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PARIS : Fidel MARTIN : « Nous ne sommes plus dans l’économie, nous sommes dans la réaction »
Le président d’Exoé alerte sur une Bourse déconnectée du réel, réagissant plus aux récits politiques qu’aux fondamentaux économiques.
Une simple phrase suffit désormais à faire vaciller les marchés financiers mondiaux. Dans une tribune publiée le mercredi 25 mars 2026, Fidel Martin, président de la société de services financiers Exoé, dresse un constat sévère : la Bourse est devenue hypersensible à la communication politique, au point de s’affranchir des réalités économiques tangibles. L’expert dénonce une dérive dangereuse où la perception et le récit l’emportent sur les faits, menaçant la crédibilité même du système.
Pour illustrer son propos, il s’appuie sur l’actualité récente : « Ces derniers jours, les Bourses européennes ont rebondi brutalement, non pas à la suite d’un changement économique tangible, mais dans le sillage d’annonces politiques évoquant une possible désescalade entre les États-Unis et l’Iran », analyse-t-il. En quelques heures, les cours du pétrole ont chuté et les indices sont repartis à la hausse, simplement sur la foi d’une intention. « Car sur le terrain, rien n’a réellement changé », martèle Fidel Martin, avant de livrer son diagnostic : « Nous ne sommes plus dans l’économie. Nous sommes dans la réaction ».
Une Bourse sous l’emprise du récit
Selon le président d’Exoé, la nature même de la volatilité a changé. Les marchés financiers ne semblent plus guidés par l’analyse de données fondamentales, mais par l’interprétation de signaux et de prises de parole. « Les marchés ne réagissent plus à des faits établis, mais à des récits », insiste-t-il. Cette nouvelle dynamique force les investisseurs à une posture différente : il ne s’agit plus seulement d’analyser des bilans ou des perspectives de croissance, mais d’anticiper les réactions collectives et souvent irrationnelles à une déclaration ou une rumeur.
Dans ce paradigme, « la perception l’emporte sur la réalité », créant une forme d’hypersensibilité structurelle. Les places financières se transforment en une caisse de résonance où chaque mot devient un puissant levier d’influence, et chaque silence, une source d’incertitude anxiogène.
De l’influence au risque systémique
Cette dépendance à la parole publique soulève une question cruciale, selon Fidel Martin : où se situe la frontière entre la communication politique et la manipulation des marchés ? Lorsque des déclarations peuvent déclencher des variations massives et immédiates, parfois contredites quelques heures plus tard, la tentation devient grande pour certains acteurs d’utiliser ce pouvoir.
« La frontière entre communication politique et influence sur les marchés devient floue. Et cette zone grise est un risque systémique », prévient-il. Cette finance « sous adrénaline », qui monte sur une simple promesse et chute sur une inquiétude, fragilise l’ensemble de l’édifice.
Le véritable enjeu : la confiance des investisseurs
Au-delà des fluctuations quotidiennes, le danger le plus profond réside dans l’érosion de la confiance. Si les marchés donnent l’impression d’être un jeu d’influence où certains acteurs ont toujours une information d’avance, le principe d’équité, fondamental pour leur bon fonctionnement, s’effondre.
« Une Bourse qui ne reflète plus la réalité économique, mais des dynamiques d’influence, cesse d’être un outil de financement. Elle devient un terrain de jeu », déplore Fidel Martin. Cette perte de crédibilité détournerait le marché de sa mission première, qui est de permettre aux entreprises de se financer pour innover et créer de la valeur.
Un appel à la régulation et à la responsabilité
Face à cette dérive, Fidel Martin appelle à une réaction ferme et rapide. Il juge « urgent de remettre des garde-fous ». Parmi les pistes évoquées figurent la responsabilisation de la parole publique, notamment lorsque son impact sur les marchés est direct et avéré, un renforcement de la surveillance pour détecter les mouvements anormaux, et une action volontariste pour redonner la primauté aux analyses économiques fondamentales face au « bruit » médiatique et politique.
« La finance n’est pas un spectacle. La Bourse n’est pas un jouet entre les mains de ceux qui maîtrisent le tempo médiatique. C’est un bien commun. Et il est temps de le défendre », conclut-il.
Fidel Martin est le président d’Exoé, une société qu’il a fondée en 2006. Agréée par l’ACPR et régulée par l’AMF, Exoé fournit une table de négociation externalisée aux professionnels de la gestion d’actifs, offrant une expertise technologique, réglementaire et humaine pour l’exécution d’ordres.

