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PARIS : Guillaume Etiévant : « Donner le pouvoir aux salari…

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PARIS : Guillaume Etiévant : « Donner le pouvoir aux salariés est la condition de toute transformation sociale »

Dans son nouvel essai « Autogestion générale », l’économiste Guillaume Etiévant propose de rendre le pouvoir aux salariés pour sortir du capitalisme.

PARIS – Et si la sortie du capitalisme n’était ni une utopie, ni un projet autoritaire, mais une méthode concrète fondée sur le pouvoir des travailleurs ? C’est la thèse défendue par Guillaume Etiévant, économiste et rédacteur en chef du magazine *Frustration*, dans son nouvel ouvrage « Autogestion générale. Sortir du capitalisme : méthode », paru le 6 mai aux éditions Les Liens qui Libèrent. Loin de se limiter à la question de la redistribution des richesses, l’auteur replace la démocratie en entreprise au cœur d’un projet de transformation sociale qui suscite déjà un vif débat médiatique, notamment sur Le Média (https://www.lemediatv.fr/emissions/2026/contre-le-capitalisme-le-grand-oubli-de-la-gauche-msuuobh_Tv6hhvcyR1fLxA) et Hors-Série (https://www.hors-serie.net/emissions/autogestion-generale/).

Un concept historique réactualisé

S’appuyant sur des expériences historiques souvent marginalisées, comme les conseils ouvriers de Turin en 1919, la collectivisation en Espagne en 1936 ou encore l’aventure de l’usine Lip en France en 1973, Guillaume Etiévant rappelle que l’autogestion n’est pas une idée neuve. Il analyse cependant comment ce projet a été progressivement abandonné par une grande partie de la gauche au 20ème siècle.

« Alors que le socialisme français était jusqu’à présent en partie favorable à l’auto-organisation des travailleurs eux-mêmes […], la répression très forte de la Commune a contribué à le pousser à viser la prise du pouvoir d’État lui-même », explique-t-il dans un entretien au média en ligne Élucid.

Selon lui, l’essor de la social-démocratie et l’hégémonie d’un communisme étatiste ont marginalisé la culture « conseilliste » au profit des nationalisations, où l’État remplace l’actionnaire privé sans fondamentalement changer la subordination des salariés. La CFDT elle-même, jadis porte-étendard de cette idée, a abandonné la revendication autogestionnaire à la fin des années 1970 au profit du dialogue social.

Le pouvoir au cœur de l’entreprise

Pour l’auteur, la question centrale n’est pas seulement celle des salaires, mais bien celle du pouvoir. Il constate que la souffrance au travail, vécue par une majorité de salariés, est quasi absente des programmes politiques, alors même qu’elle conditionne les comportements sociaux et électoraux.

« Changer la société sans transformer radicalement le rapport au travail, c’est construire un château de cartes », soutient-il.

Il estime que les institutions politiques peuvent créer des cadres, mais que le fondement d’un véritable changement réside dans l’émancipation des travailleurs sur leur lieu de production.

« Donner le pouvoir aux salariés, ce n’est pas un enjeu secondaire ou une ligne parmi d’autres dans un programme politique. C’est la condition même de toute politique de transformation sociale ».

Cette autogestion doit être « générale », c’est-à-dire s’appliquer à toutes les entreprises, des grands groupes aux TPE, mais aussi aux associations et à la fonction publique, où la souffrance et l’absence de démocratie sont également prégnantes.

Une méthode progressive de socialisation

Conscient qu’une prise de contrôle généralisée ne se décrète pas du jour au lendemain, Guillaume Etiévant propose une méthode de socialisation progressive. Inspiré par le plan Meidner-Hedborg développé en Suède dans les années 1970, son projet vise à octroyer chaque année aux salariés une partie des profits, non pas sous forme monétaire, mais sous forme d’actions non lucratives leur conférant des droits de vote au sein des instances de direction. Année après année, les salariés deviendraient ainsi majoritaires au capital et prendraient le contrôle de leur outil de travail.

« Ma conviction, c’est que la sortie du capitalisme ne peut être qu’un processus long, et non un changement brutal du jour au lendemain », précise l’économiste.

Une rupture institutionnelle inévitable

Guillaume Etiévant ne masque pas les implications radicales d’un tel projet. Sa mise en œuvre nécessiterait des mesures de protection fortes, comme un contrôle strict des mouvements de capitaux pour éviter la fuite organisée par les multinationales, un protectionnisme ciblé et un financement public de l’économie.

Il le reconnaît sans détour : « Une grande partie des propositions que je défends dans mon livre est incompatible avec les traités européens ».

Selon lui, la généralisation de l’autogestion ne pourrait se faire sans une sortie de l’Union européenne et une révision profonde de la Constitution, assumant ainsi la dimension conflictuelle d’une telle transformation face aux logiques des marchés financiers et des institutions actuelles.

via Presse Agence.