sont ultra processés, standardisés et où l’employé n’a presque pas à réfléchir car l’entreprise le contraint à suivre les procédures sans en comprendre le pourquoi », détaille Jean-François Deldon. Ces postes, où l’initiative et la réflexion sont bridées au profit d’une exécution mécanique, deviennent logiquement les premières cibles de l’automatisation.
Redéfinir la valeur ajoutée humaine
À l’inverse, la valeur humaine réside précisément là où la machine atteint ses limites : le jugement, l’appréciation d’un contexte, la capacité à contourner une règle à bon escient ou la prise de risque éclairée. L’expert illustre son propos avec le métier de développeur informatique, souvent cité comme étant menacé. « Coder est un métier remplaçable si on ne considère ça que comme l’activité de ‘produire du code informatique’ mais si on le considère comme le fait de répondre à des besoins, assurer la sécurisation et engager sa responsabilité ça devient un vrai rôle décisionnaire et non pas qu’opérationnel », explique-t-il. La véritable compétence n’est pas l’acte technique, mais la vision stratégique et la responsabilité qui l’accompagnent.
Pour une réhumanisation du monde du travail
La conclusion de cette analyse est un appel à repenser en profondeur l’organisation du travail plutôt que de simplement subir une transition technologique. « Oui les métiers vont changer et il faut s’y préparer, branche par branche, avec le soutien des fédérations et organisations syndicales », concède le dirigeant. Mais pour lui, l’urgence est ailleurs : « il faut surtout repenser le monde du travail dans lequel on évolue pour le rendre plus humain et moins fournisseur de services ».
Dans cette optique, il se montre sceptique face aux solutions toutes faites, comme les plateformes numériques destinées à pousser les TPE vers l’IA, y voyant une approche déconnectée des réalités du terrain. L’enjeu n’est pas d’imposer un outil, mais de repenser la finalité du travail. « Il faut retrouver ce goût de l’Humain », conclut-il.

