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PARIS : Fondapol – Où va la politique de l’Église catholique ? D’une querelle du libéralisme à l’autre

Avec le concile Vatican II (1962-1965), l’Église semblait se rallier à l’opinion publique «avancée».

Depuis, elle a donné l’impression d’en appeler moins à la liberté qu’au cadre moral contraignant qui, pour elle, donne un sens à la liberté. La figure de Jean-Paul II demeurait associée à la lutte contre le communisme et à l’alliance avec le centre gauche laïque (Solidarnosc). La figure de Benoît XVI, celle d’un théologien distingué, apparaît liée à une rébarbative «orthodoxie». Ces questions d’image soulèvent des enjeux fondamentaux. La défense catholique de positions impopulaires sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), la morale sexuelle ou la bioéthique constituent un test pour l’avenir de la liberté religieuse, pour le sens de l’autonomie individuelle, et donc pour le type de démocratie libérale auquel nous aspirons.

Le catholicisme demeure la religion de la majorité des Français, et il serait imprudent de croire que la tendance des cinquante dernières années constitue nécessairement la meilleure indication sur celle des cinq décennies à venir. La grande ignorance de la Bible et du catéchisme, l’audience limitée d’évêques dont l’autorité est peu reconnue, la diminution des ordinations sacerdotales, la baisse du nombre des baptêmes et la faible pratique religieuse accréditent la thèse d’un catholicisme politiquement insignifiant, dont il serait raisonnable d’ignorer l’existence1. Mais l’histoire religieuse de la France est faite de hauts et de bas. Si l’on s’avise que, même aux époques dites de «chrétienté», la pratique et la croyance variaient sans doute nettement plus qu’on ne se l’imagine en général, la situation présente ne permet pas de prédire l’avenir.

On peut noter que, sous l’influence du libéralisme et de la démocratie, le catholicisme est devenu bien souvent une option strictement personnelle plus qu’une instance structurante pour la société – que le catholicisme d’aujourd’hui ressemble moins à celui du XIXe siècle qu’au protestantisme libéral 2. Mais on peut aussi noter que l’impulsion donnée par Jean-Paul II et par Benoît XVI va dans un sens très différent. Dans l’ensemble, les jeunes évêques sont plus conservateurs que leurs aînés, et les jeunes prêtres sont plus conservateurs que les jeunes évêques. Les « communautés nouvelles » qui ont émergé depuis 1970 (Renouveau charismatique, communautés de Saint-Jean, de l’Emmanuel, des Béatitudes notamment) offrent l’une des faces les plus dynamiques et imaginatives de l’Église de France ; mais elles joignent à leur capacité de renouvellement un réel classicisme en matière de mœurs et de doctrine ainsi qu’un certain conservatisme politique; elles sont plus «attestataires» que contestataires3. En janvier 2009, la levée de l’excommunication des évêques ordonnés par Mgr Lefebvre a pu faire penser que Benoît XVI cherchait à se rapprocher des opposants les plus farouches au concile. L’interrogation se répand : les plus hautes autorités de l’Église seraient-elles désireuses de tirer un trait sur Vatican II ?

Cette question offre, parmi d’autres fils conducteurs possibles, un angle d’attaque fécond pour une analyse de la direction dans laquelle l’Église catholique semble se diriger. Une Église « de droite » reviendrait-elle sur un concile « de gauche » ? On ne saurait répondre à cette question sans se pencher au préalable sur l’évolution des démocraties libérales – sur lesquelles je centrerai mon propos, avec un accent tout particulier sur la France. L’apparente distance avec ce qu’on appelle « l’esprit » de Vatican II n’est intelligible que par référence à l’évolution de ces démocraties.

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SOURCE : Fondapol – La Newsletter du 22 mai 2025.