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PARIS : Fidel MARTIN : « La Bourse est devenue un hochet politique »
Le président d’Exoé, Fidel Martin, dénonce la soumission des marchés financiers aux déclarations politiques, une dérive qui engendre une instabilité systémique.
Dans une tribune percutante publiée début avril, Fidel Martin, président d’Exoé, société spécialisée dans la négociation pour les professionnels de la gestion d’actifs, tire la sonnette d’alarme sur une transformation profonde et dangereuse des marchés financiers. Selon lui, la Bourse, autrefois miroir des fondamentaux économiques, est devenue une simple caisse de résonance des humeurs et des calculs politiques, fragilisant l’économie mondiale.
Le constat s’appuie sur des événements récents et concrets. « En mars 2026, il a suffi d’un message posté à l’aube par Donald Trump pour faire basculer les marchés mondiaux », analyse Fidel Martin. En l’espace de quelques minutes, et en l’absence de toute nouvelle donnée économique, les indices se sont inversés, le cours du pétrole a chuté et les stratégies d’investissement ont été reconfigurées. Pour l’expert, il ne s’agit plus de simple volatilité, mais d’une « dérive structurelle » qui s’apparente à de la manipulation.
Une volatilité orchestrée par la politique
Ce phénomène s’observe au-delà des interventions de l’ancien président américain. Les tensions géopolitiques sont devenues le principal moteur des fluctuations boursières, transformant la finance en un spectacle permanent. Fidel Martin cite l’exemple de la récente escalade autour du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique par lequel transite près de 25 % du pétrole mondial, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (IEA). « Une déclaration martiale fait flamber le baril. Une volte-face le fait chuter. Entre les deux, des milliards s’évaporent… ou s’accumulent », souligne-t-il.
Lors de cet épisode, la moindre menace a provoqué des hausses de prix à deux chiffres, avant qu’un simple report d’opération militaire ne fasse brutalement replonger les cours en quelques heures. Cette hyper-réactivité à l’actualité politique pose une question de fond : « Depuis quand les fondamentaux économiques tiennent-ils en 280 caractères ? », interroge le président d’Exoé.
Entre influence et manipulation
Cette imprévisibilité pilotée par le discours politique n’est pas sans conséquences. Dans un écosystème où l’information se propage instantanément, chaque déclaration devient un signal de marché, créant un environnement propice à la spéculation. Fidel Martin estime que cette situation favorise les acteurs les mieux informés et équipés pour tirer profit de ces secousses artificielles.
« On appelle cela de la volatilité. Mais à ce niveau, cela ressemble davantage à un terrain de jeu pour initiés », affirme-t-il. Lorsque les décisions publiques deviennent erratiques, oscillant entre menace et apaisement tactique, « la frontière entre influence politique et manipulation de marché devient dangereusement floue ».
L’économie réelle, victime collatérale
Le problème, insiste l’expert, n’est pas seulement financier mais systémique. Les économies réelles subissent de plein fouet les conséquences de ces montagnes russes boursières. Parmi les effets directs, il énumère une inflation alimentée par les chocs énergétiques, des entreprises incapables d’anticiper leurs coûts de production, des investisseurs paralysés par l’incertitude et des États contraints de naviguer à vue.
Même les places financières les plus solides montrent des signes de faiblesse. « Wall Street commence à douter. Les indices américains ont récemment enchaîné plusieurs semaines de baisse, signe d’une perte de confiance face à une instabilité devenue chronique », note Fidel Martin. Son avertissement est clair : lorsque la confiance disparaît, le marché ne se contente plus de corriger ses excès, il décroche.
Un appel à la responsabilité
Face à cette situation, Fidel Martin en appelle directement à la responsabilité des dirigeants politiques. Il les exhorte à prendre conscience de l’impact direct et déstabilisateur de leurs paroles sur l’économie mondiale. « Communiquer, ce n’est pas jouer. Décider, ce n’est pas improviser », prévient-il.
En transformant la géopolitique en spectacle et la stratégie économique en « coups de poker », les responsables politiques ne fragilisent pas seulement les marchés, mais sapent les fondements même de la confiance, socle de nos économies. « La finance mondiale n’est pas un casino », conclut-il. La transformer en terrain d’expérimentation politique fait courir le risque d’une crise majeure, « et cette fois, il ne suffira pas d’un tweet pour la réparer ».


