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PARIS : Institut ILIADE – Travail, civilisation et av…

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PARIS : Institut ILIADE – Travail, civilisation et avenir par Carlomanno ADINOLFI

Un cauchemar est à nos portes.

Les IA et les robots vont nous remplacer. Les êtres humains ne seront plus nécessaires, les algorithmes et les androïdes travailleront à notre place. Nous nous dirigerons vers une non-humanité larvaire, artificielle, impuissante, tandis qu’un nouveau règne des machines émergera. Un rêve est à nos portes. Les machines nous sauveront. Elles feront tout ce que nous faisons aujourd’hui, mais en mieux. Elles mettront fin aux injustices et aux inégalités sociales, nous libéreront du travail en inaugurant une nouvelle ère de paix universelle.

Deux visions totalement opposées du futur et du « problème » des intelligences artificielles. Mais seulement en apparence. En réalité, ces visions sont bien plus liées entre elles qu’il n’y paraît à première vue. La seconde est clairement une vision messianique qui considère l’avènement du dernier homme nietzschéen comme la fin de l’histoire, comme l’accomplissement de l’utopie égalitariste. Mais la première n’est pas en reste. La vision dévotionnelle et passive de la spiritualité, le fait de ne combattre que pour la conservation du mode de vie et des valeurs du moment, considérés comme « éternels et immuables » malgré les millénaires de notre civilisation, la défense d’une humanité perçue comme un état invariable plutôt que comme un défi dynamique pour aller toujours plus loin, le refus des défis du futur et la mise en place de limites infranchissables que personne ne doit dépasser, tout cela constitue également une reddition face au dernier homme et n’est que l’autre face de la médaille du monde égalitariste. Pire encore, c’est une résistance qui empêche l’élan surhumaniste et ramène toute opposition au monde actuel dans le champ de la pure réaction. Comme l’enseigne la théorie des systèmes dynamiques, la réaction n’est rien d’autre qu’une petite modification que le système met en place pour rester lui-même.

Il est clair que le principal risque d’un futur où l’automatisation et la numérisation deviennent prédominantes est celui d’une atomisation sociale et de l’avènement d’une sous-humanité déléguant même les tâches stratégiques aux machines — et donc à ceux qui contrôlent les algorithmes et les technologies. Mais le repli sectaire pour préserver un mode de vie figé dans un passé récent jugé acceptable ne peut pas être une solution pour quiconque souhaite s’affirmer comme l’héritier d’une civilisation millénaire. C’est justement la création d’un nouveau modèle de civilisation, capable d’analyser, d’affronter et de dominer les défis que l’avenir nous pose, qui devrait constituer la mission d’un Européen pour demain. Dans le monde où nous vivons, le travail est devenu uniquement un moyen de gagner et de consommer, ayant totalement perdu son rôle de « devoir social », de service à la communauté, de mobilisation du monde. Devons-nous alors « sauver » ce modèle de travail de l’automatisation, ou est-il de notre responsabilité d’affirmer une nouvelle vision capable de se projeter dans l’avenir en s’appuyant sur nos racines ?

Une vision qui ne peut pas se limiter à défendre des emplois susceptibles de disparaître à cause de l’automatisation. Lire des appels à ériger des barricades pour protéger ces emplois serait risible si ce n’était pas aussi désespérant. Si aujourd’hui nous trouvons ridicule l’idée que des gens, par le passé, aient défendu les radars humains, les allumeurs de réverbères ou les scribes en condamnant le « brutal progrès » qui nous a apporté l’électricité, l’exploitation des ondes radio ou des « diableries » comme l’imprimerie et les ordinateurs, imaginons à quel point nous pourrions sembler ridicules à nos arrière-petits-enfants si nous nous obstinions à défendre des emplois qui, dans quelques décennies, auront disparu et sembleront absurdes car incompréhensibles dans la nouvelle ère.

D’ailleurs, plusieurs études ont montré que, face aux millions d’emplois menacés par la digitalisation, au moins trois fois plus pourraient être créés, avec un solde nettement positif. Évidemment, les emplois répétitifs, automatisables et à faible valeur ajoutée en pâtiront, tandis que les métiers hautement spécialisés et/ou requérant un très haut niveau de compétence deviendront indispensables. Une transformation technologique et sociale de cette ampleur, tendant à élever le niveau de compétence et à élever les « masses », ne devrait-elle pas être vue positivement par ceux qui aspirent à un modèle de civilisation où le peuple ne se réduit pas à une foule amorphe, à un prolétariat mythifié ou à une simple classe productive, mais devient le corps vivant d’une communauté organique de destin qui évolue et grandit avec la civilisation elle-même ?

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SOURCE : Institut ILIADE pour la longue mémoire européenne.