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PARIS : Harbulot & Tapiro : « Le sport est un terrain d’affrontement économique et d’influence »
À l’approche du Mondial 2026, des experts analysent la mue du sport en un enjeu de puissance économique et géopolitique majeur.
Loin de n’être qu’une simple compétition, la Coupe du Monde de football 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, s’annonce comme l’apogée d’une transformation profonde du sport mondial. Selon une analyse de Christian Harbulot, directeur de l’École de Guerre Économique, et de Michaël Tapiro, fondateur de la Sports Management School, les enjeux économiques et géopolitiques ont désormais pris le pas sur la dimension purement sportive. Dans un livre blanc consacré à ces mutations, ils décrivent un paysage où les grandes compétitions deviennent des outils stratégiques au service des ambitions des États.
Le Mondial 2026, vitrine du soft power américain
Pour les deux experts, l’organisation de cet événement planétaire, suivie des Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028, n’a rien d’anodin. Elle marque un retour en force stratégique des États-Unis sur la scène de l’influence mondiale par le sport. À l’heure où de nouvelles puissances, notamment les monarchies du Golfe, investissent massivement dans le sport pour diversifier leur économie et redorer leur image, Washington entend utiliser ces plateformes pour réaffirmer son leadership. Il ne s’agit plus seulement de célébrer l’excellence athlétique, mais de déployer une logique de puissance économique et de *soft power* capable de peser dans les rapports de force internationaux.
Une dépendance financière croissante aux États
Cette montée en puissance des États s’explique également par une mutation du modèle économique du sport. L’inflation spectaculaire des coûts d’organisation, des droits de retransmission et des salaires des athlètes a rendu les instances sportives internationales de plus en plus dépendantes de capitaux étatiques ou de fonds souverains. Ces investisseurs institutionnels ne sont pas de simples mécènes ; ils poursuivent des objectifs stratégiques clairs. Cette dynamique fragilise l’indépendance des fédérations et place le sport au cœur des stratégies nationales d’influence. Le modèle historique, autrefois basé sur des financements privés et des revenus de billetterie, semble révolu.
Un modèle économique en pleine crise
Le secteur sportif fait face à une tempête parfaite. La pression constante des diffuseurs pour obtenir toujours plus de contenu exclusif, couplée à une fragmentation des audiences, notamment chez les plus jeunes qui délaissent les canaux traditionnels, met à mal la rentabilité du système. Ce nouveau paradigme force tous les acteurs économiques à repenser leurs stratégies. Pour les sponsors, les diffuseurs et les investisseurs, la question n’est plus seulement de s’associer à une performance sportive, mais de naviguer dans un écosystème complexe où les risques réputationnels et politiques sont de plus en plus présents.
Le sport, miroir des tensions mondiales
Plus que jamais, le sport agit comme un « thermomètre » des tensions internationales. Les décisions d’annuler certaines épreuves, d’exclure des nations ou des athlètes, ou encore les polémiques entourant l’attribution des compétitions, sont autant de reflets des équilibres géopolitiques mondiaux. Chaque événement devient une potentielle arène où se jouent et s’affichent les rivalités entre puissances. Dans ce contexte, la Coupe du Monde 2026 ne sera pas seulement une fête du football, mais bien une démonstration de la place centrale que le sport occupe désormais dans la grande compétition mondiale pour l’influence.

