PARIS : Immobilier – L’intelligence artificiell…
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PARIS : Immobilier – L’intelligence artificielle, un paradoxal révélateur de l’émotion humaine
Alors que l’IA transforme l’immobilier, des experts rappellent la primauté de l’émotion et du conseil humain dans toute transaction.
L’intelligence artificielle (IA) et les outils numériques bouleversent le secteur immobilier, traditionnellement perçu comme conservateur. De l’estimation automatisée des biens à l’analyse prédictive des marchés, la technologie s’immisce dans toute la chaîne de valeur, promettant rationalité et efficacité. Pourtant, une analyse croisée menée en amont du salon RENT (Real Estate & New Technologies) révèle un constat paradoxal : loin de déshumaniser les transactions, la froideur de l’algorithme semble renforcer la nécessité de la chaleur humaine.

Une adoption à deux vitesses
Le déploiement de l’IA dans l’immobilier n’est pas uniforme. Si la transformation est déjà bien engagée chez les professionnels, avec près de 27 % des agents immobiliers déclarant l’utiliser dans leur activité, l’appropriation par les particuliers reste timide. Selon un récent sondage, seuls 8 % des Français y ont eu recours dans leur recherche de logement. Ce décalage illustre une tension fondamentale : un projet immobilier, qu’il s’agisse d’un achat ou d’une vente, demeure avant tout un projet de vie, chargé d’émotions et d’une part d’irrationnel.
« L’irrationnel reste roi en matière d’immobilier et heureusement ! L’intelligence artificielle est une boussole fantastique, elle lève beaucoup de barrières avec une pertinence chirurgicale, elle protège, réduit les risques pour que, in fine, l’intuition, l’émotion puissent s’exprimer pleinement », observe Stéphane Scarella, directeur du salon RENT, qui se tiendra à Paris les 4 et 5 novembre prochains.
Pour lui, « l’IA est une alliée indispensable pour les professionnels dans le traitement des tâches essentielles et chronophages car elle libère du temps pour l’écoute active des besoins de leurs clients ».
Cette vision est corroborée par la recherche universitaire. Pour Nathalie Gardes, maître de conférences à l’Université de Bordeaux et spécialiste du marketing immobilier, la décision d’achat n’est jamais purement rationnelle.
« Elle se construit dans l’entrelacement des deux : des critères objectivables qui sécurisent le choix – prix, surface, localisation – et des affects qui révèlent ce que ce choix engage vraiment : une projection de vie, une manière d’habiter », explique-t-elle.
Une statistique appuie ce propos : 62 % des Français déclarent avoir déjà eu un “coup de cœur” immobilier, preuve de l’importance de l’affect.
Le témoignage du terrain : l’agent, un traducteur d’émotions
Cette dimension humaine est le quotidien des professionnels de la transaction. Loin de voir l’IA comme une menace, ils la perçoivent comme un levier pour se recentrer sur leur cœur de métier : le conseil et l’accompagnement.
C’est le cas de Sandra Viricel, dirigeante d’agences immobilières à Lyon et Villeurbanne, qui partage son expérience concrète : « L’arrivée de l’IA a d’abord suscité des inquiétudes : que deviendrait le métier d’agent immobilier ? Avec le temps, elle s’est démocratisée et intégrée progressivement dans l’ensemble de nos outils. Aujourd’hui, elle nous permet de gagner en performance, en rapidité et en fluidité dans la gestion de nos missions ».
Elle poursuit : « Mais loin de remplacer notre métier, elle en révèle toute la valeur. L’agent immobilier n’a jamais été aussi essentiel, car notre profession s’est considérablement complexifiée. Nous accompagnons des décisions qui engagent parfois vingt ou trente ans d’une vie. Derrière chaque projet, il y a une histoire, des attentes, des doutes… et bien souvent un véritable coup de cœur. Aussi performante soit-elle, aucune technologie ne remplacera jamais la capacité humaine à écouter, à comprendre en profondeur et à accompagner avec justesse ce que vivent réellement nos clients ».
Sandra Viricel insiste sur une étape clé que la technologie ne peut remplacer : « La visite. Malgré toutes les données, études, comparaisons, photos ou vidéos, rien ne remplace la sensation et l’ambiance d’un lieu. L’irrationnel prend alors toute sa place : un bien peut réunir tous les critères recherchés, si le client ne s’y sent pas bien, il ne l’achètera pas. L’agencement des pièces, la vue depuis un balcon ou encore l’harmonie générale d’un logement échappent encore à une évaluation purement technologique car elle est subjective ».
Vers un futur hybride, entre technologie et confiance
L’avenir du secteur semble donc se dessiner sous le signe de l’hybridation. Les outils numériques et l’IA ne remplacent pas les professionnels, mais redéfinissent leur rôle et valorisent leurs compétences humaines. Dans un marché perçu comme anxiogène, la présence d’un conseiller de confiance reste un facteur déterminant.
Comme le résume Nathalie Gardes, « l’avenir de l’immobilier ne sera pas simplement “humain plus IA”. Il y aura des usages pauvres de l’IA, qui produiront plus vite des réponses déjà convenues. Et des usages plus exigeants, qui aideront les professionnels à mieux instruire une décision, à mieux formuler un diagnostic, à mieux assumer un conseil ».
Les agents immobiliers de demain seront ceux qui sauront allier la maîtrise technique des nouveaux outils à leur connaissance fine du terrain et, surtout, à leur capacité d’écoute et d’empathie.
À propos du salon RENT
Créé en 2013, le salon RENT (Real Estate & New Technologies) est le rendez-vous incontournable de l’innovation pour les professionnels de l’immobilier et des technologies en Europe. La 14ème édition se tiendra les 4 et 5 novembre 2026 à Paris Expo – Porte de Versailles.
Plus d’informations sont disponibles sur le site officiel (https://www.rent.immo/) et la page de l’événement (https://www.rent.immo/e/rent-paris-2026).


