PARIS : Jean-Christophe VILLETTE : « On agit sur les symptô…
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PARIS : Jean-Christophe VILLETTE : « On agit sur les symptômes sans transformer les causes »
À la veille de la Journée mondiale de la santé au travail, un expert alerte sur l’inefficacité des politiques de prévention qui ignorent les causes organisationnelles.
À l’approche de la Journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail, célébrée ce 28 avril, le constat est paradoxal. Jamais les entreprises n’ont semblé aussi mobilisées sur le front de la prévention : plans d’actions dédiés, formations des managers, baromètres sociaux internes, dispositifs d’écoute et de soutien psychologique… Les initiatives se multiplient pour préserver le bien-être des salariés. Pourtant, les indicateurs clés continuent de se dégrader de manière inquiétante, avec un absentéisme en hausse, des risques psychosociaux (RPS) persistants et un désengagement qui gagne du terrain.
Ce décalage entre les efforts déployés et les résultats obtenus interroge sur la pertinence des stratégies actuelles. Pour de nombreux experts, la réponse réside dans une approche trop souvent superficielle, qui s’attache à traiter les conséquences plutôt qu’à s’attaquer aux racines du mal.
Une prévention périphérique face à des maux structurels
Selon Jean-Christophe Villette, directeur général fondateur du cabinet EKILIBRE Conseil, vice-président de la FIRPS (Fédération des Intervenants en Risques Psychosociaux) et psychologue du travail, le problème fondamental vient d’un décalage entre les dispositifs mis en place et la réalité du travail quotidien.
« Les politiques de prévention se développent, mais elles restent souvent périphériques. Tant que l’on ne questionne pas le travail réel — sa charge, ses contradictions, ses empêchements — on traite les effets sans agir sur les causes », analyse-t-il. Pour lui, les entreprises agissent sur les symptômes visibles (stress, épuisement) sans remettre en cause les facteurs organisationnels qui les génèrent. L’absentéisme, par exemple, est trop souvent perçu comme un simple enjeu de gestion des coûts, alors qu’il devrait être interprété comme un signal d’alerte précieux sur la soutenabilité du modèle de travail.
Trois facteurs de fragilisation identifiés
L’analyse menée par les experts d’Ekilibre Conseil met en lumière trois facteurs structurants qui expliquent cette dégradation continue de la santé au travail.
Le premier est la fragilisation de la soutenabilité cognitive et émotionnelle. L’intensification constante du travail, la pression temporelle accrue, la surcharge informationnelle et les transformations permanentes (réorganisations, nouveaux outils) épuisent les ressources mentales des salariés.
Le deuxième facteur est un soutien relationnel jugé insuffisant. Un déficit d’écoute de la part de la hiérarchie, un manque de reconnaissance pour le travail accompli et un sentiment d’isolement, particulièrement dans des contextes de télétravail ou d’équipes dispersées, minent le collectif et le sentiment d’appartenance.
Enfin, le troisième pilier est l’altération du sens du travail. Lorsque les salariés ont le sentiment que la qualité de leur travail est empêchée par des contraintes absurdes, des objectifs contradictoires ou des procédures trop lourdes, ils perdent de vue l’utilité de leur mission, ce qui conduit à une forte démotivation et à un désengagement progressif.
Intégrer la santé au cœur de la gouvernance
Face à ce constat, la solution ne peut plus résider dans l’ajout de nouveaux dispositifs de réparation. La prévention doit changer de dimension et s’intégrer au cœur même de la gouvernance et de la stratégie des entreprises. Il s’agit de questionner les conditions concrètes dans lesquelles la performance est exigée et produite.
Cela implique de repenser l’organisation du travail, de redonner de l’autonomie aux équipes, de former les managers à un soutien réel et de veiller à ce que chaque décision stratégique soit évaluée à l’aune de son impact sur la santé des collaborateurs.
« La santé au travail ne se décrète pas à travers des dispositifs. Elle se construit dans l’organisation du travail elle-même. C’est à ce niveau que se joue la prévention réelle », conclut Jean-Christophe Villette.
Ekilibre Conseil est un cabinet de conseil indépendant qui accompagne les entreprises pour relever les défis du bien-être et de la performance au travail. Il propose également des formations spécialisées dans le management des enjeux humains. Pour plus d’informations : https://ekilibre-conseil.com/


