PARIS : Institut ILIADE – Les Européens face aux diff…
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PARIS : Institut ILIADE – Les Européens face aux différentes cultures du travail
Dans une Europe marquée par une forte interdépendance économique entre les divers pays qui la composent, avec des situations très voisines en matière d’évolution de la concurrence, de vieillissement de la population, de modes managériales, de développement des outils informatiques, etc., on observe des rapports au travail nettement différents d’un pays à l’autre.
Ainsi, le refus massif des Français de reporter l’âge de la retraite à 64 ans, alors qu’il paraît normal dans nombre d’autres pays européens qu’il atteigne 67 voire 68 ans, est spectaculaire. Pour comprendre ces différences, il est nécessaire de considérer la diversité des cultures du travail. Comparer la France avec d’autres pays européens, telle l’Allemagne, ou héritiers de cultures européennes, tels les États-Unis, est particulièrement éclairant.
La volonté de travailler moins est le produit d’une rencontre entre une culture au sein de laquelle l’affirmation du rang, la recherche exigeante de l’excellence, avec la fierté qui les accompagne, constituent un ressort essentiel de l’action et la combinaison de facteurs qui ne sont pas propres à la France : une idéologie « inclusive » ennemie de l’exigence, le poids d’une logique managériale d’inspiration américaine, l’efficacité croissante des outils de contrôle de l’activité des « exécutants », le hiatus pour beaucoup entre le niveau de sortie de l’appareil éducatif et leur niveau d’insertion dans l’appareil de production.
Une diversité de cultures du travail
Dans tous les pays acquis aux idéaux démocratiques, la question sociale a représenté et représente toujours un défi majeur : comment accorder la figure souveraine du citoyen, libéré des rapports de dépendance de l’Ancien Régime, avec la persistance des relations de subordination liant les salariés à leur employeur et à ses représentants. La première réaction à cette antinomie, au temps des Lumières et de la Révolution française, a été de considérer que, du fait de leur situation de dépendance, les salariés ne pouvaient être des citoyens à part entière.
Mais très vite, cette exclusion a paru insupportable car la promesse d’accès à la citoyenneté s’adressait à tous. Il a paru impératif de transformer les rapports de travail de façon telle que la condition de salarié devienne compatible avec le statut de citoyen. Dans chaque pays, cette tâche s’est révélée redoutable. Les écarts entre la radicalité de la promesse et la réalité des rapports de travail ont suscité, dans la dernière partie du XVIIIe siècle, durant tous les XIXe et XXe siècles, d’innombrables conflits sociaux, lesquels sont loin d’avoir disparu.
Celui qui dirige, l’employeur ou son représentant, a à sa disposition, s’il entend être légitime, deux costumes dont il fait plus ou moins usage selon les temps et les lieux. On trouve celui du client qui passe commande d’un produit bien spécifié à un producteur indépendant dans le cadre d’un contrat clair et honnête. On trouve également celui du responsable d’une communauté morale qui prêche le bien à ses ouailles et leur montre l’exemple. Corrélativement, le subordonné peut se sentir correctement traité dans la mesure où il revêt un costume complémentaire :
En dépit du caractère commun de cette question, les voies empruntées pour tenter d’y répondre ont été propres à chaque pays. Les droits du travail qui ont été élaborés sont loin d’être partout identiques. Il en est de même des rapports concrets d’autorité au sein des entreprises. Quand on s’intéresse à l’évolution de la question sociale depuis la fin du XVIIIe siècle, on voit prendre du relief, au-delà des aléas de l’histoire, des figures contrastées, déjà présentes dans la période pré-moderne, de celui qui travaille pour autrui sans occuper pour autant une position servile et des figures complémentaires des détenteurs d’une autorité. C’est, de manière sans cesse renouvelée, en référence à ces images que chaque pratique, chaque institution, chaque politique prend sens. Et c’est ce qui la rend ou non susceptible d’être acceptée par les acteurs concernés. Côté américain, une logique du contrat celui du fournisseur qui s’organise à son gré pour fournir le produit qui lui a été commandé et celui du membre d’une communauté qui contribue à la prospérité de celle-ci en même temps qu’il s’emploie à la maintenir dans le droit chemin.
SOURCE : Institut ILIADE.

