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PARIS : Intelligence artificielle – Les artistes-inte…

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PARIS : Intelligence artificielle – Les artistes-interprètes exigent une loi pour protéger leurs voix

Face au pillage de leurs voix par l’IA, les principaux syndicats d’artistes-interprètes pressent l’Assemblée nationale d’adopter une loi pour les protéger.

La mobilisation des artistes-interprètes contre l’utilisation non consentie de leurs voix par l’intelligence artificielle (IA) a franchi une nouvelle étape. Dans une lettre ouverte adressée aux députés le 22 avril 2026, les principaux syndicats du secteur (SIA-UNSA, SFA-CGT, SNLA-FO, SNAPAC-CFDT) réclament l’examen et l’adoption rapide d’une proposition de loi visant à encadrer les pratiques des développeurs d’IA. En jeu : la survie de leurs métiers et la protection de leurs droits fondamentaux.

Un « pillage » organisé et une preuve impossible à fournir

Depuis plusieurs années, les créateurs d’IA générative alimentent leurs systèmes en aspirant des millions de données, dont les voix et les prestations d’artistes, souvent sans aucune autorisation ni rémunération. Cette pratique, qualifiée de « pillage » par les professionnels, menace directement des secteurs comme le doublage, où les voix humaines pourraient être remplacées par des clones synthétiques.

« Nos prestations, nos voix et nos visages sont aspirés par les entreprises d’IA générative pour entraîner leurs modèles, sans autorisation ni rémunération. Ce n’est pas un fantasme », alertent les syndicats dans leur courrier.

Le principal obstacle pour les artistes est juridique. Actuellement, c’est à eux de prouver que leur voix a été utilisée illégalement. Une mission quasi impossible, car seuls les développeurs d’IA détiennent les informations sur les données d’entraînement de leurs modèles.

« Cette asymétrie rend la preuve impossible », soulignent les signataires.

Une mobilisation qui porte ses fruits au Sénat

Cette lettre ouverte s’inscrit dans un combat mené depuis plus de deux ans. La mobilisation s’était intensifiée avant la cérémonie des César, le 26 février dernier, lorsqu’une tribune initiée par l’Adami (société pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes) avait recueilli le soutien de 5 000 comédiens.

Lors de la cérémonie, l’acteur Emmanuel Curtil, voix française de nombreux acteurs américains, avait lancé un appel vibrant : « Des émotions humaines pour un public humain. Il faut légiférer, protéger les artistes et le public plutôt que les géants de la tech ».

Cet élan a trouvé un écho politique. Le 8 avril 2026, le Sénat a adopté à l’unanimité une proposition de loi transpartisane, portée par la sénatrice Laure Darcos. Le texte, validé par le Conseil d’État, inverse la charge de la preuve : il instaure une présomption d’utilisation des contenus culturels, obligeant les fournisseurs d’IA à démontrer qu’ils ont bien obtenu le consentement des artistes.

L’urgence d’un vote à l’Assemblée nationale

C’est ce texte, la proposition de loi n° 2634, que les syndicats demandent désormais de voir inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale « avant l’été ».

Ils estiment que cette loi constitue une « étape indispensable, même si elle reste insuffisante pour le rétablissement dans leurs droits des auteurs et des artistes interprètes », car elle ne résout pas à elle seule la « menace d’effacement de nos professions ».

Cette initiative législative française s’aligne d’ailleurs sur une résolution du Parlement européen adoptée le 10 mars 2026, qui renforce la protection des créateurs face à l’IA.

« On ne construit pas une industrie pérenne sur le pillage des artistes »

Face à une menace qualifiée d’« existentielle et immédiate », les artistes de la voix enregistrée se disent en première ligne.

Ils craignent une « disparition de nos métiers et une perte d’humanité, au profit de voix synthétiques robotisées et d’émotions artificielles ».

Leur démarche, insistent-ils, ne vise pas à s’opposer à l’innovation, mais à poser des règles claires.

« Dans le pays de Beaumarchais, inventeur du droit d’auteur, on ne construit pas une industrie pérenne sur le pillage des artistes », conclut leur lettre.

Un appel solennel aux élus pour défendre l’interprétation humaine et protéger un pan entier du patrimoine culturel français.

L’Adami a d’ailleurs publié plusieurs documents de référence sur le sujet, disponibles sur son site (https://www.adami.fr).