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PARIS : Isabelle FERRERAS : « La démocratisation de l’entreprise n’est plus une option théorique »
Un rapport international, porté par la sociologue Isabelle Ferreras, propose de démocratiser l’entreprise pour répondre aux crises actuelles.
Face aux crises climatique, sociale et démocratique, la gouvernance des entreprises s’impose comme un enjeu politique et économique majeur. Un rapport international de haut niveau, intitulé “Democracy at Work”, soutient que la démocratisation du travail n’est plus une simple option, mais un levier concret pour transformer nos sociétés. Présenté en Europe et aux États-Unis, ce document alimente un débat de fond qui arrive en France, avec en point d’orgue une conférence à Sciences Po le 12 mai prochain.
Un débat qui prend de l’ampleur en France
Le sujet, autrefois cantonné aux cercles académiques ou syndicaux, gagne en visibilité. Les 9 et 10 avril derniers, l’événement “Entreprises et Démocratie” à Lille a réuni des chercheurs, dirigeants, syndicats (CFDT, CGT) et personnalités comme Cyril Dion, Claire Nouvian ou Benoît Hamon. Ces échanges ont souligné l’urgence de repenser la place du travail et le pouvoir de décision au sein des entreprises, considérées comme des acteurs clés de la transition écologique et de la réduction des inégalités. Plusieurs analyses récentes, relayées notamment par le journal *Le Monde*, établissent un lien entre le sentiment de mise à l’écart au travail et certaines dynamiques électorales, comme la progression de l’extrême droite parmi les salariés.
« Voix et Propriété » : deux piliers pour une nouvelle gouvernance
Le rapport “Democracy at Work”, fruit du travail d’une commission internationale d’experts présidée par la sociologue et politologue Isabelle Ferreras (FNRS-Louvain, Harvard, Oxford), propose deux axes de transformation majeurs, résumés en français sous le titre « Deux promesses à celles et ceux qui travaillent : voix et propriété ».
Le premier pilier est de donner une véritable voix aux salariés dans les décisions stratégiques. Le rapport préconise leur représentation obligatoire dans les conseils d’administration, avec des seuils alignés sur les meilleures pratiques européennes : un tiers des sièges pour les entreprises de 50 à 1 000 salariés, et la moitié au-delà de 1 000 salariés. Un droit de codécision est également suggéré pour encadrer le déploiement de l’intelligence artificielle en milieu professionnel.
Le second pilier concerne la propriété, en facilitant l’accès des salariés au capital de leur entreprise. Le rapport propose des seuils statutaires minimaux, débutant par un accès à 2 % du capital en actions, et la création de fonds citoyens pour accélérer ce transfert, notamment lors de la succession des dirigeants de PME.
Pour encourager cette transition, les experts ont conçu un outil original : un « indice de développement démocratique des entreprises », qui évaluerait la maturité de chaque organisation sur ces deux piliers. Cet indice servirait de base à un système de bonus-malus conditionnant l’accès aux marchés publics, aux subventions ou modulant la fiscalité.
Le débat s’invite à Sciences Po
Après Lille, le débat se poursuit à Paris avec une conférence intitulée « Comment démocratiser le travail ? », organisée à Sciences Po le mardi 12 mai 2026. Cet événement, qui s’appuiera sur le Manifeste pour une démocratie du travail publié par les Ateliers Travail et Démocratie, réunira des responsables politiques de premier plan tels que Clémentine Autain, Olivier Faure, François Ruffin et Marine Tondelier. L’objectif est de mettre ces propositions en débat et d’analyser leurs implications concrètes dans le contexte français.
Les inscriptions sont ouvertes via ce lien : Inscription
Événement mardi 12 mai 2026.
Un rapport d’envergure internationale
La crédibilité de ces propositions repose sur un travail académique solide. La commission d’experts a été mandatée en février 2025 par la Vice-Présidente du Gouvernement espagnol, Yolanda Díaz, pour réfléchir à l’application de l’article 129.2 de la Constitution espagnole sur la participation des travailleurs. Le comité a rassemblé des experts d’universités prestigieuses (Harvard, Oxford, LSE, MIT) et bénéficié des contributions de plus de vingt chercheurs de renommée mondiale, dont le professeur Daron Acemoglu (Prix Nobel d’économie 2024) et Olivier De Schutter (Rapporteur spécial de l’ONU).
« La démocratisation de l’entreprise n’est plus une option théorique : c’est une réponse concrète aux crises économiques, sociales et écologiques contemporaines. Il est urgent que nous en fassions un grand débat de société », insiste Isabelle Ferreras.
Le rapport complet (en anglais) et son résumé exécutif (en français) sont disponibles en ligne sur le site officiel du projet, qui propose également un documentaire sur les travaux du comité d’experts :


