
PARIS : Exposition – « Explorations » – 300 ans d’histoire militaire française, des abysses à l’espace
Le musée de l’Armée présente « Explorations », une exposition inédite retraçant 300 ans d’épopées militaires françaises, de la marine à voile à la conquête spatiale.
Jusqu’au 16 août 2026, le musée de l’Armée aux Invalides propose un voyage à travers trois siècles d’histoire avec sa nouvelle exposition, « Explorations : une affaire d’État ? ». En mêlant archives, objets scientifiques, œuvres d’art et témoignages, le parcours retrace le rôle central, bien que parfois méconnu, des militaires français dans la découverte et la connaissance du monde, des profondeurs marines aux confins de l’univers. L’exposition interroge les motivations profondes de ces entreprises périlleuses, où la science, le pouvoir et l’armée se sont toujours conjugués dans des enjeux stratégiques majeurs pour la France.
Un enjeu de puissance et de savoir
L’histoire de ces explorations débute au 18ème siècle, dans le contexte d’une France affaiblie par la guerre de Sept Ans (1756-1763) et la perte de son premier empire colonial. Pour réaffirmer sa place face à ses rivaux européens, notamment l’Angleterre, la monarchie française sous Louis XV lance de grandes expéditions maritimes. L’objectif est double : répondre aux grandes questions scientifiques de l’époque, comme l’existence d’un continent austral (*Terra Australis Incognita*), et cartographier des territoires inconnus pour en revendiquer les ressources et la souveraineté. C’est l’âge d’or des grands navigateurs comme le comte de Bougainville, premier Français à réaliser un tour du monde, suivi par des officiers de marine illustres tels que Jean-François de La Pérouse, Nicolas Baudin ou encore Jules Dumont d’Urville, dont les voyages ont permis de cartographier l’Australie, l’océan Pacifique et l’Antarctique.
Focus sur Bougainville : une épopée tahitienne
L’exposition met en lumière des moments clés de ces voyages, comme l’arrivée de Louis-Antoine de Bougainville à Tahiti en avril 1768. Séduit par la beauté des lieux, il écrit : « L’ensemble de cette île offre un coup d’œil charmant ». Cet épisode est aussi marqué par un fait exceptionnel : la découverte que le valet du naturaliste Philibert Commerson est en réalité une femme, Jeanne Barret. Embarquée clandestinement, travestie en homme, elle devient ainsi la première femme à avoir accompli un tour du monde, bravant un décret royal qui interdisait la présence de femmes à bord. Cette vision, parfois idéalisée, est illustrée par des œuvres comme la toile de Gustave Alaux, *Arrivée de Bougainville à Tahiti* (vers 1930), qui, peinte près de deux siècles après les faits, prolonge une image romancée de ces expéditions.
De la colonisation à la conquête spatiale
Au fil des siècles, les motivations évoluent. Le 19ème siècle voit l’exploration devenir un instrument de la colonisation. Des militaires sont alors mandatés pour mener des missions en Afrique et en Asie afin d’étendre les zones d’influence françaises, de négocier des traités avec les autorités locales et de s’approprier les ressources. Après la Seconde Guerre mondiale, le champ de l’exploration se déplace. La rivalité entre les grandes puissances se prolonge dans la course à l’espace et la conquête des abysses. La France s’y investit pour réaffirmer son statut, un engagement qui se poursuit aujourd’hui avec la participation d’astronautes comme Sophie Adenot à des missions sur la Station Spatiale Internationale (ISS). L’époque contemporaine ouvre de nouvelles frontières : les pôles, les fonds marins et le cosmos, considérés comme des réservoirs de ressources stratégiques, mais aussi les environnements numériques, nouveaux terrains de souveraineté et de conflits potentiels.
Une organisation d’État, une épreuve humaine
Derrière chaque expédition se cache une organisation étatique considérable, financée par les ministères de la Guerre, de la Marine ou des Colonies. Ces missions mobilisent des compétences militaires variées : navigateurs, cartographes, ingénieurs, médecins, mais aussi des spécialistes en botanique ou en astronomie. L’exposition ne manque pas de souligner la dure réalité de ces voyages. Que ce soit sur mer, sur terre ou dans l’espace, les explorateurs ont toujours été confrontés à des conditions extrêmes : climat hostile, manque d’hygiène, maladies, isolement psychologique et dangers permanents.
C’est cette volonté de repousser les limites, humaines comme techniques, que l’exposition met en perspective, rappelant la citation d’Anatole France : « Ce qui est admirable, ce n’est pas que le champ des étoiles soit si vaste, c’est que l’homme l’ait mesuré ».


