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PARIS : Histoire – Les « Oradour coloniaux » au cœur…

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PARIS : Histoire – Les « Oradour coloniaux » au cœur d’un nouvel ouvrage explosif

Le politologue Olivier Le Cour Grandmaison publie une analyse historique implacable sur la violence d’État, née de la tempête médiatique déclenchée par Jean-Michel Aphatie.

C’est une phrase qui, il y a près d’un an, avait enflammé le débat public et provoqué un véritable séisme au sein des rédactions parisiennes. Le 25 février 2025, sur les ondes de RTL, le journaliste Jean-Michel Aphatie lâchait une bombe mémorielle : la France « a fait des centaines [d’Oradour] en Algérie ». Cette déclaration, loin de passer inaperçue, avait entraîné une levée de boucliers immédiate, allant des droites nationales jusqu’au bloc central, et s’était soldée par la suspension temporaire de l’éditorialiste. Aujourd’hui, cette polémique sert de point de départ à l’ouvrage *Oradour coloniaux français*, publié aux éditions LLL et préfacé par le journaliste à l’origine de l’incident.

Une mémoire longtemps étouffée

Dans cet essai dense et documenté, Olivier Le Cour Grandmaison, enseignant en sciences politiques à l’université Évry Paris-Saclay, dépasse l’anecdote médiatique pour s’attaquer au fond du sujet. L’auteur exhume une mémoire souvent passée sous silence : celle des crimes commis au nom de la République dans ses colonies. L’objectif est de démontrer que la comparaison avec le massacre d’Oradour-sur-Glane, perpétré par la division Das Reich en 1944, n’était pas une provocation gratuite, mais une référence historique déjà courante dans les années 1950 chez les intellectuels dénonçant les guerres d’Indochine et d’Algérie.

La violence comme système de gestion

Loin de la thèse des « bavures » isolées ou des accidents de parcours, l’ouvrage décrit une véritable politique de la terreur. En étudiant les conflits menés par la France depuis la conquête de l’Algérie en 1840, le politologue met en lumière la « nature singulière » de ces guerres coloniales. Il les qualifie de « guerres totales », reposant sur une militarisation complète des territoires dominés et des populations indigènes.

Selon l’auteur, cette doctrine a mécaniquement engendré des violences extrêmes : tortures, déportations, exécutions sommaires et disparitions forcées. Ce que Jean-Michel Aphatie avait résumé en une phrase choc à la radio se trouve ici étayé par l’analyse des mécanismes étatiques ayant conduit à la destruction massive de civils.

Un contexte politique sous tension

La sortie de ce livre intervient dans un climat où la question mémorielle reste vive. L’auteur inscrit son travail en réaction à ce qu’il perçoit comme un combat culturel agressif mené par certaines droites radicalisées, visant à réhabiliter le passé colonial de la France. En redonnant une consistance historique aux « Oradour coloniaux », Olivier Le Cour Grandmaison, déjà connu pour ses travaux sur la construction de l’empire français et le racisme d’État, entend livrer les pièces manquantes du dossier colonial français.