PARIS : Fonction publique – La comparaison avec les É…
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PARIS : Fonction publique – La comparaison avec les États-Unis interroge le modèle français
Face à la réduction massive des effectifs publics aux États-Unis, la France s’interroge sur son propre modèle et son chômage structurel.
Alors que les derniers chiffres de l’emploi américain en mars affichent une création de 178 000 postes et un taux de chômage stable à 4,3 %, une autre statistique, plus politique, attire l’attention. Depuis l’arrivée de l’administration Trump en janvier 2025, le gouvernement fédéral a opéré une coupe drastique dans ses effectifs, supprimant 352 000 emplois, soit 12 % de sa force de travail en à peine plus d’un an. Cette cure d’austérité ramène le nombre d’agents fédéraux à 2,658 millions. Ce chiffre, mis en perspective, crée un véritable électrochoc : il est désormais très proche de celui de la Fonction publique d’État française, pour un pays cinq fois plus peuplé et vingt fois plus vaste.
Un miroir américain saisissant
Cette comparaison brutale, analysée par Bernard Bertucco Van Damme, met en lumière les divergences profondes de stratégie économique et sociale. Si la France avait appliqué une politique d’une ampleur similaire, elle aurait dû se séparer de 308 000 fonctionnaires sur la même période, un scénario qui relève de la fiction politique dans le contexte national. La démarche américaine, aussi radicale soit-elle, interroge directement la capacité de la France à réformer son action publique et à s’adapter aux défis économiques contemporains. Pendant que les États-Unis allègent leur appareil administratif, l’Hexagone reste aux prises avec un chômage structurellement élevé, qui atteint 7,9 %, bien au-delà de la moyenne de ses voisins européens.
Des fractures territoriales qui se creusent
Le chômage en France n’est pas uniforme ; il révèle des fractures géographiques profondes et persistantes. Dans le sud et le sud-est, notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur, la croissance démographique, en partie alimentée par une forte immigration, surpasse la capacité de l’économie locale à créer des emplois, entraînant une stagnation de l’emploi salarié. En Occitanie, si les métropoles comme Toulouse et Montpellier démontrent un dynamisme certain, des villes comme Perpignan ou Montauban peinent à absorber le flux de nouveaux arrivants, transformant le marché du travail en un véritable entonnoir.
À l’opposé, le nord du pays, particulièrement les Hauts-de-France, continue de panser les plaies d’une désindustrialisation qui s’éternise. La région demeure fortement dépendante de secteurs économiques vulnérables tels que l’agroalimentaire, l’automobile et la logistique. L’OCDE a d’ailleurs souligné à plusieurs reprises que cette concentration rend le territoire extrêmement sensible aux chocs conjoncturels, avec un taux de chômage qui dépasse régulièrement la barre symbolique des 10 %. Partout, les mêmes maux sont observés : inadéquation entre les compétences demandées et offertes, manque de diversification économique, forte saisonnalité et précarité de l’emploi.
Repenser le rôle et le périmètre de l’État
Face à ce constat, la question de l’efficacité de l’intervention publique se pose avec acuité. L’exemple américain, sans être un modèle à dupliquer, force à questionner l’immobilisme français. La France a tendance à empiler les dispositifs, les agences et les structures administratives sans jamais véritablement redéfinir le périmètre de l’État. Or, un État pléthorique n’est pas nécessairement un État plus performant. Il peut au contraire devenir un État lent, peinant à concentrer ses ressources sur ses missions régaliennes et stratégiques : l’éducation, la sécurité, la santé, le soutien à l’innovation et l’accompagnement ciblé des territoires en difficulté.
Comme le souligne l’analyse, « la question n’est pas de réduire pour réduire, mais de redéfinir ce que doit être l’État dans une économie moderne ».
L’enjeu est de transformer l’appareil d’État pour le rendre plus stratège, agile et recentré sur ses missions essentielles. Il s’agit d’investir massivement là où son action est la plus utile et de savoir se retirer là où il n’est plus indispensable. Sans cette clarification fondamentale de son rôle, la France risque de continuer à poursuivre une croissance et un plein emploi qui lui échappent, aggravant les fractures qui menacent sa cohésion sociale et économique.
via Press Agence.


