PARIS : Jean-Christophe VILLETTE : « L’absentéisme ne…
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PARIS : Jean-Christophe VILLETTE : « L’absentéisme ne se résoudra pas uniquement avec plus de contrôle »
Face à un absentéisme record, un expert alerte sur des mesures de contrôle qui ignorent les causes profondes du mal-être au travail.
L’absentéisme en France atteint des sommets et s’impose comme un défi majeur pour l’économie nationale. Selon le Datascope AXA 2026, le taux d’absentéisme dans le secteur privé a grimpé à 4,76 % en 2025, marquant une augmentation spectaculaire de 50 % depuis 2019. Face à ce phénomène dont le coût global est estimé à plus de 100 milliards d’euros, soit 4 % du PIB, le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures dans le cadre de la Loi de Financement de la Sécurité Sociale (LFSS) 2026, visant notamment à encadrer les arrêts de travail courts et répétitifs.
Pourtant, cette approche centrée sur le contrôle pourrait passer à côté de l’essentiel, selon le cabinet Ekilibre Conseil, spécialisé dans l’accompagnement des enjeux humains au travail.
Contrôler n’est pas guérir
Si les nouvelles régulations répondent à un impératif budgétaire, avec des dépenses d’indemnités journalières approchant les 20 milliards d’euros, elles ne s’attaquent pas aux racines du problème. Pour Jean-Christophe Villette, directeur général et fondateur du cabinet Ekilibre Conseil, également vice-président de la FIRPS (Fédération des Intervenants en Risques Psychosociaux), la démarche est insuffisante. « L’absentéisme c’est le signal d’un travail devenu difficile à soutenir. Il ne va pas se résoudre uniquement avec plus de contrôle, c’est d’abord un révélateur de dysfonctionnements organisationnels », analyse-t-il.
Selon l’expert, les mesures répressives se heurtent à une mécanique bien connue : le plafonnement des arrêts longs tend à générer une multiplication des arrêts courts, précisément ceux que le gouvernement cherche à réduire.
Les « 4S » : quatre causes racines souvent ignorées
Le cabinet Ekilibre Conseil, s’appuyant sur vingt-cinq ans d’expérience et un baromètre national mené avec Opinion Way, pointe un paradoxe : huit entreprises sur dix mesurent l’absentéisme, mais sans en comprendre les véritables causes. L’analyse met en lumière quatre facteurs fondamentaux, baptisés les « 4S », systématiquement présents dans les organisations en difficulté :
– Sens : la perte de sens et de finalité dans les missions confiées.
– Soutien : le manque de soutien managérial et de cohésion au sein des équipes.
– Soutenabilité : une charge de travail excessive ou des conditions de travail dégradées.
– Sécurité psychologique : un environnement de travail où les salariés ne se sentent pas en confiance pour s’exprimer ou prendre des initiatives.
Ces quatre piliers constituent la base d’un diagnostic précis pour agir efficacement, au lieu de se contenter de mesures palliatives.
Le mal-être des managers, angle mort des stratégies d’entreprise
Un autre point aveugle majeur réside dans la santé des encadrants eux-mêmes. Le baromètre d’Ekilibre Conseil révèle un chiffre alarmant : 50 % des managers se déclarent en situation de mal-être. Cette souffrance de la ligne managériale, souvent en première ligne pour gérer les tensions, a un effet domino sur les équipes. « Une organisation qui ne prend pas soin de ceux qui prennent soin des autres est dysfonctionnelle », souligne le cabinet, précisant que cette problématique touche également de plein fouet les fonctions des ressources humaines.
La prévention, un levier de performance économique
Loin d’être une fatalité, l’absentéisme peut être combattu avec succès. Le groupe TF1 en est un exemple probant, ayant réussi à diviser son taux d’absentéisme par deux en une décennie. La clé de ce succès réside dans une stratégie globale agissant sur les causes profondes : réalisation d’un diagnostic précis, formation des managers à la détection des signaux faibles, reconstruction des collectifs de travail et un pilotage stratégique porté au plus haut niveau de la direction.
Cet investissement dans la santé organisationnelle est également rentable. Selon l’Association internationale de la sécurité sociale, chaque euro investi judicieusement en prévention génère entre deux et quatre euros d’économies, démontrant que le bien-être au travail est un puissant levier de performance durable.
Ekilibre Conseil (https://ekilibre-conseil.com/) est un cabinet de conseil indépendant spécialisé dans l’accompagnement sur mesure des enjeux humains, managériaux et organisationnels au travail.

