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PARIS : Géopolitique – Le sport, nouveau terrain d’affrontement des puissances mondiales
Un livre blanc analyse la fin de la neutralité du sport, devenu un espace d’affrontement économique, politique et idéologique mondial.
Longtemps considéré comme un sanctuaire de paix et de fraternité, le sport est-il encore capable d’échapper aux tensions qui secouent la planète ? La réponse est de plus en plus négative, selon un livre blanc inédit présenté à Paris le 5 mai dernier.
Fruit d’une collaboration entre l’École de Guerre Économique (EGE) et la Sports Management School (SMS), l’ouvrage intitulé « Le sport au-dessus des conflits : l’arbitre d’un monde sous tension ? » dresse un constat sans équivoque : les grandes compétitions sportives sont devenues un champ de bataille symbolique où s’exercent les logiques de puissance.
La présentation, qui s’est tenue dans les locaux de l’EGE, a réuni les co-auteurs Christian Harbulot, Directeur de l’École de Guerre Économique, et Michaël Tapiro, Fondateur de la Sports Management School. Ils ont décrypté une transformation profonde où le sport, loin d’être un arbitre neutre, est désormais un acteur et un enjeu majeur des relations internationales.
Un miroir des tensions mondiales
Le contexte actuel rend cette analyse particulièrement pertinente. Entre les tensions persistantes au Moyen-Orient, l’influence des prises de position d’acteurs politiques comme Donald Trump, ou encore les récentes annulations de certaines épreuves de Formule 1 pour des raisons géopolitiques, le sport est constamment rattrapé par l’actualité. À l’approche de grands événements planétaires comme la Coupe du Monde de la FIFA 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, la question de l’instrumentalisation politique des compétitions se pose avec une acuité renouvelée. Ces événements ne sont plus seulement des célébrations de la performance athlétique, mais aussi des vitrines d’influence, des leviers économiques et des plateformes pour des messages politiques.
La neutralité sportive, une illusion contestée
L’un des axes majeurs du livre blanc est la fragilité du principe de neutralité sportive. Cette idée, pilier de l’olympisme moderne, est aujourd’hui fortement contestée. Les auteurs démontrent que le sport est devenu un espace d’affrontement idéologique où les nations et les blocs cherchent à imposer leur vision du monde. Les boycotts, les manifestations d’athlètes sur les podiums ou les pressions diplomatiques pour exclure certaines nations montrent que le terrain de sport est désormais un prolongement des arènes politiques. L’étude souligne que cette neutralité est d’autant plus difficile à maintenir que le sport est traversé par des enjeux économiques colossaux qui le lient aux stratégies de puissance des États et des multinationales.
Un ordre multipolaire et des risques d’ingérence
Le livre blanc met également en lumière la reconfiguration d’un ordre sportif qui devient multipolaire. Les puissances traditionnelles de l’Occident ne sont plus les seules à maîtriser les codes et les leviers du sport mondial. De nouveaux acteurs, notamment les pays du Golfe ou la Chine, utilisent le sport comme un outil de « soft power » pour améliorer leur image internationale, attirer des investissements et peser sur la scène diplomatique. Cette nouvelle compétition s’accompagne de risques croissants d’ingérence politique, religieuse et économique. Le document alerte sur les dangers que ces interférences font peser sur l’intégrité des compétitions et l’autonomie des fédérations sportives.
Préserver le sport comme espace de cohésion
Face à ce constat, les experts de l’EGE et de la SMS ne se contentent pas de poser un diagnostic. Leur analyse explore également les conditions nécessaires pour que le sport puisse, malgré tout, conserver son rôle de vecteur de cohésion sociale et de dialogue entre les peuples. Pour les auteurs, la prise de conscience de ces nouvelles dynamiques est la première étape indispensable pour armer le monde sportif. Il s’agit de repenser la gouvernance des institutions sportives internationales pour mieux les protéger des pressions extérieures et de réaffirmer les valeurs fondamentales qui, seules, peuvent permettre au sport de rester un espace de rassemblement dans un monde fracturé. Le débat reste ouvert pour savoir si le sport peut encore arbitrer les conflits ou s’il n’est devenu qu’un reflet de plus de nos divisions.


