PARIS : Inflation, taux, déficit – Le conflit au Moye…
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PARIS : Inflation, taux, déficit – Le conflit au Moyen-Orient complique l’équation économique française
Selon le cabinet Asterès, le rebond de l’inflation lié au Moyen-Orient place la France dans une position délicate, sans marge de manœuvre.
La crise au Moyen-Orient fait une première victime collatérale en France : le portefeuille des ménages. Dans une note d’analyse publiée ce mardi 31 mars, le cabinet Asterès décrypte les conséquences d’un rebond de l’inflation directement alimenté par la flambée des prix de l’énergie. L’Insee a en effet confirmé ce matin une hausse des prix de 1,7 % sur un an en mars, un niveau inédit depuis août 2024. Une situation qui fragilise une économie française déjà convalescente et privée de leviers d’action.
Un choc énergétique aux conséquences immédiates
L’origine de cette nouvelle poussée inflationniste est clairement identifiée : les tensions géopolitiques qui pèsent sur le marché pétrolier, notamment le blocage du détroit d’Ormuz. Le prix du baril de Brent s’est installé autour de 110 dollars, contre à peine 70 dollars au début du conflit. Cette envolée se répercute mécaniquement sur les coûts pour les consommateurs. Selon les chiffres de l’Insee, les prix de l’énergie ont bondi de 7,3 % en mars, après avoir pourtant enregistré un recul de 2,9 % en février.
Cette augmentation se matérialise de façon très concrète à la pompe, où le prix du gazole a franchi la barre des 2,23 euros le litre ce lundi. Face à cette érosion de leur pouvoir d’achat, les ménages ont déjà commencé à freiner leurs dépenses. Les chiffres de la consommation pour le mois de février, également publiés ce matin, font état d’un recul de 1,4 %, soit la plus forte baisse observée depuis la fin de l’année 2022.
Un contexte différent de la crise de 2022
L’analyse d’Asterès souligne toutefois une différence fondamentale avec la vague inflationniste de 2022, qui avait dépassé les 6 %. À l’époque, l’économie faisait face à un double choc : un choc de demande, alimenté par l’épargne accumulée durant la crise sanitaire, et un choc d’offre, lié aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Aujourd’hui, le tableau est différent. La consommation reste atone et les enquêtes de l’Insee confirment une forte préférence des ménages pour l’épargne. L’inflation globale demeure pour l’heure contenue sous la barre des 2 % et les anticipations restent stables. « Le choc actuel est donc avant tout un choc exogène, centré sur l’énergie, sur lequel les banques centrales ont peu de prise directe », précise l’étude. Le scénario d’une inflation galopante semble donc écarté, à une condition près : que la crise ne s’éternise pas.
Le vrai risque : une crise qui s’installe dans la durée
C’est le point de vigilance majeur soulevé par les économistes d’Asterès. « Le vrai risque, c’est la durée du choc plus que son ampleur », alerte l’économiste Lucile Bembaron. Si le conflit au Moyen-Orient devait s’installer, les prix des hydrocarbures pourraient rester durablement élevés. Cela ouvrirait la voie à des « effets de second tour » : les entreprises, confrontées à des coûts de production plus élevés, seraient tentées de les répercuter sur leurs prix de vente. En réaction, les salariés pourraient exiger des hausses de salaires pour préserver leur pouvoir d’achat, enclenchant ainsi une spirale prix-salaires difficile à maîtriser.
Dans ce contexte, la Banque Centrale Européenne (BCE) reste sur le qui-vive. Si elle a maintenu ses taux directeurs inchangés lors de sa dernière réunion, une nouvelle remontée en cours d’année 2026 n’est plus à exclure si ce scénario inflationniste venait à se concrétiser.
Des marges de manœuvre budgétaires et monétaires inexistantes
Cette situation met la France dans une position particulièrement inconfortable. Les marchés financiers ont déjà intégré le risque, faisant remonter le taux d’emprunt à 10 ans de l’État français à 3,7 %. Chaque point de base supplémentaire alourdit le coût d’une dette publique déjà massive.
Bien que le déficit public pour 2025 ait été légèrement moins dégradé qu’attendu (-5,1 % du PIB contre -5,4 % prévus), sa structure inquiète : 60 % de la hausse des dépenses publiques proviennent des prestations sociales et non de l’investissement. Parallèlement, l’Insee a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour les deux premiers trimestres de 2026, à seulement 0,2 %.
Dans ces conditions, le gouvernement ne dispose que de très faibles marges de manœuvre. Une réponse d’envergure, comme un nouveau bouclier tarifaire généralisé ou une baisse massive de la fiscalité sur les carburants, semble difficilement finançable. L’économie française semble donc suspendue à l’évolution de la situation géopolitique, dont la persistance d’un climat d’incertitude pèse autant que l’inflation elle-même.


