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PARIS : Guillaume FAURE : « L’électrification sans flexibilité, c’est changer de dépendance »
Alors que le gouvernement présente son plan d’électrification, un expert alerte sur l’oubli de la flexibilité de la demande, enjeu clé.
Le gouvernement doit présenter ce mercredi 8 avril son plan d’électrification, une stratégie dont la publication a été avancée pour répondre à un contexte géopolitique tendu au Moyen-Orient et à la flambée récente des prix des carburants. Cette accélération vise à réduire la dépendance de la France aux énergies fossiles importées, mais elle occulte une question fondamentale pour la réussite de la transition énergétique : la flexibilité de la demande électrique.
La flexibilité, angle mort de la transition
Électrifier massivement les usages, notamment les transports et le chauffage, sans repenser les moments de consommation risque de déplacer le problème plutôt que de le résoudre. Le système électrique français, historiquement fondé sur une production pilotable et centralisée, fait face à un double défi : l’intégration d’énergies renouvelables par nature intermittentes, comme le solaire et l’éolien, et la gestion de pics de consommation de plus en plus intenses.
Brancher de nouveaux usages électriques sans piloter leur consommation crée de nouvelles tensions sur le réseau. Ces pics de demande obligent le système à s’adapter dans l’urgence, souvent par le recours à des moyens de production coûteux et carbonés, ou par des investissements massifs dans le renforcement des infrastructures. La flexibilité consiste à adapter la consommation aux périodes où l’électricité est la plus abondante et la moins chère, lissant ainsi la charge sur le réseau.
Des signaux d’alerte déjà visibles
Les premiers symptômes de ce déséquilibre sont déjà apparus. Fait inédit pour une période hivernale, des épisodes de prix négatifs ont été observés sur les marchés de gros de l’électricité en février 2026. Ce phénomène, qui survient lorsque l’offre dépasse largement la demande, illustre une surproduction ponctuelle mal synchronisée avec les besoins réels. Il témoigne de l’incapacité du système actuel à absorber les pics de production renouvelable en l’absence d’une demande flexible pour consommer ces surplus.
« Changer de dépendance sans changer de modèle »
Pour certains experts, ignorer cet enjeu revient à construire une stratégie incomplète. L’électrification doit impérativement s’accompagner d’une transformation profonde des usages pour être soutenable.
« L’électrification sans flexibilité, c’est changer de dépendance sans changer de modèle. Les signaux observés cet hiver montrent que l’enjeu n’est plus théorique : il devient opérationnel », explique Guillaume Faure, expert en flexibilité électrique. Plusieurs pays européens ont d’ailleurs déjà intégré la flexibilité comme un pilier de leur transition, en développant des mécanismes incitatifs pour encourager les consommateurs à décaler leurs usages.
Vers une consommation intelligente et pilotée
Le plan gouvernemental représente une occasion unique d’intégrer cette dimension stratégique. Des solutions émergent pour organiser cette consommation intelligente. C’est le cas de la start-up française LibertéWatts, fondée en 2022 et spécialisée dans la flexibilité électrique pour les particuliers. Son application mobile gratuite récompense les utilisateurs qui choisissent de consommer leur électricité aux moments les plus opportuns pour le réseau, contribuant à sa stabilité tout en réalisant des économies. L’entreprise propose ainsi un outil pour démocratiser une gestion active de la consommation.
Le site de l’entreprise est accessible à l’adresse suivante : https://libertewatts.fr/
Le succès du grand plan d’électrification de la France ne se mesurera pas seulement à la quantité de kilowattheures décarbonés produits, mais aussi à la capacité collective à les consommer de manière plus intelligente et plus souple.


